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Full text of "L'emprô genevois: caches, rondes, rimes et kyrielles enfantines, cris ..."

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L'EMPRO GENEVOIS 



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L'EMPRO 

GENEVOIS 

CACSBS, BONDES, BIME8 XT ETRIKLLB8 

XNÏANTINE8; CBIS POPCLAIBES, SOSBIQUETS; 

LE FEB A BISOLZS. 

ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES 

BLAVIGNAC 

Ueœbfe <ta plaiiiurs Snclitét manlu 

Saconds idltloQ, revua et augmentas 

Pirmni andieUs ni icigcam. 

DïDT. I, n. 



GENÈVE 

A.TÊBÊSOPF BT COUP., IMFBIMEUBa- ÉDITEDAS 
Tom drain r&ertU. 



THE NEW YORK 
PULLIC LiBRARY 

4238^68 

^ i îi, LiCNOX AND 
l^lLù&i^ FOùWivAi'iONa 
H 1947 I^ 




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j-ÎEF^ANN ET ÇhAF^ES 

^ JOUS MES ^MIS 

jVIlLITANTS ET JrÉPASSÉS 

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Bords de l'Arve, 22 Septembre 1875. 




* ' 






•Mids»»ti.>ï^^i^*rt^"^i^/i 




« C'était le douze décembre. Quelques 
Genevois, colons dans l'Amérique du 
nord, nouvellement affranchie par la 
France, s'étaient réunis pour fêter YEs- 
calade. Les piquants couplets du Ce qyCè 
lainô se succédaient, interrompus seu- 
lement par le choc des verres. 
4c On frappe à la porte. 
« C'était un compatriote nouvellement 
arrivé, lequel n'avait pu résister aux 
accents de la chanson qui, pour le Ge- 
nevois des derniers siècles, résume 
toute l'histoire de la patrie. 
« Vous êtes Genevois, la preuve? 
« J'ai mes papiers. 
« Nous n'en voulons point ; si vous 
êtes enfant de Genève, récitez votre 
Emprô. 

4c L'épreuve décisive s'accomplit heu- 
reusement et un convive de plus célé- 
brait sur cette terre, alors pleine d'es- 
pérance, les triomphes passés de la petite 
république. » 

JVbM« avoYiJS tenu à reproduire ces 
quelques lignes d'introduction que 
M. Blavignac avait placées en tète de 



Védition de 1865, et qu'il rCa pas cru 
devoir co7iserver dans celle-ci. Elles 
expliquent fort bien l'importance de 
TEmprô comme vieux mot de guet, 
comme signe incontre faisable d'une 
commu7îe natio^ialité. 

Faire quelque chose avec rien n'est 
pas facile. A force de science, jointe à 
une diction dont la naïveté poétique est 
tout-drfait analogue au sujet, M. Blavi- 
gnac est parvenu, en se servant d'été'- 
ments d'une futilité extrême, à pro- 
duire un livre fort agréable à lire, un 
ouvrage sérieux qui restera comme 
document intéressant à la fois l'his^ 
toire et la philosophie. 

Notre édition contient une foide d'his- 
toriettes et de petites pièces quin'étaient 
pas dans la première. Les chapitres : 
Cria populaires et Sobriquets sont 
complètement inédits. Celui qui est in- 
titulé Le fer à risôles est au^si curieux 
au point de vue philologique qu'à celui 
de V ethnographie. 

L'Éditeur 




TABLE SOMMAIRE 



-^-^-B?ft*îr- 



CHAPITRE PREMIER. Caches et 
Bmprôs, 1 à 78. La rime populaire, an- 
cienneté et généralité de son usage, 1 
à 5; rimes défendues, 2,375, 

I. Le Cache-cache, ses noms divers, 
5 à 7; VEmprô genevois, 6, 7; son in- 
terprétation, 8 à 14, 39; époque de sa 
.composition, 8; antiquité et date de quel- 
ques formulettes, 16, 17, 31, 32, 36, 45, 
46, 47, 52, 69, 141, 150, 156, 202, 214, 
238, 243; un proverbe perdu, 12 \follhiey 
follhiasse, etc., 13 ; variantes de TEmprô, 
14, 29 à 31, 373, 395; formules protes- 
tantes, 16 à 18; le jeu d!Awies-tu?, 18; 
pasquins contre les premiers prêcheurs 
d'évangile, 19, 20; licence de ces der- 
niers, de leurs adhérents et de leurs ad- 
versaires, 20 à 22; lupanaire de la Tête- 
Noire, 20; sur Texpression: passer du 
côté de saint Paul, 22; rime de Marie- 



MagàeleinCf 23 à 25; la tradition catho- 
lique dans le Pays de Vaud, 25 à 28; la 
Grande Diane des JEphésiens, 25; la 
foire des filles, 26 ; la Saint- Sylvestrey 27, 
28; emprôs divers, 15 à 18, 28 à 78, 370 
à 375; saint Urbain, 30. 

IL IJEnn-Penn sédunois, 31 à 42; il 
est connu en Suède, 36; ses formes alle- 
mandes, 37 à 40; sur les mots enn et 
penn, 37 à 39 ; les écoles gauloises, 39; 
Un I,un L, 41, 42 ; les lettres dans Tem- 
prô, la formulette : A, JB, C, D, 41 à 43; 
VAcJca-hacka, 43; VMeri-seleri, 44. 

III. U Amm-schamm, 44 à 46; la for- 
mule: In midis, 46, 374. 

IV. L'emprô d'Aoste, 46; formules 
historiques, 47, 48. 

V. Formules italiennes, 48 à 51, 67; 
la guivre de Milan, 48, 49. 

VI. Nombre et diversité des emprôs, 
51 à 78; un mot sur le loup, 54 à 60; 
Wolfgang et OfFenge, 58; la Queue du 
Loup, 60; clariner et canfarihoter, 62, 
63 ; quincailler et roi des picaillons, 64, 
65 ; la coccinelle, 68, 69; tableau de la 
vie humaine, 70; jeu de VHerbeite, 71; 
quelques mots sur les diminutifs, 71 à 



74; Margot et Margotton, 73; Ânsegisos^ 
73, 74. 

Vn. Faiblesse et paérilité de certaines 
formules, 74 à 78; jeux de Rondin pico- 
On et du Creux, 71, 78 ; Vive le Roy! 78. 

CHAPITRE DEUXIÈME. Rondes et 
K3n:ielle8, 79 à 180. La danse aux an- 
ciens jours, 79 à 84; Coquilles et Co- 
raules, 79 à 82; Farandole et Virolet^ 
82 à 84 ; l'entrée en danse^ 84. 

I. Bibliographie 85, 86, 114; notes de 
J. Olivier, 86 à 89; En revenant de noce, 
89 ; LeBossignol, 91 ; L'Ane, 92 ; Le Pont 
$ Avignon appliqué à l'éducation des 
petits enfants, 95 ; Sur le pont du Nord^ 
96 ; Le Petit Boi d^ Angleterre, 97 ; Le^ 
Enfants et V Oiseau, 98; ie Loup, 100; 
La Cloche, 101; les petites rondes, 102 
à 106 ; un rondeau travesti en alle- 
mand, 106; le Corhillon, 107; les Quatre 
Coins, 107. 

II. La tradition catholique dans le& 
rondes, 108 à 115; les abeilles et les 
animaux de la crèche à la naissance 
de Jésus, 108, 109; signification de voix 
d'animaux, 109, 110; les grenouilles de 
Luxeuil, 1 10, 1 1 1 ; l'Epiphanie à Genève^ 



I 



xn 

111; Noëls, 114, 115; Challende et 
Chauche-vieille, 114, 115. 

in. Kyrielles enfantines, 115 à 162; 
l'Escargot, 116, 117; formules pour faire 
saver le bois à sifflets, 117 à 119, 376; 
le hoquet, 119; réternuèment, 119, 120, 
1 80 ; berceuses, 1 2 1 , 1 22 ; les marionnettes 
et le glin-glin, 122, 123; Atahiu, mon 
bidet, 124, 125; le Cabinet, 126; Chante- 
à'pleurs, 126; Attrapa goliâ 121 \ les 
coqS'Si-grues et les poires Merlin, 127, 
128; questions intempestives, 129àl33; 
nez cassé et pied de nez, 132, 133 ; valeur 
du mot fable, 134; rapportapet, 135; 
feinte à neuret, 135; rêverie, 136; varia, 
137 à 141; cruauté et déloyauté des en- 
fants, 138 à 140, 157; bonne église et 
bonne botte, 140 ; Tondu, bondu, 141 
à 145; importance de la chevelure, 141 
à 145; l'enfant gâté, 146; cul fouetté, 
146 à 148; CMÏ et derrière, 147, 148; car- 
luche, 148; Gringôre et Maïôle, 149 à 

151, 226; PèreZizy, 149; quinôle, 150; 
patte au cul, 151; Pas pour deux quarts! 

152, 378; Zicô, 152; le corbeau et son 
langage, 152 à 155; Jean Patagan et son 
contraire, 155 à 157; jeux du Cheval- 
fondu et de Jean, je suis sur tes terres, 
156, 157; formulettes malicieuses contre 
les estropiés, 157 à 159 ; jeu de Buffle, 



f, » i«'- . 3 



xni 



158; huées des petites filles, 159; école 
et vacances, 159 à 162; autres rimettes 
enfantines, 18, 69, 71, 370 à 377. 



a 



IV. Kyrielles campagnardes, 162 
180; les alouilles, 162 à 165 ; escarnavex 
et failles, 163, 164; feux de la Purifica- 
tion, de la Saint-Jean, etc., 166, 167; 
pierre à Bernard, 168 à 170; épouses de 
mai, 170 à 172; le follhiu, 172 à 175; 
fête desbouvaironnes, 175, 176; affaisse- 
ment intellectuel, 33, 176 à 178, 280, 
281 ; les moissonneurs et leurs chansons, 
177 à 179; Maiines4u? 179, 180. 



CHAPITRE TROISIEME, 
polaires, 181 à 288. 



po- 



I. Gris des marchands, 182 à 213; le 
père Rey, 182 ; les deux sens du mot 
fùwtUy 184, 185; les petits pains, 185, 
188; légumes, 186, 187, 209; morue et 
marée, 187; lotte et Lorraine, 187, 188; 
aloyau et persicot, 189; Thomme aux 
scies, 189; raisson et greube^ 190, 191; 
drouineurs ou magnins, 192, 193; save- 
tiers, 193; cuUde-pége, 193; ramoneurs 
194; biscoins, bricelets, croûtes dorées 
merveilles et pain de Nismes, 195, 360 
hiscaumeSy 165, 361 ;|)am d'anis, 361 
onhlieSj plaisir des dames y 195 à 198, 360 



xrv 

empire, royaume, 196 ; séraces, chante- 
merles et marolles, 198 à 200 ; tommes 
de Bour guignâtes, 200 ; sur le mot tom- 
me, 201 ; le cri des poissonnières, 201 à 
204 ; bisolle, 202 ; marchands de vin et 
d'eau-de-vie, 204 à 206 ; les fruits, 206 
à 209 ; conserve de genièvre, 207, 208 ; 
herbes de la Saint- Jean, 210, 211 ; 
papiers-nouvelles, 211 à 213 ; latrines 
ambulantes, 213. 

II. Les cris au treizième siècle, 214 
à 217. 

m. Le cri public, 217 à 238; le signal 
gaulois, 217 ; clameur de haro, hurrah, 
2 1 8, 2 1 9 ; noël, 2 1 9 ; miracle, 388 ; Vive Ge- 
nève ! 219 ; au Rhône, à Veau, 220, 226 ; 
cris d'émeute, 220 à 226 ; huguenots, 
221; cris de guerre, 222, 223; Vive 
Savoye! 223, 387 ; fausses alarmes, 223 
à 225 ; affiches satiriques, 227 à 229 ; 
crieur public, 229 à 231 ; cri du vidom- 
ne, 231, 232. 

Le guet, 232 à 234 ; cri des dîmeurs, 
4 ; à Veau et au feu, 284 à 237 ; autres 
expressions contraires ayant une même 
signification, 235, 236 ; le sifflet, 237, 
238, 244. 

IV. A gui Tan neuf, 238 à 240 ; ague- 
nettes, 239 ; les donnes, 240, 241 ; chari- 



XV 



vari, 241 à 243 ; Vavouheh, 243, 244 ; 
évouhater et évouhettes, 243 ; ban, haite^ 
rie et grognement, 244. 

V. Crienrs des troncs, 245, 246 ; la 
hête du Givaudan, 246 à 254 ; la molle, 
255, 256 ; molle-morte et mâche-molle, 
255. 

VI. La langue parlée aux animaux, 
256 à 268 ; bœufs, 256 à 259 ; cheval, 
260 à 262 ; porcs, canards, poules, 263, 
264 ; chèvres, moutons, vaches, 263, 
264 ; chien, 264, 265 ; cris d'alarme 
contre le loup, Tours et le renard, 265, 

266 ; rinterjection au moyen-âge, 266, 

267 ; la marmotte, 267, 268. 

Vn. Inscriptions facétieuses, 269, 270 ; 
sigles singulières, 270 à 272 ; la schette 
ou gogue, 272 à 279 ; Bollhbo et la 
Dame blanche, 274, 275 ; formules oc- 
cultes, 275 à 279 ; les huées de la rue, 
280 à 282 ; cris des baigneurs, 282 ; le 
salut, 283 à 288 ; adieu et bonjour, 284 ; 
anciennes formules de salut, 285 à 287 ; 
je ne vous salue pas, 287 ; saluts écrits, 
288. 

CHAPITRE QUATRIÈME. Sobri- 
quets, 289 à 354 ; Propension générale 
pour l'usage du sobriquet, 289. 



XVI 

I. Sobriquets personnels, 227, 290, 
291 ; noms de familles, le nom de bap- 
tême, 291 à 294 ; sur le de, 293, 294 ; 
surnoms des grands personnages, 295 ; 
ceux de familles savoyardes du Pays de 
Vaud, 295. 

II. Sobriquets politiques, 296 à 299 ; 
caractère genevois, 296 ; sur le mot 
vilain j 299 ; Cercles et Clubs, 299, 
300 ; Loges maçonniques, 300, 301 ; so- 
briquets militaires, 301, 302 ; sobriquets 
de métiers, 302, 303 ; sobriquets terri- 
toriaux, 308 ; leur ancienneté, 303 à 
305 ; Gentils, Païens et Infidèles, 305 ; 
sobriquets de villages à villages sur la 
rive droite du lac, 57, 153, 207, 306 à 
311 ; sur la rive gauche, 311 à 313 ; an- 
ciens sobriquets collectifs, 313. 

III. Qualifications appliquées à cer- 
taines villes et contrées, 315 à 317; so- 
briquets de rues et d'édifices, 318; noms 
territoriaux agréables, 318, 319 ; ensei- 
gnées ^arZée5 et facétieuses, 319 à 321. 

IV. Sobriquets donnés aux animaux 
par La Fontaine, 321 à 323, 347; indi- 
cation de ceux qui furent employés au 
moyen-âge, 323 à 347 ; noms d'animaux 
dans la technologie militaire, 347, 348; 
les éléphants d'Annibal, 348 ; les sobri- 



xvn 

quets des plantes et des fleurs, 348, 
351 ; la Clauda (boiteuse) et les boute- 
peste, 351, 352; le Lac, le Soleil et les 
Vents, 352, 353 ; une citation de Balard, 
353, 354. 

CHAPITRE CINQUIÈME. Le 1er à 
risôles, 355 à 369. 

I. Signification du mot moZe, 355, 356; 
son ancienneté, 356 à 359 ; le moule à risô- 
les, 358, 359; poisson et mois d'avril, 
362 à 369; rime à ce sujet, 362; facéties 
analogues au poisson d'avril, 363 à 367; 
moule à boudins, levain pour les saucis- 
ses, épenalletSy machine à nettoyer les 
cuves, 363] sel dessalé, presse à velours, 
364 ; rengaines en usage parmi les mili- 
taires, 364 ; chez les menuisiers, char- 
pentiers, serruriers, typographes, 365 ; 
dans la îfabrique d'horlogerie et de bi- 
jouterie, 365, 366; peau d^aigle et peau 
de truite, 366 ; levain pour les risôles, 
367; un poisson d'avril gigantesque, 
367 à 369 ; supplément aux emprôs, ky- 
rielles et autres formulettes, 370 à 379; 
le Por, por, morillon du Béarn, 373, 
374 ; la Tape et la Lune, 374, 375 ; le 
trintieu, 376 ; Croix de bois, etc., 377 ; 
Croix et Pile, 377, 378; contre les Réfu- 
giés, 378; la finale ard, 379; la rime de 



Canard, 380; la Clémence, 380; 
. jeux enfantins, 380 à 387 ; 
1 gobilles, différentes manières 
:, chigtte et entasse, 381, 382 ; 
î, variétés du jeu, 383; eîicli- 
383, 384; marelle ou mêrelle; 
lé à GenèTe feu et cle/', son an- 
t ses variétés, 384, 385 ; Cache- 
pillon, tu brûles, tu gèîes, 386 , 
uf-creux ou pipotent, 386 ; PcW* 
»« vt* CMCorc, 386, 387. 

ne, 389 à 398. 



-^■' 




CHAPITRE PREMIER 



CACHES ET EMPROS 




A PASSION pour la rime 
fut très -grande autrefois. 
Plus d'un sermon de la 
première partie du moyen 
âge est écrit en alexandrins. Elcimus 
Avitus, le célèbre archevêque de Vienne, 
mort en 525, et qui joua un si grand rôle 
à Genève, versifiait la plupart de ses dis- 
cours sacrés. Le Livre des Bois fut d'a- 
bord traduit en vers qui peuvent, dans 
beaucoup de cas, être retirés de la ver- 
sion en prose de 1050, où ils sont noyés ; 
en 1207, Etienne de Langton prononçait 



■— 



.T.*W. . 



— 2 — 

encore des homélies rimées. Du temps de 
saintLouis, on versifiait jusqu'aux guides 
de voyageurs, témoin le Dict des rues de 
Paris, qui remonte à cette époque. 

La plupart de nos dictons agricoles sont 
en vers. Et ce ne sont pas seulement les 
proverbes des champs que l'on a rimes : 
déjà, sous François P', on disait que : 

Lever à cinq, disner à neuf, 
Souper à cinq, coucher à neuf, 
Font vivre d'ans nonante-neuf. 

L'abus suivit l'usage : l'ëvêque de Ge- 
nève, François de Sales, dut tonner con- 
tre ceux qui ajoutaient des mots intem- 
pestifs pour faire rime avec quelques 
parties du rituel sacré. Dans ses Consti- 
tutions synodales, publiées en 1603 et 
complétées en 1605, il défend spéciale- 
ment : a d'adjouster es Psalmes que l'on 
chante es solennitez de la Nativité de 
Nostre Seigneur, certaines paroles ridi- 
cules et pleines de blasphème. » 

De nos jours, dans le monde interlope, 
il n'est pas rare d'entendre dénaturer les 



\ 



— 3 — 

chants les plus beaux par des adjonc- 
tions aussi triviales que basses. 

Les enfants et les campagnards ont 
toujours un faible marqué pour les ri- 
mes ; les paysans se délectent dans des 
compositions du genre de celle-ci : 

To vâte Phanphoué ? 

Man-vé en Meribé, 

Dçy quoué ? 

Dçy le père Bonnefoué. 

Et s'ils veulent dépeindre les mœurs 
de la basse-cour, ou bien la nature du sol : 

Polet bilan 
Cort lo chan, - 
Polet ne 
Cort lo tè, 
Polaille grise 
Cort lé cize. 

Terr* à pi-à-pau, 
Âtzét' la, se te pau; 
Terr* à taconey^ 
Lass* la io ell' ey. 

Autrefois, la perception des dîmes n'é-* 
tait guère plus populaire dans les cam- 
pagnes que ne Test aujourd'hui celle des 



Al 1 1 ■ ^ ■ 



A^n^fc 



— 4 — 

impôts en argent. Dans le Pays de Vaud, 
suivant le témoignage d'Olivier, on appe- 
lait le dîmeur en criant à haute voix : 

Hô! dimf! dimf ! 
Hô! dimfl dimî! 

On ne manquait pas d'ajouter, mais en 
baissant le ton : 

Ë se te ne vus pas vegni. 
Creyva-z-y ! 

La présence de la rime n'est pas d'ail- 
leurs la circonstance absolue qui nous 
dirige dans ce travail, destiné à recueil- 
lir quelques formules enfantines, quel- 
ques expressions populaires qui s'effa- 
cent tous les jours , et à les expliquer 
lorsque cela nous sera possible. Avant 
tout, nous voudrions engager les savants 
de tous les pays à enregistrer ceux de 
ces petits monuments qu'ils pourront re- 
couvrer. 

Quelques-uns de ces derniers n'ont de 
la puérilité que l'apparence, et ne sont 
pas complètement dénués de valeur aux 
yeux de la science. Suivant toute proba- 



^ 



— 5 — 

bilité, ils remontent à une haute anti- 
quitéy car la tradition enfantine, naïve et 
inconsciente, est d'autant plus persis- 
tante et plus pure qu'elle n'est pas neu- 
tralisée par les égarements des facultés 
raisonnantes, dirigeant la procession des 
idées qui passent par des cerveaux 
d'hommes faits. 



M' 



/'Académie française a enregistré le 
nom du cache -cache ou cligne -musette^ 
le cutte-cache de Rabelais, jeu qu'un au- 
teur presque aussi ancien que l'immortel 
curé de Meudon, appelle le : 

Cache-bien, tu Vm. 
Où maint garson, et mainte jeune fiUe, 
En tout honneur preinent un grand soûlas. 

Les Languedociens disent : jouer à 
cedos; les Bhé tiens : à Vacka-backa; les 






► »* ■ 



— 6 ^ 

Angevins: à cute; les Orléanais : àcute- 
cwfe/les Valdôtdins: àquite; les Fribour- 
geois : à coukaisse; les Gesserans ou Ges- 
siens : aux tâches; les ValJaisans : à totche ; 
ailleurs, on dit: faire une cache ou comp- 
ter à touche-barre; Texpression tocca- 
barra n'est pas rare en Italie. Plusieurs 
de ces dénominations : cutte-cache, cute- 
cute, quite, révèlent une grande ancien- 
neté: ils dérivent du celte keut, qui si- 
gnifie cacher, et dont les Grecs firent leur 
verbe heutein, qui a le même sens. A 
Turin, les joueurs annoncent encore qu'ils 
ont trouvé une cachette à leur gré en 
criant Tceût de toute la force de leurs 
poumons. 

A Genève, le jeu qui nous occupe porte 
le nom d'n l'est, que Ton prononce Ilaî, 
Ile par contraction, Ouley sur la rive 
droite du Léman. 

Pour l'exécuter, on se sert d'une for- 
mule que, dans la Ville de Calvin, on ap- 
pelle un emprô et, dans le canton de 
Vaud, une cache. 



— 7 — 

La plus ancienne formule genevoise a 
reçu le nom d'Emprô par excellence» 
et l'action de la réciter donna naissance 
au verbe emprôger. 

Atout Genevois de vieille roche, VEm- 
prô, comme le Ce que Vainô, fait gonfler et 
bondir le cœur. Il est pour le citadin, en 
dehors de sa ville natale, ce qu'est pour 
lé montagnard sur la terre étrangère, le 
Ban0 des vaches, qu'il ne peut entendre 
sans se rappeler, avec un douloureux 
saisissement, les verts alpages, les eaux 
jaillissantes et les pics sourcilleux de la 
patrie. 

Aux uns et aux autres, ces accents 
donnent le Seimweh, maladie qui n'a que 
deux remèdes : l'air du pays ou la tombe 
froide. 

La formule genevoise a frappé l'at- 
tention des érudits du terroir ; ils l'ont 
même enregistrée dans leurs écrits en 
ces termes : 



viijM? ..■oaamÊmÊÊmÊ^mmÊmadlk 



— 8 — 

Ampro, Giro, Carin, Caro, Dupuis, Si- 
mon, Carcaille, Brifon, Piron, Labordon, 
Tan, Té, Feuille, Meuille, Tan, Té, Clu. 

Mais là se sont arrêtés les savants 
glossateurs, qui n'ont vu dans cette pe- 
tite composition qu'une kyrielle de mots 
sans valeur, fruit de l'imagination d'un 
écolier, ou, tout au plus, qu'une série de 
noms propres ayant appartenu à des ré- 
gents ou à des professeurs du collège de 
Genève. Seul, M. Humbert, dans son 
Glossaire genevois, s'est hasardé à tra- 
duire Té Clu ou rey dus, par : Tu es 
dehors, tu es sortant. 

Nous croyons qu'on peut aller beau- 
coup plus loin et considérer VEmprô 
comme un très-curieux petit monument 
de la langue française parlée à Genève 
à la un du treizième siècle ou au com- 
mencement du quatorzième. 

Nous lirons et ponctuerons ainsi : 



— 9 — 

Empro, giro. 

Garin, Garo, Dupiiis, Simon, Gar- 
oaille, Briion, Piron, Labordon. 
Tant est iollhe moUhe, tant est clul 

Et nous traduirons ainsi : 

En premier lieu, plaçons-nous en cercle, 
Carin, Caro, Dupuis, Simon, Carcaillej 

Brifon, Piron, Labordon. 

Tant est la feuille mouillée, qu^ enfin 

elle tombe! ou: qu'enfin tout est fini! 

Nous devons maintenant justifier cette 
traduction, en examinant successivement 
les trois phrases distinctes composant la 
formule; il va sans dire que tous nos 
lecteurs savent emprôger eux-mêmes 
et qu'ils connaissent le jeu dont nous 
parlons. Ils savent que les écoliers, 
groupés, se disposent en cercle à la pa- 
role du plus influent qui, les touchant 
successivement, commence par dire : 
Empro, giro, mots traduits par : En 
premier lieu, plaçons-nous en cercle. 

Soit que Ton dérive emprô du grec 



1— g w w ii-ii-Bli wi -> ■ * rr ,'*■" **-mma- 



— 10 — 

h> wpwTM OU qu'où y voie une contraction 
de l'inprincipio des Latius, il u'en estpas 
moins constant que ce mot se rencontre, 
avec le sens de primo, premièrement, en 
premier lieu, dans une foule de pièces 
du moyen-âge. En 1565, Henry Estienne 
donne l'orthographe empreut; Bonivard, 
qui écrivait quinze ans avant cette date, 
se sert de la forme ampreux; dans la 
Farce de Fatheîin, composée vers 1490, 
on trouve empreu, et un acte de 1352 
porte empero. Lorsque, dans certains jeux, 
après avoir équilîé ou rêquillé, pidê et 
repiâé, l'écolier qui vient d'obtenir le 
privilège de jouer le premier s'écrie : 
« Je suis le preu » c'est, sans le savoir, , 
une aphérèse d'empro ou à'empreu qu'il 
emploie. Le chevaleresque motjjrewaîn'a 
peut-être pas d'autre étymologie, bien 
que les lexicographes le dérivent, les uns 
de probus, les autres de preuve. 

Giros est pour girons, impératif du 
verbe girer, tourner, dont on ût girouette 



— 11 — 

au seizième siècle ; ce mot n'offre aucune 
difficulté d'interprétation. 

La seconde phrase de VEmprô pré- 
sente quelques variantes sans valeur. 
Elle se compose des noms d'écoliers con- 
temporains de la rédaction de la formule 
et dont le chef fait l'appel ; on comprend 
que ces noms, qui, à l'origine, se modi- 
fiaient suivant ceux des joueurs, se soient 
fixés, au bout d'un certain temps, pour of- 
frir une série plus on moins convention- 
nelle, mais facile à retenir et servant à 
toute fin. L'incertitude légère régnant 
encore aujourd'hui sur le nombre et la 
prononciation de ces mots, prouve . que 
cette partie de la composition laissait 
toute latitude à l'origine et qu'elle n'a 
jamais eu de valeur traduisible. Obser- 
vons encore que ces huit noms propres 
sont essentiellement locaux; rien, dans 
leur composition, ne tend à indiquer pour 
VEmprô une origine étrangère. 

Passons à la conclusion de la formule, 



p«(jit»>- ..<• --» ... ~ » —^pi^Brywii ^iJjrn i BH m .v 



rené ^ â;^ ^zi_ j— :- 




d«2 



SQL â::ir it ïrzfzr — _ 

kÔL a: X^.Trr - *■■ — 

ordiittirç- e çi .3^ -r _> r »» 
et de rfmivrt^ 



— 14 — 

plas faible pour pouvoir les laver sans 
dommage. 

Tant est du ou tant est clou^ comme 
prononcent quelques personnes, parait 
être légèrement altéré ; on disait proba- 
blement à l'origine : gue tout est clu. Le 
premier mot est parti par élision et tout 
s'est changé en tant. Le sens n'en est 
pas moins reconnaissable: clu est un 
temps du verbe clore, employé dans le 
sens figuré de finir, terminer; en un mot, 
tout est clu, n'est qu'une ancienne forme 
de tout est fini. 

On pourrait d'ailleurs supposer que 
notre emprô, semblable en cela aux épî- 
tres farcies, si goûtées au treizième siè- 
cle et même plus tard, se terminait à l'o- 
rigine par tantum te excludo qui, par 
contraction, se serait métamorphosé en 
tan te clud. 



Suivons à l'examen de l'emprô genevois 
par une variante de celui qui est en tête de 



— 15 — 

ce chapitre. Il a été recueilli dans le canton 
de Vaud, mais sur les terres de l'ancien 
évêché de Genève. En voici le texte : 

Ëmpro, giro, 

Carin, Caro, 

Dupied, Dujonc 

Coquille, bourdon. 

Plante feuille neuille. 

Clou chou ! 

Traduisons ou interprétons : 

D'abord, mettons-nous en rond. 
Gârin, Caro, Dupied, Dujonc. 
Tout est mensonge en ce monde. 
Plante des feuilles nouvelles. 
Ceci est fini I 

On sait que le bourdon de la plupart 
des pèlerins d'autrefois passait pour aussi 
menteur que leurs coquilles, dont les ty- 
pographes ont accepté le décevant héri- 
tage. Il se pourrait que, dans notre for- 
mule, ces termes fussent deux noms pro- 
pres qu'il faudrait joindre à la seconde 
phrase au lieu de les traduire. Considé- 
rant néanmoins que ces mots, très-éner- 
giques dans la pensée qu'ils manifestent 



' 1 '• •■ 1" _ . ■ ■ * ■ 




— 17 — 

Trente-et-une, 
C'est la lune 
Trente-deux« 



C'est la lune ; -| 



C'est le feu ; j 

Trente-trois, j 

C'est la foi (croix) ; , 

Trente-quatre, 

C'est la face (rate); 

Trente-cinq, 

C'est la fin ; 

Trente- six, 

C'est fini I 

C'était bien ici la fin de la composi- 
tion originale, à laquelle un amateur 
imagina, il y a quelque cinquante ans, 
d'ajouter: 

Trente-sept, 

C'est la fourchette ; 

Trente-huit, 

C'est la marmite ; 

Jrente-neuf, 

C'est le bœuf; 

Quarante, 

C'est la balance I 

Dans nos campagnes de la Rive gau- 
che qui ont été protestantes au seizième 
siècle, on trouve cette formule qu'il faut 
peut-être joindre aux précédentes : 

Deux et deux zéro ! 
Capucin tressant. 

2 



Bisculaire, commande du bon via: lin, tô! 
Chez madame Pincaut, 
Rue dea TroîB-Corbeaux I 

Voici des ermites qui se présentent 
Bur la scène, nous sommes à. Echallena : 

Pan, pan, rigodon, 

Trois ermites d'Yverdon, 

Colin, coU,' 

Belle fllle, sors de U! 

Un moine remplît son rôle dans cette 

rime, peut être ancienne, et que les 

enfants adressent à celui d'entre eux qui, 

sans motif, a quitté le bon poste qu'il 

occupait : 

Qui v& à la cbasse. 
Perd sa place; 
Quand il revint. 
Il y trouve ud capucin. 

Nous ne savons s'il faut attribaer une 
portée quelconque au jeu â'AimeS'tu ? 
dans lequel on courbe successivement 
les doigts de la main d'un enfant en lui 
disant : Aimes-tu ton père ? en courbant 
le pouce; ta mère ? en courbant l'index ; 
ton frère ? eu courbant le grand doigt ; 
Bien ? en courbant le médical ; Jésus 



nt et en serrant 
gt replié. A cette 
ëcolier qui avait 
irmative, exclame 
douleur. 

is venons de citer 
lûiste, il a existé 
lulettes populaires 
veur de la vieille 
, plus grivoise que 
ne d'aujourd'hui, 
dre les citations. 
16. Avant l'arrivée 
mages : Farel, Vi- 
lient h, zizanie, eo 
e, dans la terre de 
t abhorrés par la 
qui oi^anisa des 
dans les rues pour 
i l'exécration, tout 
On promenait une 
pleine de farets ou 
it cette rime dans 



laquelle le verbe farer a le sens, non 
d'éclairer, mais de brûler: 

Farei farera, 

Virei virera, 

Fromment mouldra; 

CependantOieu nous ayders 

Le diable les emportera. 

Lesnovateurs étaient logés aulupanaire 
de la Téte-Noire. Lorsque Viret eut été 
empoisonné par la allé Antonia, la vé- 
nêfique, toute la ville de Genève chanta 
dans les mes: 

Ua des pieds 

Du trépied. 

S'est cassé, etc. 
Arrétons-nous. A ceux qui auraient de 
la peine à croire que les réformateurs 
aient élu domicile dans une maison de 
plaisir, nous les renverrons aux mémoires 
de l'un d'eux, Fromment, qui, dans ses 
Actes et gestes merveilleux de la cité de 
Genève nouvellement convertie à l'Evan- 
giUe, dit positivement qu'il était logé 
avec ses collègues « en l'hostellerie de 
la Teste noyre, ung lieu, si je l'ose dire, 
petit bourdeau. » 



— 21 — 

La licence des vieux Genevois qui, les 
premiers, accédèrent aux nouvelles doc- 
trines, était à l'unisson. Bonivard nous 
apprend qu'ils se promenaient pendant 
la nuit « convertissants les Pseaumes en 
chansons de paillardise. y> Il donne même 
xm exemple de ces parodies fait sur 
VAudi, Israël; les paroles en sont d'une 
si exécrable obscénité que nous n'avons 
pas voulu en souiller nos pages. Les per- 
sonnes désireuses de s'édifier à ce sujet 
n'ont qu'à lire VAdvis et devis de Van" 
cienne et nouvelle police de Genève, com- 
posé en 1556, et dont nous possédons 
deux éditions, publiées l'une en 1847 par 
le docteur Ghaponnière, l'autre en 1865 
par M. Gustave Revilliod. 

D'ailleurs, pour être juste, il faut bien 
convenir que, si les hérésiarques du sei- 
zième siècle et leurs adhérents brillaient 
par leurs turpitudes, l'ancien clergé ne 
leur en cédait guère. On pourrait racon- 
ter de singulières historiettes à ce sujet. 



— 22 — 

U snffit de citer un mot du savant Pierre- 
l'Orbe, l'un des hommes tes plus 
et des Catholiques du Pays de 
le plus zélé; il écrivait en 1534: 
r conclusion, sont dangereuses gens 
eus de Religion et, tant que vous 
arrez passer, si les laissez passer 
î menu, ni trop près ni trop loin. 
i petit nota, ne veux entendre que, 
ligion, il n'y aye îles gens de bien 
onneur, remplis de grande dévo- 
lais le plus passe par devers Sainct* 
— Passer du côté de saint Paul, est 
tcution perdue aujourd'hui et qui 
e : se mal conduire, tomber dans 
auche, tourner à gauche, parce que, 
les crucifix, on place saint Pierre 
Iroite du Sauveur en crois et l'A- 
des aations à sa gauche. 

;t des pièces légères du genre de 
dont nous parlions tout à l'heure, 
algré tous les frottements du Pro- 
tisme, sont parvenues jusqu'à nous ; 



— 23 — 

ainsi la promesse que les Acatholiques 
eux-mêmes font à leurs enfants : a Si ta 
es sage, tu auras une image à Pâques, 's^ 
Tel est encore le fameux refrain: 

Tiens bon, Marie-Magdeieine, 
Tiens bon, Marie-Magdelon! 

que toutes les années, le 22 juillet, jour 
de la fête de la belle hétaire de Jérusa- 
lem, de la pécheresse repentante qui avait 
tant aimé et à qui le Sauveur du Monde 
avait tout pardonné, répète à tue-tête 
la jeunesse du quartier de la Magdeleine, 
en promenant processionnellement, au* 
tour de l'église et dans les rues avoisi- 
mintes, un mannequin représentant la 
sainte, que l'on place ensuite sur la fon- 
taine, en faisant des rondes au refrain 
précité. Nous ne sommes pas seul à voir, 
dans cette réjouissance populaire, une 
protestation permanente contre l'hérésie, 
M. Jules Vuy, dans un excellent article 
publié par la Bévue Savoisienne de 1867, 
considère cette fête comme a une protes- 
tation énergique, renouvelée chaque an- 



/ 



— 24 — 

contre l'état de choses qui s'établit 
ïBève -dans le seizième siècle. j> 
Dès lors, ajoute M. Vuy, jusqu'à nos 
s, sous des formes diverses, cette 
urne a persisté sans interruption, 
tes et vieux prennent part à la fête; 
ine mesure n'a pu parvenir à étouf- 
ette manifestation signîlicatiTe. 
Aujourd'hui, elle n'a plus l'împor- 
e qu'elle avait jadis ; cependant, le 
iment populaire accueille, chaque an- 

avec enthousiasme, ce jour de fête, 
laque année retentit, dans les rues de 
)me protestante, ce refrain delà vieille 
ève, ce refrain bien conDU : 



n moyen employé pour dénaturer la 
ifestation dont nous parlons, a été 
amposer des chansons lupanariennes 
e lubricité excessive et d'y adapter 
e refrain. 

algré cette manoeuvre et probable- 
t bien d'autres que nous ignorons, 



— 25 — 

Marie-Magdeleine a tenu bon, et aujour- 
d'hui dans toutes les églises soit de la 
ville, soit de révêché de Genève, on cé- 
lèbre sa fête avec la même solennité 
qu'avant l'arrivée des étrangers qui por* 
tèrent, chez nous, une main sacrilège 
sur l'impérissable épouse du Christ. 

A Lausanne, les fêtes de sainte Mag- 
deleine et de saint Sylvestre ont laissé 
une vigoureuse trace; il n'y a pas cin- 
quante ans que le jour de celle du fonda- 
teur de l'Ordre séraphique, la fontaine 
de Saint-François était couronnée de 
fleurs et que l'on rondait autour. £t la 
Vierge-Mère, la Dame de Lausanne, que 
le ministre Ruchat osa traiter de Grande 
Diane des Ephésiens, elle a été, elle est 
encore, de la part des Hérétiques, le su- 
jet d'une attention qui est quelque chose 
de plus qu'un vulgaire souvenir. 

\ Lorsque le Catholicisme eut été re- 
tranché de notre sol, écrivait Olivier 
en 1837, il en resta cependant des ra- 



ciaes ^rées dont les rejets, ailleurs 
plus sévèrement extirpés, poussent en- 
core ici quelques feuilles. Ainsi, nous 
sommes grands amateurs du son des 
cloches : elles s'élancent à toute volée 
pour ouvrir et pour clore nos jours de 
fête. A certain jour de l'année, le peu- 
ple de chaque quartier de Lausanne 
danse autour de sa fontaine. On fête ses 
parents au jour du patron plutôt qu'à 
l'anniversaire de leur naissance. Enfin, 
la Dame est aujourd'hui, comme aux siè- 
cles des évêques et des chevaliers, une 
fête populaire dans notre pays : c'est la 
foire des filles ou des effeuilleuses, qui 
doivent au printemps élaguer le brout 
de la vigne, et, avec la paille humide 
passée dans leur tablier, assujettir le 
sarment autour de l'échalat. A Lausanne, 
quand toutes ces rieuses Maries et Mar- 
guerites des campagnes ont reçu leur 
foire de rubans, de biscauraes et d'é- 
pingles, qu'elles se sont engagées à un 
maître de vignes et peut-être à un amant, 



— 27 — 

alors, garçons et filles s'en vont, pèle- 
rins de Notre-Dame, compter les 245. 
marches de la haute tour, et visiter les 
cloches qui les reçoivent couronnées de 
fleurs. y> 

La Saint-Sylvestre (nous sommes tou- 
jours à Lausanne) est plutôt la tradition 
d'un mystère théâtral sur l'année mou- 
rante, que le sou venir d'une fête religieuse. 

Dans le cortège, qui se met en marche 
. le 31 décembre, vers onze heures de 
nuit, la pièce principale est un lit de pa- 
rade, sur lequel est couché Sylvestre, un 
médecin suit, les gens de la procession 
chantent : 

Il est mort!... Non, mais il veille, 
Il est mort!... Non, car il dort, 
Pour le réveiller, chantons lui sans cesse ! 
Mort! Mort! T'en iras-tu sans boire? 
Mort! T'en iras-tu sans boire? 

Que feras-tu dans l'autre monde, où il 
n'y a pas de cabaret? demande- t-on au 
malade; et au docteur : Dites-nous s'il 
est mort ou s'il vit?* 



— 29 — 

Que faiUil? 
Il dit sa messe ; 
Qui la sert? 
Saint Pierre , 
Qui l'entend ? 
Ses enfants. 
Ouvrez la porte. 
Allez vous-eni 



Nous avons recueilli les traces de no- 
tre emprô (emprun ou imprun en pa- 
tois) dans beaucoup de localités de l'an- 
cien diocèse de Genève ; presque partout 
il est altéré. A Confignon, on le récite ainsi : 

Emprô, giro, carré, caro, tan, té, foUhe, 
moUhe, nobis, oui, bourdon, d*amont. 

A Chamonix, la formule s'est transfor- 
mée comme suit : 

Exnprin, empro, girin, giro; carin, caro, du- 
pied, Simon, carcaille, bufaille ; ta, té, foillhe, 
moillhe, té, cluc ! 

L'altération suivante provient de Mey- 
nier; nous l'avons retrouvée à Douvaine: 

Exnprô, girun, giro, carin, caro, dupuis, Si- 
mon, lataille, bordaille; tan, té, follhe, moUhe, 
tan, té, pé, ce, cUu ! 



st en usage à Arbnsigny : 
non, taldt, taldan, copaille, bes- 



, village voisin d'Annecy, nous 
deux formulettes : 



M pomme, carcagne. 

Tu file, ioolane, 

Giro, 

rillage de Vetraz, dans l'an- 
t d'Anneraasse, est peut-être 
ait conservé intacte la for- 
icien emprô genevois. Le fait 
1 par cette circonstance que, 
35 et même postérieurement, 
île fut constamment retrem- 
ACt des frères et sœurs des 
litiques attirés à Vetraz par 
|u'y exerçait et qu'y exerce 
nt Urbain pour la guérisoo 
rmité. 



— 31 — 

Dans le même village, on fait aussi 
usage de cette imitation lointaine de no- 
tre emprô : 

Pompon, Simon, Lataiile, Bordaille, Duprin, 
Coton, Lapierre, Compère, Commère, Besson* 
La maû, dehôl (Le mal, dehors! ) 

L'emprô genevois a projeté des traces 
jusque dans TUchtland, témoin la formu- 
lette suivante, en usage à Villarepos : 

Anniet, Dizlet, Carin, Coro, Dupied, Bordon» 
Simon, Joseph, Gatheiin, Greffion. 



n 




SiONy capitale du Vallais, les enfants 
font usage d'une formule certainement 
de beaucoup plus ancienne que l'emprô 
genevois et qui n'est pas sans analogie 
avec lui. Nous nous bornerons à la trans- 
crire, laissant à nos lecteurs le soin de 
la traduction: 



— 32 — 

Ena, pann, to, pi, te, 
TifT, taS, do, mi, ne, 
Enn, ker. brod, 
Simmer, not, 
Sinn, faon, tous t 

liminant, ou plutôt en réintégrant 
s altérés au contact du latin, de 
md et du français, on pourra pro- 
ent se rendre compte de t'ensem- 
' la langue que parlaient les Sé- 
avant l'arrivée des Romains, 
leurs, on retrouve la formule val- 
e dans d'autres contrées, avec des 
lous diverses qui n'empêchent pas 
nnaltre un fonds primordial plus 
as modifié par le frottement d'un 
I de siècles et de civilisations dont 
; dirons rien, par l'excellente rai- 
e nous sommes dans la plus pro- 
guorance & cet égard, 
'est pas sans peine, et seulement 

d'insistantes prières adressées à 
tonnes âgées, pour qui les sou- 
de la première jeunesse avaient 

toute leur frf^cheur,~^^ que nous 



— 33 — 

avons pu recueillir la version précédente 
de Tantique formule. 

La conséquence fatale du progrès est de 
tellement dénaturer tout ce qu'il touche, 
que ce vieil emprô sort aujourd'hui des 
jeunes bouches en des termes incohérents 
qui le travestissent absolument. Cette 
année même^ passant à Sion^ nous avons 
enregistré la dégénérescence suivante: 

Enn, penn, to, 
Caprenell, do, 

Isabell, 

Poumptenell ; 

Hible, bible, hoummt 

n n'y a pas dix ans que les enfants 
de Genève usent de VEmprô ou plutôt 
de VEnn-penn de Sion, dont ils ont fait 
plusieurs versions ou altérations; voici 
les deux que l'on entend le plus souvent : 



In pin, to, pi^ tin, tif, taf, dominus à corpo- 
rum, chomitom; tif^ taf, douze! 



Ententor, capreneile, nor, Isabelle, pom- 
ponelle; im, pin, poum! 

3 



— 34 — 

Grâce à l'obligeante intervention de 
M. Du Mont, bibliothécaire de Lausanne, 
qui a parfaitement compris l'importance 
historique d'une collection d'emprôs, 
nous pouvons offrir à nos lecteurs cette 
variante de VEnn-penn, provenant de 
l'Oberland bernois : 

Enige, benige, toppelthe, 

Trififel, traffel, trummermehr, 

Âkerbrod, 

Sûndernoth, 

Sunderpfanne, 

Dusse^ ufe (oufF), stossi 

Jusqu'à un certain point, on peut, par 
l'allemand, traduire la fin de la formule, 
depuis et compris aherbrod; cette conclu- 
sion semble dénoter une influence chré- 
tienne : (( Pain du champ, misère du pé- 
cheur, incitateur du péché, dehors , fuis 
sous ce coup ! » 

Les deux dernières lignes de l'Enn- 
penn employé dans le canton de Basle, et 
que voici,semblent offrir un sens analogue : 

Aenige, baenige, duppelde, 
Dychel, dachel, domine, 
Ank brot in der Notb, 
Zimme, pfanne, dusse^ stobtl 



— 35 — 

La yariante qui suit a été recueillie à 
GeXy dans le département de l'Ain : 

Unique, banique, 

TrifT, traff, cornemin, 
Des trente pains; 

Ostrepot, 

Sentinelle; 
Finn, fann, tous ! 

En voici une autre, en usage à Com- 
mugny, dans le canton de Vaud : 

Enique, bénique, tropp, très, 

Triff, traff, commemeF, 

Acque de bro, 

Certina ; 

Tinn; linn^ fann, héause! 

Celle-ci provient d'Ecublens : 

Unique, benique, trop, entrée, 
Trif, traf, comme mé, 
Acbau, 
Zignau; 
Ine, fane, touze, ouzeî 

Dans le Conteur de 1864, M. S. Blanc a 
publié la formule vaudoise en ces termes : 

Enig, benig, top, trai, 
Trif, traf, komm mehr, 
Ag de brod, zinguenau, 
Tine, pfanne, douss, bouse! 



— 36 — 

Le savant que nous venons de nom- 
mer, et à qui le prototype de Sion parait 
être resté inconnu, s'appuyant sur le 
fait que Temprô ci-dessus est connu des 
enfants de la Suède, présume qu'il a été 
apporté dans TOberland par les pre- 
miers colons : des Cimbres, débris des im- 
menses armées de Septentrionaux vain- 
cues par Marins. Cela nous reporte à un 
siècle avant l'ère chrétienne ; nous esti- 
mons que la formule dont la Vallée pen- 
nine semble avoir été le berceau, est de 
beaucoup antérieure à cette date. 

Lorsqu'on étudie avec quelque soin la 
philologie géographique de la Suisse al- 
lemande, on ne tarde pas à s'apercevoir 
qu'un nombre infini de noms locaux ap- 
partiennent aux langues celtiques; ils 
existaient conséquemment avant l'ir- 
ruption des hommes du Nord qui, ne 
pouvant pas prononcer certains de ces 
noms, les ont, pour ainsi parler, enve- 
loppés d'une écorce germanique. Ils ont 
fait de même pour notre formule que 



— 37 — 

noas n'âvons pas été étonné de retrou- 
Yer dans le canton de Zurich, sur la rive 
droite de la Limmat, ainsi traduite ou 
travestie : 



l, Tintenfass, 
Gang in d'Schul und lern etwas 
Kommst du heim und kannst du nichts, 
Kriegst de Buggel voile Wigs! 

Sauf les deux premiers mots, échap- 
pant aux idiomes allemands et qui 
sont, comme notre énique, héniquej une 
altération évidente de Venrij penn, sé- 
dunien ou sédunois, on peut traduire li- 
brement : 

Encrier (sous-entendu : faisons un cercle 
autour de lui, emprisonnons-le; en d^autres 
termes : amusons-nous). — Va à Vécole pour 
f instruire. — Si tu reviens à la maison ne sa- 
chant rien, tu recevras des coups sur le dos! 

Examinons ces termes étranges et 
mystérieux, qui sont restés cramponnés 
en tête de toutes les versions de notre 
formule. 

Enn est évidemment une forme du 
samskrit un, exprimant l'unité, la néga- 
tion de la pluralité, Tidée premièrement, 



— 38 — 

en premier lieu; nous avons vu que notre 
mot emprô offre exactement le même 
sens. Ajoutons qu'en breton, hen signifie : 
ancien, vieux,' âgé; et son superlatif hé-^ 
na : le plus ancien, le plus vieux, le plus 
âgé, par extension, le premier. 

Penn est un mot qui appartient aux 
langues initiales ; il désigne ce qui est 
élevé; de là, le nom de V Apennin, de^ 
Alpe^ pennineSf du mont Pennclais et des^ 
milliers de termes géographiques analo- 
gues à Penia, Penex, Peney, Penin, 
Penne, Penol, Peny, etc. On l'employait 
au figuré, comme on le voit par la déno- 
mination de Poeni, donnée aux Cartha- 
ginois, ces Anglais de l'antiquité, qui, 
par le commerce, acquéraient des mon- 
ceaiLX d'or. Ce mot monceau correspond 
très-bien à penn, le samskrit l'exprime 
par pinda; or, comme tout monceau af- 
fecte une forme circulaire par sa base, 
nous sommes pleinement autorisé à dire 
que notre giros est une traduction libre^ 
une imitation de penn que nous n'écri* 



m oa puoen, comme 
is, qui méprisaient 
:aieiit, la langue de 

écède, nous croyons 
lue notre jeu A'U 
es sous le nom d'J.- 
,ait aussi des pre- 
os contrées. On peut 
r que les Celtes en 
roges en particulier, 
)les ; les établisse- 
)ublique, dirigés par 
lleurs expressément 
es-César. Ajoutons 
es époques si recu- 
eu autant de goût 
Eaire les gattes, soit 
, sans trop se sou- 
ces de leur faute, 
;ement prévues par 
l'Emprô genevois : 
i mouillée, qu'enfin 



— 40 — 

Le commencement de TEnn-penn sert 
d'en-tête à une foule de formules d'ail- 
leurs fort différentes de celle de Sion, 
témoin la suivante, en usage à Winter- 
thour, dans le canton de Zurich. Il se- 
rait difficile de trouver, comme dans 
cette pièce, des pensées plus enfantines, 
à côté de la couleur locale donnée par le 
blocus de l'Angleterre et les flammes ra- 
vageant la Poméranie. 

Enne, wenne, winne, wan! 

Ziehen wir nach Engeland, 

Ëngeland ist zugeschlossen 

Und der Schlûssel abgebrochen. 

Maikâfer ilieg, 

Der Vater ist im Krieg, 

Die Mutter ist im Pommerland, 

Pommerland ist abgebrandt; 

Ein, zwei, drei 

Und du bist frei! 

Enné, wenné, winné, wan ! 
Nous partons pour TAngleterre, 
L'Angleterre est fermée 
Et la clef est cassée. 
Hanneton, envole-toi, 
Le père est à la guerre, 
La mère est en Poméranie, 
La Poméranie est en feu ; 
Un, deux, trois, 
Et tu es libre! 



— 41 — 

Dans le Gros de Vaud, nous avons 
trouTé la formulette : 

Un I, un L, 

Gazon, gazelle, 

Dupied, Dujonc, 

Coquille, Bourdon, 

Tan, té, follhe, mollhe, 

Tan, té, clou I 

Cette combinaison^ assez curieuse, est 
formée du fragment proverbial de Pemprô 
genevois avec le commencement d'une 
formuleusitée dans plusieurs localités des 
anciens décanats d'Aubonne et d'Annecy. 
Son premier mot se rapproche assez d'enn 
ou d'eiwi, pour que nous voyions dans l'en- 
semble une imitation lointaine de la tot- 
che ou cache de Sion ; en voici un autre 
exemple : 

Un I, un L, 
Ma tante Michelle, 
Des poires, des choux, 
^ Des beaux raisins doux, 

Des figues nouvelles. 
Pour qui ? 
Pour vous I 

Bien que toutes les versions écrites 
que nous avons recueillies des emprôs 
ci-dessus portent: Un I, un L, il serait 



— 42 — 

peut-être plus naturel et plus conforme 
au génie des enfants, surtout de ceux qui 
jouent et dont la passion pour les lettres 
de l'alphabet n'est pas trop déterminée, 
de les commencer par Uni, unelle, ou 
par : Un nid, une aile. Représenter des 
mots par des lettres n'est pas d'ailleurs 
sans exemple au moyen-âge, témoins ces 
vers de Renard contrefait : 

Guida renars fust avec L, 
Pource que jalous fust de L. 

Deux formules, l'une vaudoise, l'autre 
dauphinoise, ont leur place ici, se reliant 
aux précédentes par le mot initial : 

Uni| uno, 

De pic, de po, 

De cinq savants 

Sur les dents, 

La carabotine, 

La Chine; 

Le tronc de chou, f 

Te casse le cou ! 



Uni, unin, 
Casi, casin, 
Dupied, Dujonc, 
Coquille, Bourdon, 



— 43 — 

La pierre qui file 
La lune, coton, 
Sortez dehors 
Compère Bouchon! 

Nous parlions tout à Theure du rôle 
des lettres dans les emprôs, en voici un 
exemple net : 

A, B, C, D, 

La vache a fait le vé ; 

Le vé s'est ensauvé, 

La vache a pleuré; 

Le vé est revenu, 

La vache a rizu ; 

Sauva té! 



A Ems, village voisin de Coire, dans le 
canton des Grisons, les enfants font 
usage d'une formule qui semble être d'o- 
rigine rhétienne et se relier de très-loin 
à celle de Sion. Notons qu'elle échappe 
à la langue romanche, parlée par la ma- 
jorité des habitants d'Ems : 

Acka, Backa, Schnella, Bella, OufF, TroufT, 
Schnelié, Schlaga, Die a do, Icht, Sterrlé, OussI 

Nous ne savons à quelle catégorie il 
faut réunir Temprô suivant dont les en- 



— 44 — 

fants de l'antique pays des Turiciens se 
servent toujours : 

Eleri, Seleri, Ribedi, 

Rab, Ribedi, Rabedi, 

KnoU! 



m 




UELQUES mots curieux se trouvent 
dans la formule suivante, qui se rencon- 
tre depuis les hautes régions de la vallée 
de TArve jusqu'aux rives du Léman ; on 
pourrait, ce nous semble, lui donner la 
qualification d^allobroge : 

Amm, schamin, tramm. — Pic et pic, com- 
médram (collédramm ou colégramro), — Bourr 
et bourr et ratatramm (racacamm), — Pic (mich), 
tramm! (nostramm ou noustramml) 

Nous avons indiqué quelques variantes 
entre parenthèses; mais, pour donner 
une idée plus étendue de ces dernièreS; 



— 45 — 

révélant un long frottement avec les an- 
nées, citons encore cette version : 

Amm, saiTiTïi, granam, 

Pic et piC; comlégramm, 

Bourr et bourr et retamplamm. 

Pic, mistramml 

Si la formulette qui suit, usitée dans le 
Pays de Yaud, n'est pas la même, elle lui 
ressemble du moins : 

Amsterdam,' 

Pic et pic et ramm. 

Âmsterdo, 
Pic et pic et ro! 

Les formules sédunoise et allobroge 
ont laissé leur trace dans la suivante, 
recueillie entre les lacs de Genève et de 
Neuchâtel : 

Enn, ten, to, 

Pic et pic et po, 

Un petit coq sur un mur 

Qui picotte, 

Qui s'envole, 

Qui s'envole; 

Isabelle, 
Pouponelle: 
Pi et pi et poumm! 

L'emprô suivant, que nous avons re- 
cueilli à Saint-Jeoire, en Faucigny, est 



beaucoup moins répandu que l'Amm- 

Bchamm : 

In midis, niiclis. miclas, 
Zerbobine, 



t^'oEiQiNAii de la formule suivante, en 
usi^e à Aoste, pourrait bien remonter à 
l'époque de l'introduction du Christia- 
nisme chez les Salasses, c'est-à-dire au 
premier siècle de notre ère. On prononce 
à la fois et vivement les chiffres placés 
entre parenthèses ; celui qui se trompe 
en les articulant est, par ce seul fait, 
contraint à remplir le rôle i'onos ou 
d'àue. 



— 47 — 

tués de compter à la Bellone : 1, % (3, 4, 5) 

6, 7, (8, 9, 10) il, 12 (13, 14, 15) 16, 17, (18, 19, 20) 
21, 22, (23, 24, 25) 26, 27, (28, 29, 30) 31. 32! 

Il peut aussi y avoir un souvenir his- 
torique dans celle-ci, usitée sur les deux 
rives du Léman : 

Un, deux, trois, quatre, 

Savary ija'a voulu battre. 
II m'a donné un coup de sa cape, 

Sa cape a reçu une tape; 

Ses soldats sont à Paris, 

C'est pour abattre Savary. 

Savary que fera-t-il? 
Il mangera de la soupe aux choux. 
Sauvez-vous ! 

Une allusion au turbulent prélat Mat- 
thieu Schinner semble se trouver dans 
cet emprô : 

A Tespingole, Cardinal, 
Pour combattre l'Allemagne; 
Pan d'or, pan d'argent, 
 ta commune, allons, va-t-en ! 

Le souvenir de la France revient sou- 
vent dans nos formulettes : 

Belle pomme d'or à la révérence, 
Il n*y a qu'un Dieu qui gouverne la France; 



— 48 — 

Partons : adieu, mes amis, 

La guerre est finie; 

Belle pomme d*or 

Sortira dehors! 




oici quelques formules de la Gaule 
cisalpine ; nous les donnons telles que 
nous les avons recueillies, sans y faire 
aucune correction, faisant suivre les 
deux premières d'un essai de traduction 
pour lequel nous réclamons plus que de 
l'indulgence. Dans ces pièces, la guivre 
ou givre de Milan, célèbre dans les tra- 
ditions des Lombards, qui l'adoraient 
encore au septième siècle, et que d'an- 
ciens auteurs français qualifient de bisse, 
joue le principal rôle. Cet être mysté- 
rieux est, comme on le sait, représenté 
sous la forme d'un serpent couronné, 
engoulant un enfant. 



— 49 — 

Quando la bissa la vien d'Ârona, si la porta la 
corona, la corona^ di venti-tre; han, doi, ire! 

Quand la bisse vient d'Ârona, elle porte la 
couronne, la couronne, vingt-trois, un, deux, 
trois ! 

La bissa, la bissa, la vien d*Ârona, canin- 
bocca, la corona, la corona, da dis dare corne 
fusse il venti-tre, trie, trac, bugin d'arola. Ques 
le done, ques le fare I 

La bisse, la bisse, vient d'Arona, gueule 
de chien, la couronne, la couronne, va te don- 
ner comme le vingt-trois, trie, trac, trou de 
mélèze. Ceci le donne, cela le fait! 



Quel osellino che sta sul mare quanti pesi 
che potra portare? Le tedesco e le foresto in- 
xlisinate e fuora questo I 



Occa et occa di san Bue 
Si a fa sti sedese bus. 
Si a fa inde la pel 
Occa et occa que faut pel. 



Una, due, tre, quattro, selte, otto, venti-quat- 
tro, venti-sei, selte, otto, ege des, tre pizit a 
nacazarola. Quee le den, quee le fare! 



Sta matina sum daia caga lobutada dachie 
lolatuca sonlamanino ocheraba, malizina, ma- 
lizino, camel, buter, fara, fara, furestierl 



i amis, dont les premières 
at passées à Florence, nous 
les pièces suivantes : 

>I ciol cio! Prendi labiàdaque 

ncesco Snn-Francesco e honna 
à casa mia. A casa mia ce uno 

lonacbe à cantare. ce ne una 
Santa Barbara benedetta! 

ciot cin! cio! Prends te blé que 
rends les fers que JK te mets 
.int-Françoie. Saint-François est 
le pour venir chez moi. Dans ma 
in autel avec troie Donnes qui 
1 eai un peu vieillotte. Sainte- 



>f Labella 1 
del piccione sonava li venti-tre. 
alzB lia gamba, que locca à tel 
! La belle illumination! Monte 
la queue du pi^fion a sonné 
, deux, trois, lève la jambe, cela 

ons que la traduction d'un 
usent les enfants riverains 



— 51 — 

La Dame du Lac est descendue apportant 
-quatre limaces dans la maison du pêcheur. Il 
les a liées par la queue. Trois poissons; une 
caassue. Celui-là est dedans, celui-ci est dehors! 



i > » < 




VI 



E NOMBBE des formules enfantines 



«oit pour le cache-cache, soit pour d'au- 
tres jeux, est presque infini. Partout 
elles diffèrent. Il y en a de courtes, de 
longues, de tronquées, de défigurées, de 
patoises, d'anciennes et de modernes. 
Toutes tendent à disparaître. On n'en 
<;ompose plus guère. Il est temps de les 
Tecueillir presque sans exception et de 
les examiner sérieusement. 

Pomme d'or, d*argent et sors ! 

€st une des moins étendues. Celle-ci est 
encore plus laconique : 



— 52 — 
Pathtrathl fluth! 
En patois vaudois et fribourgeois, elle' 
s'exprime par : 

Pata, mata, rata, froul 
Od pourrait traduire ces mots par r 
tt La rate est frappée ou froissée avec 
□n linge mouillé. » 

Patb, rath, fluih, cocu t 
est fort employé depuis quelques années; 
Annecy offre cette variante : 

Putta, matta, vire, vesce I 

L'Emprô de Genève compte parmi les 
plus longues et les plus curieuses de ces 
compositions : on peut en dire autant de 
l'Enn-penn, de l'Âmm-scbamm, de l'Âcka- 
backa, de l'Eim-meini, toutes similaires 
en tant de points, qu'on est naturelle- 
ment porté à les considérer comme des 
rameaux détachés d'une souche unique^ 
souche dont l'origine se perd dans la 
nuit des siècles écoulés sans avoir laissé 
trace chronologique de leur passage. 

Il n'y en a guère de plus modernes que : 




— 53 — 

Rubans rouges. 
Rubans blancs, 
Ton père les fait, 
Ta mère les vend; 
Grégoire 
Va à la foire ! 

Les choses qui impressionnent le plus 
vivement les enfants : le paradis rempli 
d'anges juvéniles; les oiseaux au chant 
mélodieux; les bois, la-forét aux sombres 
et mystérieuses profondeurs ; le loup qui 
cause tant de frayeurs ; les fruits, objets 
de si ardentes convoitises ; les fleurs dia- 
prant les prés, forment le sujet de la 
plupart de nos compositions. Les formu- 
les suivantes se retrouvent un peu par- 
tout avec mille et mille variantes. 

Geneviève (Catherine) de Paris, 

Prête-moi tes souliers gris. 

Pour aller en paradis: 

On dit qu'il y fait si beau. 
Qu'on y voit les quatre agneaux. 
Pinl pi! pa! 

Va manger des noix ! 

Cette conclusion est souvent rempla- 
cée par : 



— 54 — 

Pin; pimm! Pomme d'or! 
La plus belle en est dehors ! 



Un loup passant par un désert, 
Tout habillé de blanc, de gris, de vert, 
Qui fait des pets, 
Pour qui ? 
Pour toi. 
Retire-toi de moi; 

Le loup est-il plus sujet aux ventosi- 
tés que les autres individus de la race 
canine? nous ne saurions le dire. On 
peut seulement affirmer qu'il ne figure 
dans aucune formule enfantine sans pé- 
ter. Ajoutons que, dans plusieurs patois,, 
on donne le nom de vesse-de-loup à cer- 
taines plantes vénéneuses, et que la 
science n'a pas reculé pour donner le 
nom de lycoperdon, ou pet-de-loup à une 
espèce de champignon non comestible. 
Les vieux livres de cuisine appliquent 
la même dénomination à une espèce de 
beignet aussi prisé autrefois que les 
petS'de-nonne le sont aujourd'hui. 

D'ailleurs, tout concourt à prouver 
que, dans les anciens temps, si la con- 



— 55 — 

trée que nous habitons ne fut pas un 
pays de loups, c'était un véritable pays 
à loups. Nul doute que ce furent les 
loups, descendant la rive droite de TAr- 
ve et stationnant à sa jonction avec le 
Rhône, jonction qui se faisait là oti se 
trouve la place de Bel-Air, qui forcèrent 
les premiers habitants à fonder Genève 
dans le Lac, entre les Eaux- Vives et 
Plonjon. 

« Du temps du comte Amé, dit Para- 
din, et en l'an mil cent quarante-huit, 
c'estoit chose espouventable qu'en plu- 
sieurs lieux de la Gaule , les Loups 
dévoroyent les gens, et de telle rage et 
avidité, qu'il n'y en eut un au territoire 
de Genève, fort différent es autres, tant 
en grosseur de corps, que férocité, le- 
quel dévora plus de trente personnes, de 
divers aages et sexes. » 

En 1734, en suite des neiges tardives, 
l'abondance des loups fut telle dans les 
environs de Genève, que nos chroni- 



— 56 — 

queurs durent consacrer plusieurs pages 
à leurs méfaits. 

Une publication de Tannée 1741 nous 
apprend que, depuis trois ans, les loups 
étaient si nombreux dans la région sé- 
parant Annecy de Genève, que, durant 
ce laps de temps, ils n'avaient pas dé- 
voré moins de 400 individus. 

Nous avons constaté, plusieurs fois, 
dans les hivers rudes et prolongés, la 
trace du loup dans la commune de Flain- 
palais ; il n'y a pas un bien grand nom- 
bre d'années qu'on en tua un dans une 
ferme de la Queue-d'Arve. 

Sur les rives du Léman, une foule de 
vocables locaux rappellent le loup. A 
elles seules, les étroites limites du can- 
ton de Genève, renferment les suivants : 
Caquéloupj {Jhamp des Loups, Couva- 
loup, Creux du Loup, CroUéloup, Grand- 
loup, Gritteloup, Louviere, Lovatrice, 
Pendloup, Saut de Loup, Trappaloup, 
Tuqueloup, Vireloup, etc. On trouve 
chez nos voisins : Pisseloupj les Plaines 



\ 

\ 



'> 



— 57 — 

du Loupy Grattaloupf Cuvaloup, la Lou- 
ve, Lovatens, Prévonloup, etc. 

Les habitants de huit à dix villages 
sont qualifiés de Loups par leurs voisins ; 
entre ces sobriquets de localité à loca- 
lité, nous rencontrons ceux de Boba-lœu 
(voleurs de loups) et Medze-lau (mange - 
loups). 

Parfois le surnom donne lieu à quel- 
que rimette du genre de celle-ci : 

 Fontannaz, 
Lo lau l'hai dansé 
Avoé sa granta cua bliantze. 

Lorsque, vers le dixième ou le onzième 
siècle, l'usage des noms de famille de- 
vint une sorte de loi, une foule de grou- 
pes adoptèrent ou reçurent celui de 
Loup, ou de composés dans le genre de 
Chomtéloupj Dupanloup et Prenléloupé 
Louvetier, Louvet et Louveteau devin- 
rent également des noms propres. A l'é- 
poque gallo-romaine, lupus était déjà 
employé comme nom individuel, té- 
moin saint Loup, évêque de Troyes, au 



j 
I 



— 58 — 

cinauième siècle; postérieurement, on 
n saint Loup sur le siège épis- 
ns et un autre sur celui de Lyon. 
e de ces personnages, Saint- 
devenu un nom de localité. 
cin est un nom bien connu dans 
PS par la fondation du monas- 
uaiamoustier qui remonte vers . 

^olfgang parait avoir été choisi 
iron contre les loups dès l'épo- 
ide. Son nom, qui signifie al- 
jup, a été étrangement tra- 
n'est pas sans peine qu'on le 
lans les lieux de l'ancien évê- 
inève qui portent aujourd'hui 
Saint-O/fenge. 

ngage figuré emploie le nom 
e plus insatiable de nos forêts 
nstant : un loup est non-seu- 
individu goulu et vorace, c'est 
rejeton de l'arbre enté qui, 
terre et croissant avec vigueur, 
ait mourir la bonne tige. Faire 



— 59 — 

un loup, se dit, en construction, de mar- 
ques-à-toucher parmi lesquels les loups 
des tailleurs de pierre sont les plus gra- 
ves. Avoir le loup, est une infirmité 
au sujet de laquelle les gens replets sont 
particulièrement bien renseignés, et go- 
ber le loup, c'est recevoir un coup de 
soleil. Combien n'avons-nous pas d'his- 
toriettes légendaires dont le loup-garou 
est le héros ! 

li'Almanach de Genève pour 1864 con- 
tient près de cinquante locutions plus 
ou moins proverbiales dans lesquelles le 
loup joue le principal rôle, et les plus 
énergiques de ces expressions n'ont pas 
été publiées à cause de la crudité de 
leur rédaction. Parmi ces dictons, il en 
est d'assez curieux,ainsi : « Quand on parle 
du loup, on en voit les cornes. — C'est 
comme lorsqu'on choisit des loups dans 
une hotte, le meilleur ne vaut rien. — Les 
révolutions ne font que substituer des 
loups maigres à des loups gras. » 

Nous retrouverons le loup ailleurs que 



_ 60 — 

dans les formules du cache-cache. Le 
jeu de la Çueue du Loup que l'Académie, 
parlant patois sans s'en douter, appelle : 
A la queue leu leu , est connu partout. 
Les yieus dictionnaires eu expliquent 
l'origine en disant que lorsque les loups 
« sont obligez de passer quelque fleuve à 
la nage, ils le traversent à la ôle, se 
prenant avec les dens par la queue 
de peur que l'eau ne les entraîne. » Les 
fillettes jouant à la queue du loup, se 
bornent à prendre le cotillon du chef de 
file et les petits garçons ta basque de sa 
jaquette. 



A toutes les formulettes où il est ques- 
tion de fruits, ajoutons les trois sui- 
vantes; deux proviennent du Dauphiné, 

la troisième est genevoise ; 

Pomme reinetle, 

Pomme d'api, 
Cadviquelte (caivillette). 
Cadvirouge (calville rouge); 



retrouve 
tions : 



dernières 
suivantes, 
, d'emprô 



complet; nous les avons retrouvées jus- 
qu'en Lorraine : 

Un, deux, Iroiï, 

J'irai dans les bois, 

Quatre, cinq, six. 

Cueillir des cerises. 

Sept, huit. neuf. 
Dans mou pauier ni>ur, 
Div. onze, douze, 
Elles seront toutes rougesl 
Clarinon, clarinette signifie littérale- 
nent : Tintons les clochettes, car, dans 
ine foule de pièces anciennnes, clarine 
i le sens de sonnette attachée au cou 
les animaux; l'Académie a même enre- 
jlistré ce mot. Quant aux souliers à lu- 
iettes, c'est-à-dire ornés de croissants 
m petites lunes, l'auteur de Don Çui- 
'.hotte qui écrivait en 1605, en chausse 
l'un de ses héros ; cette expression peut 
lussi se rapporter aux souliers àcrevés, 
îi fort en usage au seizième siècle. Cla- 
Hner a quelquefois le sens occulte i'en- 
ihanter, assez net dans cet exemple : 
Une pommette, 
Ki dette, nicla I 
Sainte baguette 
La claclnat 



— 63 — 

Nargue, nargue ! 
Monte la garde ; 
Un bon soufflet. 

Pour qui ? 

Pour toi! 

Ces formules proviennent du Canton 
de Vand, de même que la suivante, dont 
on use aussi chez nous : 

Des pantoufles bien brodées, 
- Bien canfaribotées; 

Si j'avais la brodure, 

Et la canfariboture, 

Je payerais les brodeurs. 

Et les canfariboteurs! 

Le verbe canfariboter signifie littéra- 
lement garnir, orner un vêtement, avec 
des rubans rouges ou d'une autre cou- 
leur éclatante. 

Du Rhône supérieur à l'Isère, nous 
avons constaté l'existence de cet emprô : 

Trois gendarmes sur un pont, 
Qui péchaient des gros poissons ; 
Un enfant passe, 
La corde casse, 
L'enfant trépasse. 
Ne pleurez pas. 
Madame ; 
Vous en aurez un autre, 
Qui aura les pieds jaunes, 
Des souliers de maroquin, 
Sauve-toi, petit coquin! 



•l 



— 64 — 

Il est encore question de chaussure 
dans cette rimette qui s'échappe avec 
tant de joie de la bouche des jeunes en- 
fants libérés pour un moment de la gêne 
scolaire : 

Demain c*est dimanche ; 1 

C'est la fête à ma tante ; ' 

Je mettrai ma robe blanche I 

Et mes souliers pointus, | 
Turlututu! 

On retrouve la clochette dans cette i 

cache en patois zurichois : 

De Lunzer chunt; de Lunzer chunt 

£r lat si Schelieli fallel ! 

Le démon vient, le démon vient; 
Il fait tomber sa sonnette I 

Nous avons vu certains emprôsWormés 
de plusieurs autres; le suivant avoue 
lui-même qu'il est composé de « deux 
chansons î>. 

Qui quincaille ? 
C'est le roi des picaillons ; 

On lui fait la barbe, 
On lui coupe le menton; 
Chansonnette, 
Guillonnette, 
Deux chansons : 
Une, deux^ trois, 
De bois ; 



• SLi--' 



ire, cinq, six. 
De bis ; 
pt, huit, aeat, 
De bœuft 

: était enusageàCarooge 
le siècle. ÇuincaiUer est 
déiiignaot le brait que 
BD métal choqués les udb 
!a ; le roi des picaillous 
tièce de monnaie, un ëcu. 
ileur rustique, la formule 
3si usitée dans les villes 
ampagnes de la Suisse 



I (couteau) doré d'argent, 
.ère t'uttend (t'appelle), 
1 champ (du pré), 
du lait caillé 
t barbolté (gadroulllé) 
3UK heures de temps, 
i va-t-ea 1 

précédente nous a fait 
ite, Toici la souris : 

souris verte, 
t dansTherbette; 
ipe par la queue, 
re â ces Uesiieurs, 



dans la basae-conr, 
. faire irraptiOD dans 



tetits, etle les appelle : 



du pain dur; 
picota. 



est usitée dans toute 
la suivante vient des 



tlit-Jean; 
gatopiDe. 



: les Alpes, nouB 
e dans les riches 



itallo, tiitia la notte 11 
kv&Do. Le nila belle, 
rinello I 



isage à BeroHes, 
à la fin du siècle 



isrjoleue ; 



nouscommuDique: 



loane à la cocci- 
; le joli coléop- 
i pièce saivaiite:: 

ctae, 

1 manche; 



trions et qui res- 
roscopique dont 
le des plus brit- 
: trouver partout 
: durant toute la 
petit carnassier 
3 des pucerons, 
lilles et autres- 
'artoat il porte 
irouvant l'inté- 
it aux enf&nta : 
Dieu, bête à Is 



..«•■ 

'■V*. !■ 



— 69 — 

TiergCf berbiettSj cordonnier^ taiUeurf 
^Mréchau, etc., etc. Dans le Pays de Gez 

ils rappellent queuderi ou couturier, et 
loi adressent la parole en ces termes : 

Qaeuderi ! Queuderi ! 
Fa mé on bon habi ; 
Va dire au boa Dio 
Que demain fasse sau ! 

Voici une formulette que nous avons 
lieu de croire toute moderne : 

Lune I Lune I je vous vois. 

C'est madame Criquempoist 

Qui baptise ses enfants, 

Les petits comme les grands : 

La petite Louise 

Veut qu'on la frise, 

Son petit papa 

Ne le veut pas ; 

Elle veut qu'on la mène 

Au milieu de la plaine, 

Pour cueillir des fleurs 

De toutes les couleurs I 

A Touly en Lorraine, le nom du jeu 
prend place dans la rime : 

Cache-cache, to, ti, 
Cache-cache, to, ta; 
L'attrapera-t-il 
L'attrapera-ta ? 



— 70 — 

Cache-cache, ro, ro, 
Il ne l'aura po. 
Cache-cache, ra, ra, 
Il ne Taura pas! 

Dans la Suisse orientale, les enfantsr 
de la campagne se servent comme em- 
prô d'un résumé de la vie humaine que 
nous trouverions singulièrement grave 
comme formule de jeu : 

Fiinf Jahr, ein Kind. 
Zehn Jahr, ein Knab. 
Zwanzig Jahr, ein Jûngling. 
Dreissig Jahr^ ein Mann. 
Vierzig Jahr, 'ne Kinderschaar. 
Fûnfzig Jahr, geht's Aller an. 
Sechszig Jahr, wohlgethan. 
Siebzig Jahr, ein Greis. 
Âchtzig Jahr, schneeweiss. 
Neunzig Jahr, der Kind^rspott. 
Hunderl Jahr, die Gnad bei GottI 

Cinq ans, enfant. 

Dix ans, garçon. 

Vingt ans, jeune homme. 

Trente ans, mari. 

Quarante ans, père de famille. 

Cinquante ans, le déclin commence. 

Soixante ans, devoirs de la vie accomplis. 

Septante ans, vieillard. 

Huilante ans, tête blanche. 

Nouante ans, jouet de Tenfance. 

Cent ans, en grâce auprès de Dieut 



— 71 — 

Il n'est pas rare de voir les enfante 
danser en chantant un emprô et emprô* 
ger avec une courte ronde. La formule 
du jeu de VHerbette, qui, joint à la con* 
cision, la fraîcheur et la grâce, est em- 
ployée à ces deux fins : 

A Therbette 
Jolietie, 
Celui qui en aura, 
Le sera! 

Le style enfantin fait grand usage 
des diminutifs; l'ancienne langue en 
offre une quantité qui sont tombés en 
àésaétnàey Juliette est du nombre. Il est 
vraiment à regretter que nous ne puis- 
sions plus nous servir de : hrebiette^ 
brisette (souffle qui ride à peine le mi- 
roir des eaux), doucet, enfançon et en^ 
fançonnet , femmette , fontenette , fraU 
chonnet, garçonnet, garçonceau, perdu 
avec Tacception sérieuse de son positif, 
gars; heurette (un peu moins d'une 
heure), larmette, menette (main du petit 
enfant), mignonnet, minçolet, moindre^ 



**. 



— 72 — 

let, moment (court moment), moneeîèt, 
moreelet, neigeotter, petiot et petiolet (le 
t dur), pluviner, pommette, portette, ri- 
soîet (qui rit trop facilement), sadinet 
dont le positif sade, ne figure plus que 
dans le triste mot maussade; tendra et 
iendrelet, vionnet (étroit seotier) etc. 

Autrefois, tons les noms de baptême 
avaient des diminutifs créés par la ten- 
dresse maternelle et que l'enfant conser- 
tait le plus souvent jusque sous les 
cheveux blancs : Pierre faisait Pierro\ 
Peron, Ferret, Perrot, Perroton, Piron 
JPiefrejutw en Belgique; Périk en Bre- 
tagne; PédriUo et Périco en Espagne 
Peterchen eu Allemagne. Charlet, Char- 
Zon, Chariot, sont des diminutifs de 
Charles, comme Lise, Lisette, en som 
de Louise, Mariette de Marie, Ninûn 
■d'Anne, Rosine de Rose, Sttzette et Sueon 
de Susanne. Margot est devenu ridicule 
-dans notre siècle oh l'on semble ignorer 
que ce nom signifie petite perle et que la 
belle Marguerite l'employa dans l'épi- 



— 73 — 

taphe à jamais célèbre qu'elle se com- 
posa à elle-même : 

Cy gist Margot la gentiP Damoiselle, 
Qu'heut deux marys et si mourut pucelle. 

On employait aussi Margotton, témoin 
le couplet : 

Quand Margotion va seulette, 

Elle ne m*entend plus, 

Rlu tutu (ter). 

La petite fillette 

Rit de mes chani^onnettes ; 

Tous mes soins sont superflus, 

Rlu tutu {lei% 

Vingt pages ne suffiraient pas pour 
enregistrer tous les exemples qui se 
pressent sous notre plume; terminons 
par le nom du disciple bien-aimé du 
Sauveur. De sa forme latine, Joannes^ 
dérivèrent Johannod (Genod, Genoud)j 
Johannette ; du français Jehan ou Jean, 
vinrent tfeannot, Jeannette, Jeanneton; 
le breton Yves donna Yvonnet, Yvon* 
nette; l'ibérique Juan : Juanillo et Jua- 
nilla. De la transformation germanique 
Hans, sortit VHennequin des Flamands 
et VAnsegin des siècles carolingiens. 



on, bien connue 
que Ansegisua, 
, attira l'atten- 
-ivait en 1563 : 
Sansgin par le 
toit tel que le 
nome un Jehan, 
lan, Sanequin.i^ 



ODS enfantine» 
expliquer, si ce 
ipris des savants 
r. Il en existe des 
ituelles que les 
ions pour enle- 
i ceux qui nous 
re; il ne serait 



— 75 — 

int impossible qne certains 
Dts De parvinssent à donner 
ur aux plus puériles d'entre 



IB pomme de IniDe, 

li nie de la laiuo. 

Du fin coton ; 



irt par m 


1. par deux, 


pan 


troifl. 


r cinq, pt 


ir six, par 


sept, 


, par 


par dix ! 








« 








îndule Eo 


nna une heure. 


deux 


eures, qu 


aira heurBB, 


cinq 


heu- 


:, sept htiures, huit ha 




neuf 


ures, OJiK 


'. hiïures, mi 


dit 




« 








rn. deiix. 1 


irois 






Tur^rTcT- 


68 bU, 








H chemise. 






;ept, huit. 


neuf. ' 






'écrase ui 
»ix. onie. 


1 œur, 

douze, 






e mets m; 


a blouse! 







— 76 — 

Un bon, rond rood, 
Qii S'g<>i de mouton, 
ir quatre, pour cinq, pour six, 
Pour sept, pour huit. 
Pour neuf, > 
C'est. du bonboeuEl 



Gabriel, 

Monte au c<el 

Pour manger du miell 

ci une qui vient des montagnes 
srgne: ' - , 



ira neuf rois sans se reposer : 
Allons nous coucher! 
Allons nous coucher! 
Etc., etc. 

lemands sont aussi riches que 
i cette catégorie : 

Icb und du, 
Und's Mfillsrsuhn, 
Vnd's Bâckersstier. 
Sind unser vier. 

Cnd's Pfarrers Hûndll 
Sind unser tûnfll 

le fils du meunier et le taureau du 
Taisons quatre; avec le ctiiea du 
faisoDa cinq. 






— 77 — 

Cette piètre rime rappelle un pea 
celle qai accompagna la résurrection de 
notre belle diphtongue oi dans la langue 
parlée : 

Moë, 

Toë 

Et le roê, 

Nous faisons troô. 



Nous avons déjà vu bien d'autres jeux 
que le cache-cache employer des for- 
mules. Rien de plus commun aujourd'hui 
que de voir les petits enfants se mettre 
en cercle^ chanter en chœur la rime sui- 
vante ; puis s'accroupir tous ensemble au 
mot qui la termine : 

. Rondin, 

Picotin, 

Marie a fait son pain 

Pas plus gros que son levain, 

Pfiil 

De la bouche de jeunes paysans^ 
jouant au Creux, nous avons entendu 
s'échapper cette formulette : 

Porin, porà, 
Des tiù (choux), dou là (lard) ; 



. bien en droit de réclamer quel* 
Igence pour les ébats de la pre- 
messe, quand on voit, an peu 
Due foule de grands enfants ma- 
leurs aspirations dominatrices 
lurrahs et des bravos exclamés 
'efirains et des rapsodies politi- 
it voici un exemple, choisi entre 
s mauvais : 

Un, deux, trois, 

Vive le Roy ! 

Un, deux, (rois, quatre, 








CHAPITRE SECOND 



RONDES ET KYRIELLES 




ANSER en chantant^ faire 
des rondes dans le village 
autour du tilleul plusieurs 
fois séculaire ; dans la ville, 
ronder ou rionder autour des fontaines, 
fut une des plus grandes jouissances de 
nos an'cêtres. 

Parfois ces danses, comme la Grande 
Coquille de la Gruyère, devenaient gi- 
gantesques. Elles parcouraient plusieurs 
lieues, entraînant, mêlée dans la ronde, 
toute la population qu'elles rencontraient; 
patriciens et plébéiens, en proie à un 



A^' 



— 80 — 

enthousiasme subit, augmentaient ins- 
tantanément les anneaux de l'immense 
chaîne qui, à certains moments, passait 
toute entière boqs le bras de l'uD des 
danseurs. 

Un chroniqueur, cité par le doyen 
Bridel, a laissé la description d'ane de 
ces danses ou cr)rauîes exécutée du temps 
du comte de Gruyère , Pierre V, qui 
commença à régoer en 1344: 

« Il advint un jour que le comte de 
Gruyères, rentrant en son castel, trouva 
en -dessous d'iceluy grande liesse de 
jouvençaux et jouvencelles, dansant en 
coraule. Ledit comte, fort ami de ces 
sortes d'esbattemens , prit aussitôt la 
main de la plus gente de ces femelles, 
et dansa tout ainsi qu'un autre. Sur quoi, 
aucun ayant proposé, comme par singu- 
larité dont puisse être gardé souvenance, 
d'aller toujours eu dansant jusqu'au vil- 
li^;e prochain d'Ënney , pas n'y manquè- 
rent, et de cettui endroit, continua la 
coraule jusqu'au Château d'Œx, dans le 




— 81 — 

pays d'En-haat;etc'estoit chose merveil- 
leuse de voir les gens des villages par 
où passèrent se joindre à cette joyeuse 
bande. t> 

Une coquille^ conduite par le comte 
Rodolphe, commença le dimanche au 
soir sur le préau du château de Gruyè- 
;res et finit le mardi, sur la grande place 
de Gessenay, Commencée avec sept per- 
sonnes, elle en comptait sept cents an 
moment de l'arrivée. Le prince offrit à 
cette petite armée de danseurs une col- 
lation où vingt chamois et mille froma- 
ges furent consommés. 

Ces narrations étonnent à première 
vue, cependant la surprise disparait 
lorsqu'on sait que les danses gigantes- 
ques qu'elles mentionnent avaient lieu 
au son des instruments, et qu'on réfléchit 
à la grande facilité des mouvements 
quand ils sont rythmés par la musique, 
principe si bien mis en pratique dans 
les marches militaires, exécutées au soir 
du tambour et des fanfares. Quant à la 

6 



— 82 — 

istance parcoame, elle o'est pas 
'aordinaire, puisqu'on voit tons 
ou plutôt toutes les nuits, nos 
: faibles jeunes filles, que le 
exercice semble fatiguer, four- 
I l'atmosphère viciée des salons, 
ires de figures chorégraphiques, 
Qt au moins à un myriamètre, 
ire à plus de deux grandes lieues 
le dansante. 

t eoraule employé dans le do- 
précédent pour désigner une 
rculaire,estextrëmementanci»i, 
t dans le Livre des Sois remon- 
noins au onzième siècle : 



lurs terribles des émeutes popu- 
1 dansait encore, on dansait la 
<le, mot énergique qui signifie 
nent danse brûlante. A plus 
Bprise les GeneTOia forcèrent 



^n-. 






— 83 — 

leurs magistrats à danser la farandole 
autour des fontaines de la ville, au son 
de rondes dont les paroles n'étaient pas 
toujours de nature à chatouiller bien 
agréablement l'oreille des sénateurs. 

Nos registres sont d'ailleurs, depuis 
le quinzième siècle, remplis de mentions 
^t de réglementations au sujet des ron- 
des ou danses du Virolet, qui se faisaient 
autrefois dans toutes les places publi-r 
-ques de Genève. Le goût des vieux Ge- 
nevois pour les danses et les chansons 
ressort bien nettement de ce passage des 
Difformes Béformateurs : 

« J'hay demeuré, dit Bonivard, en quel- 
que lieu de ce pays, tandis que la peste y 
briguandoit, en telle sorte que en telle 
mayson ha esté, qu'elle n'i laissa aucun 
habitant, jaçoit qu'il en y eust plus de 
seize ou dix-huict. Je ne failloie pas de 
veoir porter devant mon logis six ou sept 
corps pour le moins ensevelir; ce non- 
obstant vous eussiez veu les filles dan- 
cer au virolis et chanter des chansons 
de caresme prenant; et cependant voyez 
l'une d'entre elles que la frisson de la 



375 »•• 



— 84 — 

fièvre serroit et commençoit à s'estendre^ 
si qu'il failloit l'emporter en sa mayson 
et dès sa mayson le matin au cemittière, 
et n'entrerompoient pas lés autres leur 
dance pour cela. y> 

Les invitations pour entrer en danse^ 

pour persévérer dans le noble exercice^ 

se présentent sous mille formes : 

ÂUez-vousren, ceux qui regardent. 
Ou bien venez danser. 
♦ 

Entrez, entrez dans la danse. 
Regardez comme Ton y danse; 
Embrassez sur ses beaux yeux 
Celle qui vous plaira le mieux. 

♦ 
Vous qui formez ce grand rond, 
Ehl Entrez donc! Entrez donc! 
Vous ne laisserez point passer 
Cette aimable prisonnière; 
Si vous voulez sortir d'ici. 
Allez donc jusqu'à Paris 
Et vous vous ferez remplacer 
Par celle que vous voudrez. 

Aujourd'hui les enfants seuls, et cela 
seulement dans les villettes et dans les 
villages, ont conservé l'antique usage de 
ces danses dont les sculptures du Vase 
Borghèse offi^e^t une si belle image. 




— 85 — 




ous avons recueilli un assez grand 
nombre de rondeâ enfantines. La com^ 
position de plusieurs d'entr'elles remonte 
è l'époque de la Chevalerie ; c'est le cas 
pour le Chevalier du Guet et la Totur 
j^rends garde. Sur le Pont d* Avignon est 
aussi connu à Genève qu'en France. 
Toutes ces pièces sont imprimées avec 
beaucoup d'autres dans plusieurs re- 
cueils, en particulier dans la Semaine 
des Enfants. Nous n'avons presque rien 
recouvré en ce genre, dans le canton de 
Oenève, qui soit complètement inédit ou 
qui mérite la publicité. La Bévue savoi-* 
sienne a publié un grand nombre de poé« 
sies populaires recueillies dans l'ancien 
^vêché de Genève ; le Conservateur suisse 
du doyen Bridel, œuvre publiée sous dif« 
férents titres durant cinquante ans, de 



=ft 



— 86 — 

1782 à 1831, et dont la dernière réim* 
pression faite en 1855-1858, ne compte 
pas moins de quatorze volumes; lea 
Etrennes fribourgeoiseSy commencées en 
1806 et qui, après une trop longue la- 
cune, ont reparu depuis quelques an* 
nées; enfin le Conteur vaudois, excel- 
lente feuille hebdomadaire qui vit le jour 
en 1862, contiennent mille pièces aux- 
quelles nous ne pouvons que renvoyer 
nos lecteurs. 

Dans son Canton de Vaud, ouvrage 
publié en 1837-1841, M. Juste Olivier a 
parlé des rondes enfantines et traité la 
question de fond avec le poétique talent 
qu'on lui connaît. Empruntons-lui queK 
ques lignes. 

c[ Les chansons populaires présentent 
de singuliers exemples d'imagination 
dans la moquerie, de cette raillerie fan- 
tastique qui est peut-être le trait prin* 
cipal de la poésie de notre peuple. Tan- 
tôt c'est un détail de mœurs locales ou 
d'actualité brusquement transporté dans 



— 87 — 

un impossible extravagant. On bien c'est 
sartout une accumulation d'hyperboles 
qui grossiront de plus en plus jusqu'à ce 
que le trait éclate, ou s'envole et se per- 
de. L'imagination et la moquerie se 
soutenant l'une l'autre, prennent alors 
quelque chose de gigantesque et de sur- 
naturel. C'est même parfois un rappro- 
chement bizarre de non-sens et de con- 
tradictions. L'imagination ne se borne pas 
toujours à grossir et accumuler les traits: 
elle invente une espèce de féerie plus 
positive tantôt par un besoin de fiction 
et de merveilleux, tantôt par une sorte 
d'enjouement folâtre et pour ainsi dire 
enfantin. » 

A l'appui de cette classification, notre 
auteur donne quelques pièces que noua 
devons reproduire ; c'est d'abord une 
TÎeilleclianson de l'Abbaye des Vignerons: 

Adam, le premier homme 
Se mil & fosBoyer, 
Se mit à fossoyer, planter des fèves 
Et il gagnait du bien, et il faisait des ^pargne^. 
Il avait pour famllla 

Trois beaux charmants garçons, lOi^j 



nt vendre 

, n'ai pu l'apprnndre. 

le fait la cour & un 
'épouse : 



dans Ja bouche : 
.B que trois dents. 
I dans roreilla : 
>iB8ait dedans. 

voir donné naissance 

ïhanson La TîeiUe, 

ants et Ghanaons po- 

tnee, et qui n'a pas 

:onplet3. 

tt recherchée en ma- 

r : 

dé, encore il les a. volés 
r à la potsnce. 
srrait bien le soleil ss 
[lever, 
)r dans la mer. 

[es dn genre plus ou 



. châtaignes, c 



— 89 — 

Les garçons de Port-Alfoan 
Ont fait faire une barque : 
Leur barque était de verre. 
Et les rames étaient d*argent. 

Mon père a fait bfltir maison. 

Petit bonnet, blanc bonnet, petit bonnet 

L'a fait bâtir sur trois carrons, [tout rond. 

Petit bonnet, etc. 

Sur trois carrons qui d'argent sont. 

Petit bonnet, etc. 



f 



Voici une ronde enfantine que l'on 
chantait, que Ton chante encore i Ge- 
nève et dans la campagne avoisinante; 
est-elle inédite? Nous ne l'avons rencon- 
trée dans aucun des recueils qu'il nous 
a été donné de parcourir. 

En revenant de noce. 
J'étais bien fatiguée ; 
Auprès d'une fontaine, ) ^ 
Je me suis reposée ; ; 

Tra, la, la, la, la, la, la I 
Tra, la, la, la, la, la, la, la I 
La, la, la, la, la, la I 

Auprès d'une fontaine, 

Je me suis reposée; 

L'eau en était si claire, ^ ,. 

Que je m'y suis baignée; ) *** 

Tra, la, la, la, etc. 



^'■■A. 



— so- 
in en étntt si ctaire, 
ije m'y suis baignée; 

join de la toiitaiiie, 

la, la, ta, elc. 
coin de la fontaîDe, 
nvnit im ropipr; 



la plus haute hrannhe, 
'ossignol chantait; 
nie, beau rossignol, 
qui as le cœur si fa<; 
. la, la, U. Ptc. 
nte, boau russignol. 
qiii as le cœur si gai; 
qui L'ai Bi triste, 
le Tais que pleurer; 

la, la, la, etc. 
qui l'ai ai trîalc, 
e (ais que pleurer; 
qui l'ai si triste, 

amant m'a quittée; 

la, la, la, etc. 
qui l'ai si triste, 

amant m'n quittée; 
r un bouton de rose. 
Je lui ai refusé; 

run bouton de rose. 
Je lui ai refusé; 
; une feuille <ie rose, 
te suie essuyée; 
la, la, U, eu. 



vpc une feuille de rose, 
B me suis essujée; 
H voudrais que lu roai-, 



Que le rosi-r lui. même, j 
Fui encore A planier. 1 

Tra, la. la. la. elc. 
Que le rosier lin-méme. 
Fut encore à planter 
Oh! je raltendsl 
Je l'attends! je l'atleodsl 
Trn. la. la, la, etc. 



Celui que j'aime, 
Que mon cœur aime. 
Que mon coeur aime tant I 
Celui que j'aime si tendrement, 
Tra, la, la, la, etc. 



La ronde du Sossignol est aussi po- 
pulaire chez nous que celle du Iiosi&^ 
que nous Tenons de reproduire. 



— 92 — 

ai un long voyage A fairo, 
9 ne saie qui' le fera. 
osaigDol, si In voulais, 
u pourrais bien me le Taire; 
Klirelte double, double, 
alirette doublera. 
OBSJgnol s'envola, 
u cbàteau il s'en alla, 

(rouva la porte Tennâe, 
ar la fenêtre, il entra; 
ilirelte, elc, 

tronva troln demoiselles, 
olimsiit il salua 
onjiiiir l'uin', Ijonjour l'autre, 
oiijour celle que voilà; 
alireite, etc. 

otre amant vous demanda 
i VOUE ne l'oubliez pas ; 
en ai bien oublié d'autna, 
ou|)tierai bien celui-là I 
alirette double, double, 
alirede doublera. 



de rondes sont aossi goûtées de 
i filles que celle de VAite, on pei 
a'elie fait leurs délices. 

Ine, mon Ane a bien mal à sa tête : 
i lui fait Taire un bonnet pour ses (âte 

Un bonnet pour ses (âtea 
t des souliers lilas, las, lasl (bi») 



— 93 — 

Mon fine, mon ftne a bien mil à ses yeux : 
Madame lui lait Taire des lunettes en verre bleu. 
Des lunellee en verre bleu, uo bonnet pom 

ses [êtes 

Et des souliers lilas, las, laat (bù) 

Hon Ane, mon Ane a bien mal & ses oreilles; 
Uadame lui fait faire de beaux pendants d'o- 
reilles. 
De beaux pendants d'oreilles, des lunettes ea 
verre bleu, un bonnet pour ses fêles 
Et des soulierB lilas, las, last {bit) 

Hon Ane, mon Ane a bien mal à son cou ; 
Uadame lui faitialru un coilier de velours. 
Un coUiRr de velour»', de beaux pendants d'o- 
reilles, des lunettes en verre bleu, un bonnot 
pour ses fêles 

Et des souliers lilas, las, las 1 (bit) 

_ Uon Ane, mon Ane a bien mal A ses épaules : 

Madame lui fait faire un petit casaquiu jaune. 

Un petit caïaquln iaune, un coHÎBr de velours, 

de beaux pendants d'oreilles, des lunettes 

en verre bleu, un bonnet pour ses fêtes 

Et des souliers lilas, las, las I /6iit 

Hon Ane, mon ftne • bien mal à son estomac : 
Madame lui fait faire une tasse de cbocolat, 
Une lasse de chocolat, un petit casaquin jaune, 

un collier de velours, de beaux pendants 

d'oreilles, des lunettes en verre bleu, un 

bonnet pour ses fêtes 

Et des souliers Ulas. las, last Q>ia] 

Uon flne, mon Ane a bien mal A son ventre: 
Madame lui fait faire une infusion d'orange, 
Une infusion d'orange, une tasse de cbocolat, 
un petit casaquin jaune, un collier de ve> 



Liers lilas, las, las! (bit) 

fine a bien mal à ses genoux: 
faire un emplâtre da choux, 
cbouT, une infusion d'orange, 
chocolat, un petit casaquin 
Br de velours, de beaux pen- 
s, des lunettes en verre bien, 
r ses fétea 
liers lilasiUs, last {bisf 

fine a bien mal à sea jambea : 
'aire des culottes de Flandre, 
Flandre, un emplâtre de cboux, 
'orange, une tasse de choco- 
asaquin jaune, uo collier da 
:aux pendante d'oreilles, des 
rrs bleu, un bonnet pour ses 

liera lilas, las, las ! (biij 

Ane a bien mal A ses pieds: 
Faire des souliers de papier, 
papii;r, des ciilotles de Flan- 
,re (le choux, une infusion d'o- 
,4se de cbocolat, un petit ca- 
lu collier de veloiirs,de beaux 
tilles, des lunettes en verre 
it pour ses rétea 
Jiers tilaa, las, las I (MtJ 



r j' 



— 95 - 

Dans les écoles enfantines de la Suède 
on a eu l'heureuse idée d'emprunter au 
jPont cP Avignon la partie mimique et de 
l'appliquer à Téducation élémentaire 
des petits enfants. La maîtresse entonne 
la ritournelle que ses élèves suivent avec 
le plus vif entrain; il faut voir les ges- 
tes de ces derniers lorsqu'ils font la 
pantomime de la propreté par exemple ; 
imitant tous les mouvements faits par 
celui qui se peigne, se lave ou se brosse : 

Nous sommes des enfants bien élevés: 
Tous les matins nous nous peignons comme 
ceci, comme cela f 

Nous aimons la propreté : 
Nous nous lavons comme ceci, comme celai 

Nous n'avons jamais de vêtements sales : 
Nous les brossons comme ceci, comme cela 1 

Voici d'ailleurs comment nos enfants 
font marcher la ronde qui nous occupe : 



Sur le pont d* Avignon, 
Tout le monde y passe; 
Sur le pont d^Avignon, 

Tous y passeront. 

PAfiBâz nar ici ! 



Passez par ici . 
Passez par. là ! 



[ci se place la pantomime d'an n 
itant les allures habituelles de l'ou- 
ier; on fait passer autant de professions 
'on le veut, précédant chacune d'elles 
la chansonnette ci-dessns et pronon* 
it ces paroles où le nom seul du mé- 
r chaîne: 

Les cordonniers font comme ceci, 
Les cordoDDi ers font comme celai 

Avoi-vous vu oeci? 

Avez-TOUs vu cela? 

[1 ne serait point impossible que cette 
ide ne remontât à l'époque delà cons- 
iction du pont d'Avignon par saint Be- 
set, construction qui eut un immense 
entissement en Europe et qui nous re- 
rte à la fin du douzième siècle. 



Sur le Font du Nord est beaucoup 

ins connu que : Sur le Pont d'Avi- 

m, ce qui nous engage à donner la 

tmîère de ces rondes dont toutes les 

Des sont bissées : 

ur le pont du Nord qd bal était donne, 
dâle demande à sa mare à y aUer. 




— 97 — 

Oh ! Don, ma fille, tu li'iras pas danser; 
Monte à sa chambre et se met à pleurer. 
Son frère arrive dans un bateau doré : 
Ma sœur, ma sœur, qu*avez-Tous à pleurer? 
Ma mère ne veut pas que j*aiUe danser : 
Mets ta robe blanche et ta ceinture dorée, 
Et nous irons tous deux au bal danser. 
Elle fit trois pas et la voici noyée : 
Mon frère, mon frère, venez me retirer î 
n fit trois pas et le voici noyé I 
Les cloches du Nord se mirent à sonner, 
La mère d'Adèle demande ce qu'il est arrivé; 
C'est vos enfants qui viennent de se noyer. 

Ah I s'ils m'avaient écoutée. 

Cela ne serait pas arrivé I 



Une demoiselle^ jeune fille au corn- 
mencement de notre siècle, vient de 
nous dicter, d'une voix chevrotante, la 
ronde du Petit Bai d^Angleterrey la plus 
en vogue à cette époque. Tous les cou- 
plets sont composés sur le mode du sui- 
vant; les deux vers intermédiaires sont 
toujours les mêmes et la répétition du 
premier fait le quatrième; aussi nous 
bornerons-nous à indiquer le vers initial 
jusque au dernier couplet. 






I 



■ 



\ 



dans Paris une belle rootBlne, 
Qus dit, que donc. 
Que dit-elle donc ? 
dBDs Paris une belle fODiaioe; 
passer trois beUes demoiseUes, 
k ; passer le petit roi d'Angleterre, 
1 deux et laissa la plu* belle. 



te saluer, loi. qui m'es infidèle, 
Q épée en main et moi mon arbalète, 
ODS tous deux sur le champ de ba- 
[Mille, 
ir coup tua le petit roi d'Angleterre, 
lerreroas dans le jardin de son pare, 
itéra troie roses rouges et blanches. 

Que dit, que donc. 

Que dit-elle doue? 
tera trois roses rouges et blanches. 



tet, régent de l'école de Villars- 
ir, a eu l'excellente idée d'ap- 
aax enfants confiés à ses soins 
chanson : Les Enfants et l'Oi- 
apmntée au Répertoire nmsieid 
;; nous la reproduisons] afin de 



— 99 — 

généraliser Texemple donné par M. Pit- 
tet Pour la chanter, les enfants for- 
ment un cercle, au milieu duquel l'un 
d'entr'eux se place, c'est lui qui est l'oi- 
sea/u; le chant fini, l'oiseau s'envole ou 
plutôt se sauve, on lui court après, il est 
rattrapé et le jeu recommence. 

Les enfants. 

Enfin nous te tenons 
Petit, petit oiseau, 
Enfin nous te tenons, et nous te garderons. 

L'oiseau, 

Dieu m'a fait pour voler 
Gentils, gentils enfants, 
Dieu m*a fait pour voler, laissez -moi m*en- 

[aller. 

Les enfants. 

Non, nous te donnerons 
Petit, petit oiseau, 
Non, nous te donnerons : biscuits, sucre et 

[bonbons 

L* oiseau. 

Ce qui doit me nourrir 
Gentils, gentils enfants. 
Ce qui doit me nourrir, aux champs seuls peut 

[venir. 

Les enfants. 
Et nous t'aurons encore, 
Petit, petit oiseau, 
Et nous Taurons encore, une cage aux fils d'or 



4;23S76B 



t 



\ 



'•••/ 



.,» 



( 






— 100 — 

L'oiseau. 

La plus belle maison, 
Gentils, gentils enfants, 
La plos belle maison, pour moi n'est que prf- 

[son. 

Les enfants. 

Tous nous applaudirons4 
Petit, petit oiseau, 
Tous nous applaudirons, à tes vives chansons- 

L'oiseau. 

Je chantais dans les bois. 
Gentils, gentils enfants. 
Je chantais dans les bois, en prison plus de 

[voix. 

Les enfants. 

Mais tant nous t'aimerons, 
Petit, petit oiseau, 
Mais tant nous t'aimerons, et te caresserons. 

Voiseau. 

Ce n'est pas me chérir, 
Gentils, gentils enfants. 
Ce n'est pas me chérir, que me faire mourir. 

Les enfants. 

Tu dis la vérité 
Petit, petit oiseau, 
Ta dis la vérité, reprends ta liberté. 

Cette jolie composition rappelle tout 
à fait notre ancien jeu du Loup. Un en- 
fanty c'est le loup, se cache près de ses 
camarades dont les mains unies forment 
le cercle; ils chantent: 







'on est bien 
OB l« bols, 
and le loup 

r est paat 

imacde : 

pi y es-tuf 

ad: 

nets ma tdte. 

lantées reviennent, pniS 

de, répondue par on des 

aets mas dents, 
nets mes bras, 
aets mes jambes. 
nets mes soulier*, 
aets mes cornes, 
aets mon sabre, etc. 

nt terminé, le Joup ré- 
cercle se rompt, et le 
îi pax celui qui naguère 
Lent î(Hfp & son tour. 
Cloche, les enfants ron< 
t: 

iB à bon marcbéi 
juatre sont les derniers ; 

I le dosi 



— 102 — 

a danse cesse et commence ce 

B : 

ible eat-elle mise? - Oui. 
tssielteB eonl-elles luiBcs 1 Oui. 
suilliëres sout-ellee mi°eB? Oui. 
'ourcheties sonl-elles mises? Oui. 
iouteaux sont-ils mis? Oui. 

iemandea se maltiplient àvoloDté> 
nière : 

■a cloche est-elle soDnée? 

ensemble répondent « Non ! > 
t le cercle et, se plaçant dos & 
nmencent un exercice gymnasti- 
s ou moins analogue au mouve- 
une clodie sonnant à toute volée. 

-«sa»- 
rondes interminables, la mobilité 
ctère enfantin préfère de petites 
mettes dont voici deux on trois 



l an rosier A mes cdtés {bit), 

1 porte roses au mois de mai (Ut); 

très sa daase, moa beau rosier (bit). 

ibrasseï qui vous plaira, 

rose ou bien le laurier (bit). 



— 103 — 

rai été sar la montagne, 

J*7 ai trouvé un chapelet 

Couvert de roses et de muguets. 

Qui les a mis? G* est ma compagne; 

Les roses sont rouges. 

Les muguets sont bleus. 

Sors la première, vas aux cieux! 

Dans cette pièce , le mot chapelet a 
l'ancienne acception de coaronnoi petit 
chapeau. 

Meunier, tu dors, 
Ton moulin va trop vite; 

Meunier, tu dors. 
Ton moulin va trop fort. 
Ton moulin (ter) va trop vite» 
Ton moulin {ter) va trop fort 



Là, là-haut sur la montagne 
n y avait un doux berger, 
Qui disait dans son langage 
Qu'il voulait se marier. 
Belle bergère entrez en danse, 
Regardez comme Ton danse ; 
Faites un tour, demi-tour, 
Belle, embrassez vos amours! 



An vert bocage. 
Charmant feuillage, 
Sous la verdure. 
Celle que j'aime 
N'est pas ici. 






— 104 — 

Aht la voici, U roiol, U ToUàl 
Celle que mon cceur aime! 
Ahl U Toici, la voici, U Toili! 
Celle qne mon cœur aimen. 



Ohl grand Guillaume, 
As-tu bien déjeuné? 
Ohl oui madame, 
J'ai mangé du pftiâ. 
Du pfttâ d'alouettes. 
GuiUaumet Guillaumsttal 
Tout le mande passera. 
Grand Guillaume resterai 



C'était une grande percha 
Pour abattre les noix; 
C'était bien malhonnête 
De U taire connaître. 

Adieu I Adieu I 
Embrasse, embraasa, embraaasl 

Adieul Adieu I 
Embrasse qui tu veux! 

Dans plusieurs localités, on ajoute à 
tort ou à droit : 

Tu as le bout du nei 
Tout mftcfa, tout mâoh; 
Tu as le bout du uea 
Tout mAchuré. 
Aie donc la bonté 
De vite l'aller laverl 



— 105 — 

Où vas<tu dans cette voiture» 
Bel enfant, bel enfant ? 
Je vais cueillir la violette, 
Bel enfant, bel enfant, 

Gbarmant! 
Si ta rencontres le diable. 
Bel enfant, bel enfant. 
Tu lui feras les quatre cornes, 
Bel enfant, bel enfant, 

Cbarmantl 



Nous n'irons plus au bois, 
Les lauriers sont coupés; 
J'entends le tambour qui bat 
Et l'amour qui m'appelle (bis); 
Embrassez qui vous plaira 
Et moi celle que j'aime (bis). 

Le souvenir de cette vieille ronde en- 
fantine inspira à l'aimable poëte Jac- 
ques Beplat, quelques vers de ses Bois 
et Vallons : 

Dansez, amis, dansez. Aux lôvres demi-doses 
Surprenez les aveux lentement écbappés..^. 

Au bois l'on se dit tant de choses I 
Dansez ! plus tard l'orage aura flétri les roses 

Et les lauriers seront coupés I 

De votre bouquet, jeune filie. 

Entre la feuille et la brindille, 

A qui vous plait, donnez le choix— 

Du matin la ronde légère 

Et nœuds fleuris ne durent guère : 

Plus tard, nous n'irons plus au bois. 



■'^*H.- 



I 



— 106 -- 

Dans notre enfance, nous avons cent 
fois ronde en chantant : 

C'était un {irrand cbflteau, 
Va-t-en, vire et vire! 
C'était un grand chftteau, 
Va-t-en, vire et vau! 

Assez habitné & voir de vieilles cho- 
ses gauloises recouvertes d'un manteau 
tudesque, nous n'avons été que médio- 
crement étonné de retrouver notre ron- 
deau en Allemagne, chanté par de petits 
Germains qui n'en comprenaient pas un 
mot et qui nous l'écrivirent ainsi : 

Set te on g trang schato, 
Watte, watte, watte I 
Sette ông trang schato, 
Watte, watte, virevo! 

Grand nombre de ces rondes sentent 
plus l'alcali que la rose, comme on pourra 
s'en convaincre par deux ou trois pièces 
qui font partie des Erotica verba, termi« 
nant notre Glossaire gefèevois. 



Bien des délassements séparant l'en- 
fance de l'adolescence sont accompagnés ' 



■^ ». 



!■ -faliii 



4I.J — ,-, 



— 107 — 

de paroles qui pourraient prendre place 
ici ; mais nous ne devons pas oublier que 
notre cadre est limité aux premières pé- 
riodes de la vie. 

Le CorbiUon et ses formules comptent 
parmi ce qu'on appelle les Jeux inno- 
cents; il 7 a peu de personnes qui n'aient 
dit et répété : 

Jouons au corbillonl 
Qu'y met-on? 
Un oignon, — Un poinçon^ — Un bouchon, etc. 

Le jeu à^Aimeyi^Emme ou mieux d^JSem, 
communément appelé en France le jeu des 
Quatre coins , parait avoir été ancienne- 
ment accompagné d'une formule qui s'est 
réfugiée dans les salons sous forme d'é- 
nigme. On trace sur une carte un grand 
L avec un Jif plus petit au-dessous; on 
entoure les deux lettres d'une couronne 
Ty et on lit : 

Elle (L) aime (M, emme), 

EUe (L) est aimée (emmée, garnie d*M) 

Car tout aime (emme) 

Autour d'elle (L). 



— 108 — 



n. 




;an8 les villages vaudois restés fidè- 
les à la foi catholique, les enfants dan- 
sent en chantant cette ronde : 

Leipoupon Jésus allait à l'école 
En portant sa croix dessus ses épaules. 
Quand il savait sa leçon, 
On lui donnait des bonbons; 
Une pomme douce. 
Pour mettre à sa bouche, 
Un bouquet de fleurs, 
Pour mettre sur son cœur. 
G*est pour vous, c'est pour moi. 
Que Jésus est dans la crèche ; 
C'est pour vous, c'est pour moi« 
Que Jésus est sur la croix. 



Nous avons encore entendu dire dans 
bien des lieux que, pendant la nuit de 
Noël, les abeilles^ renfermées dans leurs 
ruches, célèbrent, par un merveilleux 
cantique I la venue du Sauveur des 
hommes. 



— 109 — 

Une vieille tradition, suivant laquelle 
quatre animaux, le bœuf, Tâne, le coq 
et l'agneau qui se trouvaient dans le 
khan où descendirent les trois rois ma- 
ges, leur annoncèrent, à leur manière, 
la naissance de Jésus, a laissé quelques 
traces dans nos contrées. Le coq, de sa 
voix éclatante, chanta : CShristus natus 
est 1 (le Christ est né) ; le bœuf deman- 
da en mugissant : Oubi (uJ)i, où ?) ; Ta- 
gneau répondit en bêlant : In Be-e-e-e- 
thle-he-em (à Bethléhem). Sur quoi, 
râne conclut en brayant de tout son go- 
sier : Hin-hamus 1 Hin-hamus 1 ce qui 
dans son dialecte d'âne, signifiait eamus 
(allons). 

Cette petite légende est intéressante 
pour l'histoire de la langue française, 
étant l'origine du mot coq-à-Vâriej qui 
signifie passer sans transition d'un sujet 
àunautre, comme si, dans le récit que 
nous venons de faire, on sautait de la 
parole du coq à celle de Vâne. 

Chercher l'interprétation du cri des 



â:.^:: 



— 110 — 

animaux par le langage humain est une 
idée généralement répandue. Avec un 
peu de bonne volonté, on entend le pin- 
son chanter : Pluie! Pluie! comme la 
caille carcaille : Paie tes dettes! Le 
coassement de la grenouille, mot de guet 
des Savoyards lors de TËscalade, est in- 
terprété par : 

Le roi 

Est allé. 

Où ? où ? 

A Cognac 1 

L'innocent batracien, qui partage avec 
l'homme la prérogative de tourner ses 
regards vers les régions éthérées, nous 
remet en mémoire la rime que les paysans 
de Luxeuil chantaient lorsque, aux ter- 
mes d'une antique redevance, ils bat- 
taient les fossés du château pour faire 
taire les grenouilles durant le séjour du 
seigneur : 

Pâ, pâ, renoues, pft (paix)! 
Veci Mons TAbbé que Oieu gâ (garde)! 

En 1560, Bonivard écrivait, au sujet 
de cette coutume, un passage assez eu- 



— 111 — 

lieux : a En Çourgoigne ha un chasteau 
haiant fossé plain d'eaue en laquelle re- 
parent (repairent) force grenouilles et 
quelquefois quant elles crient, en sorte 
qu'elles gardent le seigneur de donniri 
quand ce seroit bien à la mynuict et il 
mande ses paysans, ilz sont astrainctz 
d'aller avec belles gaules blanches, les 
menacer de batture si elles ne se taysent. 
Touttes-fois si elles n'obéissent le sei- 
gneur n'a sus eux point d'action. Si me 
semble qu'ilz feroient mieux de leur tirer 
(arracher) à touttes Les longues. » 



La vieille Genève célébrait la fête de 
l'Epiphanie avec le plus grand éclat. 
Ecoutez notre vieil historien : u. La cous- 
tume estoit à Genève, au temps de la pa- 
paulté, que trois estatz de gens d'église 
faisoient trois roys; les channoines Tung, 
les chappellains de Sainct Pierre l'aultre, 
et le troisiesme chacunne année ung curé 
des sept paroisses. Et faisoit-on ung 
grand festin avec histoires, jeulx, mome- 



— 112 — 

fieZf monstre (revue, parade) de gens 
de guerre, bancquetz et s'efforçoit-ou i 
qui mieulx mieulx. » Les statuts de l'E- 
glise de Genève, dressés en 1483 et 
approuvés par Innocent Vin Tannée 
suivante, confirment ce que vient de nous 
apprendre Tex-prieur de Saint-Victor. 

Mais ce n'étaient pas seulement les 
ecclésiastiques qui s'ébattaient en ce 
jour glorieux où les couronnes de l'O- 
rient avaient été déposées au pied du 
Christ naissant. 

La fête des Rois ou des Mages était 
la fête de tous ; sa célébration par le 
peuple à qui elle rappelait les beaux 
jours du Catholicisme, faisait l'effroi des 
ministres de la nouvelle religion qui, 
malgré toute la violence de leur tyrannie, 
ne parvinrent jamais à extirper complè- 
tement l'antique réjouissance. Us com- 
mencèrent par proscrire, comme enta- 
chés a d'idolâtrie et de sorcellerie j> les 
noms des mages : Gaspard, Melchior et 
Balthasar, défendant de les imposer aux 



13 - 

Wme j puis, ils sévi- 
ividu célébrant, d'une 
itre, la fête prohibée. 

Le 21 février 1572, 
ens, demeurant au 
ndamné à vingt-qua- 
iD au pain et à l'eau 

les Rois à Carouge. 
tns les Registres du 
'ant esté convié chez 
;, il fast apporté un 
irti (divisé en parts) 
omba sur sa femme, 
ust la febve, mais on 
Isi, et que sa femme 
le chappon et deii six 

dict qu'il ne volloyt 
aatmoins a consenti, 

ont esté faites et a 
essieurs (les m^s- 
I de chastier telle in- 



— 114 — 

On possède de volumineux recueils de 
no'éls bourguignons, celui de Bernard de 
la Monnoye est devenu classique; en 
1556, Nicolas Martin, de Saint-Jean de 
Maurienne, publia un recueil de noëls 
et de chansons (( tant en vulgaire fran* 
çois que savoysien dict patois )) ; en 
1590, Jean Menenc, régent du collège de 
Bumilly, le suivit dans cette voie ; de 
nos jours, MM. A. Despine et Tabbé Du- 
cis ont mis au jour plusieurs pièces 
analogues, mais, des chants populaires 
qu'entonnaient les anciens catholiques 
genevois le jour de la naissance du Sau- 
veur, il ne nous est resté que cette ri- 
tournelle d'un noël enfantin, qui retentit 
encore vers plus d'un foyer domestique 
lorsque la jeune génération trouve la 
tronche bien garnie : 

Ghallende est venu, 
Son bonnet pointu, 
Sa barbe de paille ; 
Cassons des annailles, 
Mangeons du pain blanc. 
Jusqu'au Nouvel-an. 

Le souhait exprimé par ces dernières 



- 115 — 

plus que sur huit jours, 
eDt, l'année commençaot 
pportait bel et bien aox 
plets. 

BS annaiîles ou alagnes 
es ; quant au mystérieux 
lé çà et là le Bon enfant, 
i Ghauche-vieilîe, Trou- 
iiuquemare, ce sont des 
n connus des enfants, et 
gie et la biographie se- 
ues pour les placer ici. 



sujets que les jeux ont 
à la composition de 
ifantines que nous vou- 
n naufrage dont les me- 
e du jour. 












— 116 — 

Nous aimons à entendre le gamin adres- 
ser la parole à V escargot j au limaçon^ dit 
rAcadémie, et lui dire, sur le ton d'un 
chanoine qui récite son bréviaire : 

Escargot I Escargot I 

Montre-moi tes coroes, 

Ton père et ta mère sont sur les toits, 

Qui mangent de la soupe aux pois 

Avec une cuiller de bois; 

Si tu ne les montres pas, 

Je te donnerai sur les doigts. 

Ou bien en patois vaudois : 

Etzôrgo ! Etzèrgo f 

Montra-mé té cornes, 

Se te ne lé montré pas, 

Te ne Vèré pas 

Ton père et ta mère 

Que regatton (roulent) dé pal (pois), 

Su le tai (toit) 

A Ojan Bénai 

Voici une rime parisienne sur le même 
sujet : 

Colimaçon borgne, 

Montre-moi tes cornes. 

Si tu ne me les montres pas, 

Je le dirai à ton père 

Et à ta mère 

Qui sont dans la fosse, 

A cueillir des roses. 



Vt ;. 

'•f . ■ 




/ 






— 117 — 

La comparaison entre ces formulettes 
n'est certes pas en faveur de la capitale 
de la France ; car, loin d'être borgne^ 
le colimaçon est doué de quadruples or- 
ganes visuels très-remarquables par leur 
conformation. 



Nous aimons aussi à voir le gamin 
procéder gravement à la fabrication du 
sifflet de saule, dou chebllety comme on ' 
dit en patois. 

Ëcoutez-le. Il va faire saver le bois. 

Vous ne connaissez peut-être pas ce 
verbe qui se prononce souvent chtwer. 
Il indique l'action de faire déverser la 
sève entre le bois et Técorce. Le brin qui 
doit former, l'instrument musical est 
frappé en le tournant en cadence, tout en 
chantant : 

« 

Sauva ! Sauva î 

Marasauva ! 

Se té sauvé bein, 

Téré de bon vin ; 

Se té sauvé mau, 

T*éré de la psse de tzevau ! 

Vau I Vau ! Vau ! 



— 118 — 

iule appartient an canton 
lie dont les enfants se ser- 
s enviTOQs de Genève est 
18 courte: 



BiD 1 Vein ! Vein ! 

formule que nous avons re* 
etraz, village d'origine ro- 
)Q nom est une contracticHt 
ta strata : 

iôva ! Sôva I Vein I 

li), m'ai d'édie que de vin ; 

i de sô (sau, de scd: eel) 

Fô savâ ; 
an dA ri (d'orim; ris) 

F6 BortI ; 
Ti ! Ti ! Tl 1 . 

relies ont été vaines pour 
commencement d'une for- 

3e où une fëe, la fée des 
son rôle : 

DrioQ sara mourla, 
(ara d' outra piota. 



Keina piota 7 
N'a piota dé lâau (loup) 
Pé cori coma lé fàau (fées), 
FSau! F&au!Fâaut 



L'empirisme se glisse quelt^uefois dans 
ces compositions juvéniles. Le boquet, 
Vhoquet ou le loquet, comme te veut la 
langue populaire, est un mouvement spas- 
modiqne connu de tout le monde. On 
peut se le procurer par une formule. 
Four le faire passer, on use d'une autre, 
qu'il suffît de répéter cinq fois sans re- 
prendre baleine : 

J'ai le loquet, 
Qui l'a fait 1 
C'est Jésus. 
Vive Jésus I 
Je ne l'ai plus. 



J'ai le loquet, 
Dieu me l'a fait ; 
Dieu me l'âtera 
Quand il voudra I 



Snivant une antique coutume, proscrite 
par les personnes qui estiment constitner 



— 120 — 

la société la plus distinguée, Tétemue- 
ment, considéré comme un signe augurai 
qu'il faut promptement rendre favorable 
par une bonne parole, fait naître mille 
souhaits : Contentement ! se disent les 
vieillards. 

Dieu te fasse sage 
Et grand garçon I 

est le vœu de la mère ; nous donnerons 
plus loin la formule des amants; voici 
celle des gamins : 

Dieu te bénisse 
Et te fasse le nez gros comme la cuisse ! 

Les polissons en ont une que nous 
laisserons où elle est. A vos souhaits ! 
est d'un usage aussi général que : Dieu 
vous bénisse ! traduction chrétienne du 
salut païen : Que Jupiter te conserve ! 
Les facétieux de profession croient être 
fort spirituels en s'écriant : 

Cinq cent mille francs de rente, 
A moi les revenus l 



— 121 — 

La nourrice endort reofançoonet, en 
le berçant dans ses bras, lai chantant 
sur un idr dont la monotonie fait le 
principal mérite : 

DoAdo, tanfan dddo, 
Ta maman eat là- haut. 
Qui fait cuire un petit gSteau 
Pour l'enfant qui dd (ttori), 
OoMo, doôdo. 



Fais noôno, 
Colin, mou petit trdre. 

Fais noôno, 

Tu auras du gâteau! 

La maman ast en bas, 

Qui tricote des bas: 

Papa est en baut, 

Qui lait le gAteau. 

Fais noôno, etc. 

Kons aroDS recueilli plusieurs de ces 
bercettses ; aucune n'est plus jolie que 
celle des Chanteurs ambulants, pièce 
représentée au théâtre de la Porte Saint- 
Hartin en 1866 : 

Dddo, l'enfant dA, 

L'enfant dormira tanidl. 

Qu'il est beau l'antant, lea lâvres Dti-closes I 



— 122 — 

iveux BODt bloDde comme des fils d'or, 
yeux étonnés, eatr'ouverts encor, 
ISDtdes bluBtB perdus dans les roses. 
Dôdo, l'enfant dô, 
L'enfant dormira tant Al. 

somme est accompli. Que ne dit 
)rs la maman à son mioche ? Bê- 
le bébé, agitant ses petites mains, 
1 moQTement Oscillatoire naturel 
ès-jeunes enfants ; la maman en 
rise la cadence, tenant les menot- 
chantant à demi : 

Ainsi font, font, font, 
Les petites marionnettaa. 
Ainsi font, font, font, 
Un petit tour 
Et puis s'en vont t 

)ien, elle prend le petit doigt et 
ne délicatement en disant : 

C'est le petit glin-Blin, 
Qui tait le tour du moulin, 
Qui lave les écuelles. 
Cassant les plus belles, 
Et qui tait Hia-au ! 
Hia-au ! Uia-au 1 Mia-au 1 

riture ne saurait rendre le geste 
, chatouilleux et caressant qui u- 



— 123 - 

compagne ces derniers mots. Plus tard, 
la mère fera valoir l'importance de son 
propre petit doigt « qui lui dit tout », 
mais nous n'en sommes pas U ; obser- 
vons seulement que glin, dont on a formé 
le réduplicatif glin-glin, pour désigner 
le plus petit des doigts, semble être an 
dérivé de l'allemand klein, petit. 

La formulette précédente a beaucoup 
de variantes ; quelquefois la mère, pre- 
nant successivement tous les doigts, du 
pouce â l'annulaire, adresse à chacun 
d'eux une des lignes suivantes : 

C'est lui qui va à ta chaase, 
C'est lui qui a tué le lièvre, 
C'est lui qui l'a tait cuire, 
C'est lui qui l'a mangé ; 

Puis prenant le petit doigt, elle ter- 
mine en disant : 

Et 16 petit glin-glia, 

Qui était derriâre le moulin, 

Disait : Hoi j'en veux t 

J'en Teuxl J'en veux! J'en veux! 

Une antre caresse en touchant légère- 
ment le front, chacun des jeux, le nez. 



la bouche, le meatoo et, aa dentier mot, 
remontant vivement au point de départ: 

Grand front, 
Petits ïQux, 
Gros yeux, 
Nez croquaot, 
Boucba d'argent. 
Menton fleuri, 
Croquons l'ami 1 

De la nourrice, le rejeton de la famille 
passera au grand-papa qui, assis sur son 
fauteuil, prendra le petit marcheur sur 
son genou et le fera sautiller comme un 
cavalier inexpérimenté, en Ini répétant : 

Atahiu, mon bidet. 

Qui trotte, trotte et fait des pets : 

Boum ! Bouml Boum I 

Pardon du mot incongru que nous ve- 
nons d'inscrire et qui se trouve si sou- 
vent dans nos formnlettes ; nous l'avons 
prononcé au nom de la science qui per- 
met beaucoup, purifiant tout ce qu'elle 
touche. D'ailleurs, notre formule est 
vieille; eu la tronquant, nous perdrions 
sa valeur. C'est le propre des rosses de 



— 125 — 

mal digérer; or ce bidet qai vente eo 
trottant, la formalette nous dit que c'est 
un atakiu, c'est-à-dire un vieux cheval, 
une rosse, car, tant ce mot qà'estahiu, 
avaient, au treizième siècle, le sens de 
cheval énervé, de mauvaise monture, 
comme on le voit dans les poésies de 
Baude Fastoul d'Arras qui écrivait à cette 
époque : 



Ajoutons qu'en languedocien, le mot 
atahut sert à désigner le tréteau sur le- 
quel on place les morts à l'église, le com- 
parant ainsi, à tort ou à raison, à un 
cheval de mauvais augure. 

La vieille formule s'est ainsi trans- 
formée dans les bouches délicates : 

A ta; au, mOD bidet. 
Porte des poires, 
Porte dee pommes, ' 
Et Guillaume, son bonhomme 1 

Encore une caresse de la maman : elle 
croise les bras de l'enfant, croise aussi 



— 126 — 

les siens ; les quatre mains se serrant à 
cette rimette : 

Mon compère, 
* Ma commère ; 

Nourrisson, 
Tire galisson! 

Les bras se décroisent et les mains se 
rejoignent de manière à former un espace 
plus ou moins rectangulaire. La rime 
continue : 

J'ai fait faire un cabinet 

Pour mon père, 

Pour ma mère 

£t pour moi (toi) ; 

Sors du bois 1 

Ce jeu s'exécute souvent entre deux 
enfants du même âge et nous avons vu, 
plus d'une fois, la seconde partie de la 
formulé servir d'emprô. 



A ceux d'entre eux dont le caractère 
léger et mobile passe, sans motif appa- 
rent, de la joie à la douleur et vice 
yersâ, les gamins disent : 



127 — 
I, cbante-t-ris, 
I la soupe au riz. 

pas grande valear, la 
I à ceux dont ta goor- 
^stiflée comme à ceux 
1 accusent l'iotempé- 



le sens de gourmand 
ax français, il est tou- 
18 la langue populaire 
à la queue du Molard, 
de la place de ce nom 
eus temps, se projetait 
iii était munie de latri- 
voie les jeunes victimes 
sordoDDé. 



3a bouche mène et qui 
uit dans la marmite, on 
aent : « Des coqs-si- 



— 128 — 

grues et des poires MerlJQ » ou « Des or- 
tolans et des poires Merlin. « 

Les coqs-si-grues sont des échassiers 
imaginaires, des coqs aussi haut montés 
que des grues. 

La Fontaine a chanté l'ortolan, tou- 
jours cher au palais des gourmets : 

Aulrerois le rat de ville 
Invita le rat des cbampa, 
D'une façon fort civiU, 
A des reliefs d'ortolans. 

L'ortolan est une sorte de passereau 
bien engraissé, qui a pris son nom de 
Vhorttts ou jardin voisin des maisons, 
séjour qu'il préfère ; en quelques lieux, 
on donne aussi ce nom à la petite linotte 
des vignes qui, en sa saison, a toujours 
Ba valeur dans l'art culinaire. 

Quant aux poires portant le nom du 
fameux enchanteur écossais du cinquième 
siècle, lorsqu'on les partage, elles offrent 
des phénomènes analogues à ce que nous 
apprend le Koran des fruits que les 
élus cueillent dans les délicieux jardins 
du prophète de Médine. 



*jr 



— 129 — 

Nous avons d'ailleurs des réponses 
évasives pour toutes les questions qui 
n'ont pas leur raison d'être ; en voici 
quelques exemples pris au hasard : 

Qu'est-ii devenu ? 
Il est tombé dans un puits où il s'est brûlé 
la barbe. 



Où est-il allé? 
A Piogre pour ferrer les mouches, ou: pour 
ferrer des chats. 

Ou bien : « A Mississipicacafouyà » 
— « A Mississipi-la-Griotte. » — Ou 
encore : « A Missipipi-la-Galette, » nom 
qui figure dans une chansonnette popu- 
laire dont voici le premier couplet : 

Au delà du pôle antarctique, 

Entre Cocagne et le Pérou, 

Il est une île fantastique 

On ne sait pas trop au juste où; 

Le bien y sort de toutes choses, 

Rien d'inutile ou de malsain ; 

Les chardons donnent du raisin, 

Et le chiendent produit des roses... 

Vers ce beau pays 

Filons, mes amis. 

Sans tambour ni trompette ; 

Allons vivre à Missipipi, 



-IAl 



— 130 — 

A Missipipi, 
A Mi8sipipi-la-Galette( 



Où Tond-on ceci ? 
Là ous'que l'on vend des pipes. 



Où trouve-t-on cela ? 
VaA-en chercher sur la Pierre-à-Niton. 



Comment prend-on les rates ? 
On les prend comme on les attrape. 
Quand on ne peut pas les attraper, 
On les laisse courir au grenier. 



Quoi? 

Coi, coi, 

Les corbeaux sont au bois. 



Gomment se font les enfants ? 
De quoi je me môle t 



Quelle heure est-il ? 
Midi. 



A cette question, on répond aussi : 



— 131 — 

C'est midi ; 
Qui l'a dit ? 
La Judith ; 
Où est-elle ? 
Dans sa cbapelle; 
Qu'y tait-ella 7 
Des dentelles ; 
Pour qui 7 
Pour Jésus-Christ. 

Le dernier vers offre les variantes : 
Four mon mari, Pour la Vierge Marie; 
une "Version termine ainsi : 

Pour qui ? 
Pour son petit ; 
Comment est-il gras 7 
Comme un tonneau; 
Qui est le parrain 7 
Monsieur le Villain ; 
Qui est la marraine? 
Madame la Villaine ; 
Qui fera le gAteau? 
Monsieur du Crapaud. 

On chantonne à la petite fille qui fait 
quelque question d'enfant terrible : 

Maman, les petits bateaux 
Qui vont sur l'eau. 
Ont-ils des jambes 7 

Non, ma Bile, 
Car pour marcber 
Il faut des pieds. 



. — 132 -« 

S'ils n'en avaient pas, 
Ils ne marcheraient pas. 

La réplique ne se fait guère attendre: 

Maman, je n'ai que cinq ans, 
J'aime les joujoux d'enfants; 
Papa veut que je raisonne 
Comme une grande personne ; 
Moi je dis que les bonbons 
Sont meilleurs que la raison. 

« Tâte voire si le nez te branle » est 
la réponse toute prête pour l'enfant qui 
demande une chose impossible, et s'il 
laisse apercevoir la déception qu'il 
éprouve, ses camarades le consolent en 
lui chantant sur les talons ce refrain, 
type d'une chanson bien connue : 

Ah quel nez I 

Âh quel nez 

Allongé, 

Tout le monde en est étonné ! 

Le Moyen-âge faisait couper le nez à 
certains criminels, de là une sorte de ré- 
probation pour les nez par trop camus. 
Plus d'une fois, nous avons eu à faire ré- 
parer des statues de saints que, dans leur 
fureur, les Hérétiques avaient privées 



— 133 — 

de leur protubérance nasale. Plus tard, 
la mode changea, l'expression : Avoir un 
pied de née, et même plus, devint aussi 
caustique, aussi mordante que l'avait éM 
celle de : S'être cassé le nez. Quel Gène* 
vois ne connaîtrait pas ce couplet d'une 
.dumsou de l'Escalade : 

Hais Picot De fut pas bftbile 
& faire jouer hod pétard ; 
SoD dessin point ne réussit ' 
Par un des ndires. Dieu merci, 
Qui fit tomber une Coulisse 
Où Picot eut Iroit ■pied» de nez. 

Ce n'est pas seulement à l'enfant, mais 
à toute personne qui fait une demande 
inadmissible, qui a porté ses prétentions 
trop haut et dont l'attente a été trompée, 
que nous disons dérisoirement, emprun- 
tant la langue des veneurs du Moy«- 
ége: 



Les désillusions enfantines ont encore 
fait naître cette rime : 

Atil quel désespoir, 
Ha pipe est tombée dans le laroir ;- 



— 134 — 

Ah I quel désespoir* 
Je ne peux plus la ravoir ! 

Les polissons remplacent lavoir par 
on dérivé da germanique erde qui^ entr& 
autres inconvénients, a celui de détruire 
Tassonnance. 

Aux enfants insistant pour qu'on leur 
raconte une historiette , les paysans 
disent : 

Y aval on coû on isé sû'na motte, 
La veica totta. 

Ou bien : 

Fablla su fablla : 

*Na polaille a kaka su *na trablla. 
X (rindiscret) y a vu fuma, 
Poué y a été croqua. 

Observons qu'en patois, fable se dit de 
toutes les formules et rimettes enfantines^ 
de tous récits vrais ou faux ; il en était 
de même en vieux français, témoins ces 
vers du Saint- Crraal : 

De lui plus ne pallera-on 
Ne en fable, ne en chançon. 

A l'écolier qui s'obstine dans sa ma» 



t'* 



— 135 — 

nière de voir, son camarade accède par 
cette facétiease formule : 

Tu as raison. 

Moi j'ai tort : 
Baise mon croupion, 
Nous serons d'accord I 

Le glossaire genevois qualifie de rop* 
portapet Tenfant qui se complaît à faire 
des rapports, à dénoncer toutes les fre-? 
daines de ses camarades qui le poursui- 
vent en le huant avec une formule trop 
grossière et trop peu spirituelle pour que 
nous puissions l'enregistrer. Tous nos 
lecteurs la retrouveront par les assonnan- 
ces; r(ipportapet^eornet,p(iquetet Cappet. 

Enfant ou homme fait, le menteur est, 
chez nous, qualifié de neuret ; une bourde 
est une feinte à neuret ou à to neuret. 
€ Cette locution proverbiale, dit Humbert 
dans son Glossaire genevois^ très-connue 
dans la rue du Rhône et dans les rues 
avoisinantes , tire son origine de feu 
Neuret f grand chasseur et grand hâbleur. » 
n vaudrait peut-être mieux dériver de 



— 136 — 

»eré ou neret, adverbe patois, eûcord 
usité sur la terre vaudoise avec le S€U9 
de : non, ce n'est point cela. 

Les tribulations imaginatives soit d'un 
enfant au caractère pensif et rêveur, 
gui se hasarde à faire, pour la première 
fois, une course solitaire dans la cam- 
pagne, soit d'un petit maraudeur dont 
l'esprit est troublé par les appréhensions 
du remords, sont très-joliment rendues 
par une narration dont il suffit de citer 
un fragment pour faire juger de l'en- 
semble. 

. En passant près d'une église, j'ai entendu un 
homme qui chantait : Te Deum ! Te Deum ! 

J'ai cru qu'il disait : Voioi Vhomme I Voici 
%*hon%me ! 

J'ai eu peur et je me suit'ensauvé. 

• En passant près d'un moulin, j'ai entendu 
qu'il faisait; Tic tac! Tic tact 

J'ai cru qu'il disait : Mets dans le sac ! Mets 
idàns le sac! 

J'ai eu peur et je me.suit'ensauvé. 

En passant dans un bois, j'ai entendu un cocu 
qui chantait : Cou-cou ! Cou-cou î 
J'ai cru qu'il disait : Coupe le cou ! Coupe le eoni 
J*ai eu peur et je me suit'ensauvé. 



lii 



— 137 — 

. Les collégiens se délectent avec des 
dialogues farcis dont voici quelques 
échantillons : 

Oui tua BJcui 7 

Vol un tas 

D'après le passage du Pater : Vohtntas 
tua sieut. 



Six mules, dix verres, six tasses. 

Quel est la mot qui a le plus d'I? 

Quai est celui qui a le plus ù'E ? 

Simili. - Simile. 

Six mille I. Six mille E. 

En voilà assez, peut-être déjà trop. 



Des enfants comme des grandes per- 
sonnes qui se plaignent continuellement 
de l'état de leur santé et dont l'appétit 
dément les|paroles, on dit : 

;-à ll;a laJmHladie de Saint-GaRA. 
Il mauge bien et ne boit pas mt. 

Noas avons entendu dans le même 



— 138 — 

sens : « Il a la maladie du renard, il man- 
gerait bien un poulet. i> 



On sait avec quel inconscient sans-> 
gêne les enfants font voltiger les hanne- 
tons qu'ils retiennent captifs par un fil 
attaché à la patte. Pour les encourager, 
ils leur répètent sans relâche : 

Hanneton vole ! Vole I Vole I 
Hanneton vole I Vole donc I 
Ton père est à Técole, 
Qui apprend sa leçon. 
Hanneton vole ! Vole ! Vole t 
Hanneton vole t Vole donc I 

Si l'oiseau qu'il élève est attaqué 
par la pépie et qu'il périsse, le gamin est 
tout consolé en disant qu'il avait : 

La pipi, 

La mimi, 

La crevaison. 

L'égoïsme naturel aux enfants est bien 
noté dans cette rimette : 

Donner, donner. 
Fait mal aux pieds ; 
Rendre, rendre, 
Fait mal au ventre I 



< 



r^t-T" 



— 139 — 

Et s'ils trouvent quelque objet perdu^ 
ils estiment en être devenus propriétai* 
res légitimes et absolus dès qu'ils ont 
crié : Point de moitié ! et qu'ils ont arti- 
culé la formulette : 

Qui a perdu ? 

J'ai trouvé I 

C'est la bourse à mon curé; 

Si je le dis trois fois. 

C'est à moi ! 

Dans la composition originale, le mot 
bourse était remplacé par un équivalent 
de scrotum, qui n'est plus de mise au- 
jourd'hui et qui servait aussi bien à dési- 
gner une bourse à argent qu'une blague 
à tabac. 

Le désir de posséder est un des plus 
vifs chez les enfants. Rien de plus or- 
dinaire que de leur voir faire entre eux 
des marchés et des échanges où la loyauté 
ne brille guère. C'est au plus fin. Nous 
en avons vu un qui, ayant envie du cou- 
teau d'un autre, lui dit : 



Passe-moi votre ton couteau, 

Ois : grec, et soufOe deesua ; 

Ton couteau est soufflé, 

Hestâmoil 

Les spectateurs applaudirent. Ajou- 
tons, à l'honneur des anciens jours, que 
cette formulette est moderne, la priva- 
tion d'assonnances le prouve. On sait 
que souffler a, dans l'argot et même dans 
la belle langue, la significatioQ de voler 
adroitement. 

Que l'acquisition ait lieu par troc ou 
autrement, elle n'est considérée comme 
valable qu'autant qu'elle est sanctionnée 
en disant : 

Pacbe, pacne [aile. 
Trente sous pour la défaite ! 

Une pression de mains accompagne la 
formule ; les confiants touchent de bonne 
Eglise, les rusés touchent de bonne botte, 
c'est'à'dire sur le dos de la main, ce qui, 
dans la jurisprudence enfantine, impli- 
que la réserve mentale des droits de 
conteste. 



■_»■•>. 



^ 141 ^ 

D'ailleurs, l'enfant qui, pour la pre- 
mière fois, possède quelques sous, ne 
manque pas, pour témoigner combien il 
est satisfait, de le faire briner avec joie 
en s'écriant : 

Frelique, freloque, 

Je m'en moque, 

J*ai de l'argent dans ma poche ! 



Tondu ! Bondu ! Bescu ! 

est une formule avec laquelle les ga- 
mins accueillent injurieusement celui 
d'entre leurs camarades dont les cheveux 
sont coupés à la malcontent, sont rasés, 
pour nous servir du mot français. 

Cette expression remonte à une anti- 
quité reculée. Aux yeux des Gaulois, la 
honte était l'inévitable partage de ceux 
qui avaient été dépouillés de leur cheve- 
lure. Le préjugé a duré longtemps, il 
n'est pas effacé. Jamais la tète des rois 
mérovingiens, ces rois chevelus par excel- 
lence, n'atteignit la splendeur de la per- 
ruque de Louis XIV. Il fallut toute la 



— 142 — 

fapoléon I" pour couper les 
es de pigeon et les oreilles 
loldats de ses années. De 
in peu partout, le paysan, 
t, tient & ses mèches tem- 
. et plus que les femmes 
!ux l'art de les tourner en 

brétien rase une partie de 
n signe de renoncement au 
Justice tond toujours ses 

télé et mâpelu, ainsi que 
tions proverbiales : Etre né 
e fais cela, qu'on me tonde! 
aussi peu des raie que des 
gnent, aujourd'hui encore, 
1 qu'inspirait autrefois une 
ueot rasée. 

lue, édictée en 798, n'en- 
illerie au sujet de la che- 
t de celle des enfants : 
e aura coupé la chevelure 
rçon, sans la participation 



— 143 — 

de ses parents, sera condamné à pay^ 
1800 deniers (fr. 5994). 

« Quiconque aura coupé la chevelure 
d'une jeune fille, sera condamné à payer 
2500 deniers (fr. 8325). » 

La tonsure, et même Tépilation vio-* 
lente, étaient des peines légales dans le 
vieux droit suisse. Ecoutez Bridel dans 
le Sauvage du lac d^Arnon, la scène ap- 
partient au douzième siècle : 

(L En vertu d'une ancienne coutume 
de Thoun, tout étranger qui frappe uû 
habitant avec le poing ou avec un bâton, 
est arrêté, attaché à un tronc d'arbre et 
tondu très-près par un valet de justice : 
mais si le sang du plaignant a coulé, on 
lui arrache violemment toute la chevelure^ 
et son crâne est bientôt tout en sang : 
puis dans cet état, on le conduit hors de 
la banlieue, avec défense d'y rentrer sous 
peine d'être marqué avec un fer rouge 
entre les deux épaules. y> 

On peut descendre beaucoup plus bas 
dans l'ordre chronologique et trouver 



— 144 — 

eDcore des peines semblables. Des or- 
donaaoces bernoises pour le PaysKomand, 
dirigées contre les Fayens, Sarrasins et 
Rôdeurs, en date du 15 aoîtt 1726, en- 
joignent de sonner le tocsin pour donner 
le signal de saisir ces individus « et les 
ayant saisis, les conduire au Ballif qui 
sera le plus voisin, auquel il est com- 
mandé par les présentes de les faire tous 
tondre par l'exécuteur ou l'écorcheur et 
faire fouetter les hommes et les femmes 
robustes, etc. » 

La calvitie était considérée comme 
chose ignoble chez les Romains. Nul hon- 
neur ne fut plus apprécié par César 
que le droit de porter constamment une 
couronne de laurier qui dissimulait ta 
nudité de son crâne, et l'on connaît l'épt- 
gramme de Martial adressée à un homme 
qui, sous prétexte d'un mal d'oreilles, 
cachait sous des bandelettes la partie 
chauve de sa tête : 

Non aures tibi, sed dolent capitli. 



— 145 — 

Tâchons d'expliquer les trois mots 
de la formule qui nous occupe. Tondu 
n'of^e point é& difficulté, mais il n'en 
est pas de même de bonda. Nous pensons 
qu'il faut écrire bond'hu et décomposer 
en bon ^hui : bon du jour ; bon étant 
ici l'équivalent de sot, acception très- 
reçue, car bon et hête sont des mots ac- 
colés comme synonymes daus plus d'un 
dicton vulgaire. Si notre interprétation 
est juste, hondv équivaut à sot de la fête. 

Beseu est formé de bis et de acus, ce 
mot signifie : qui a deux extrémités sem- 
hlables ; il devrait s'écrire iesocu, comme 
on le prononce en patois, et comme l'A- 
cadémie écrit besaigite, terme d'une for- 
mation identique. Notre mot, pris dans 
l'emploi spécial que la formule lui assi- 
gne, signifie : oMssi dépourvu de poils 
sur la tête que sous les pieds. 

En résumé, TonduIBond'hulBeiaonl 
est une huée qui se traduit nettement 
par : Tondu ! Sot I ^i a la tête ntw 
comme la pUtfUe des pieds ! 



— 146 — 

ns enfants, habitués i, mai^r 
1 repas, ne trouvent rien de bon 
mallieur à eux si leurs camara- 
)remient, car ils les poursuiveat 
e huée interminable qne voici 
[orme la plus simple : 

int gâté, 

x-lu du pâté T 

, ma mère, il sst trop salé. 

I, ma mère, il est trop cuit. 

x-tn de la salade ? 

, ma mare, elle est trop fada, 

x-ta du pain ? 

., ma mère, il ne vaut rien. 

int gftté, 

le veux rien manger; 

mt B&té, 

ieras fouetté 1 

mtion du châtiment n'a pas tardé, 
huée: 

Cul fouetté, 

Marjolé, 

Arec du beurre et du salél 

<îé n'est autre que le vieux fraa- 
rioU : taché, marbré, dont le 
appartient peut-être au breton 
: bigarrer. 



L'enfant poni a une consolation tonte 
formulée : 

Les papas et les mamaas, 

SoDt des gens bien contr&riants : 

Pour la moindre petite sottise, 

Vite, ils relèvent la cbemiso 

Et pan! pani pan I 

Sur le cul du petit entant. 

Si le jeune coupable a un caractère 
reTéche et porté à la révolte, il ne man* 
4]ue pas de se retirer à l'écart en chan- 
tonaant cet ironique aparté :' 

Oh I maman mignonne. 
Si vous m'aimez bien. 
Prenez une verge. 
Fouettez- moi bien. 
Car je vous assure 
Que les petits enfants 
Ont de la malice 
Avant que d'âtre grands. 

Nous aurions voulu pouvoir retrancher 
■ou modifier un mot des rimettes précé- 
dentes, car l'Académie, après l'avoir dé* 
fini d'une manière fort triviale, ajoute : 
« il est très-familier et souvent bas. i 
Le corps savant lui substitue derrière et 
donne : ^écorcher le derrière et Montrer 



— 148 — 

ire, comme exemples i, soîTre. 
licatioQS ne sont guère plas hea- 
ue le mot, générique nécessaire- 
posé* à un autre terme, qu'il faut 
ou tout an moins mentionner, 
our la tête, l'occiput est te der- 
visage, comme dans le tronc, le 
le derrih'e de la poitrine. Nous 
[ta9 de corrélatif à rechercher, et 
timons trop nos lecteurs pour 
r qu'aucun d'entre eux «oit assez 
our qualifier de derrière l'attri- 
nctif de Vénus Callipyge. 

ifants qui avaient subi la peine 
t, étaient autrefois gratifiés d'une 
is laquelle le mot earUtehe, l'on 
ibreux synonymes genevois de 
ouait son rôle. Il nous a été im- 
de la recouvrer d'une manière 
!, mais elle ne devait pas s'éloi- 
.ucoup de : 



Sans avoir été ni tondus, ni flagellés, 
ni emprisonnés, certains enfants, souvent 
spirituels et doux, ont la mauvaise chance 
de servir de badauds à des gamins 
qui ne les valent pas et qui les huent 
tantôt avec le cri : Oringâre ! comme i 
Annecy, ou MtOâle ! comme à Genève et 
dans le canton de Vaud, tantôt en chan- 
tonnant des rimettes dont voici deux 
exemples que l'on entend tous les jours 
dans nos rues : 

Père Zizy, ts bouteille t 
Qui n'a qu'une oreille I 
Son pare en a deux I 
Tirons-Lui la queue t 



Oh l la muieie I 
Qni D'à qu'une épaule I 
Son père en a deux I 
Coupona-lui la queue '. 

Oringôre est-jl une allusion au poète 
Pierre Gringore on Grii^oire, mort en 
1547, et dont la laborieuse vie n'eut pas 



— 150 — 

une fin plus tienreuse que celle de la. 
plupart de ses coofrères, nous l'ignorons. 

Dans son Conservateur suisse, le doyen 
Bridel estime que l'exclamation vau- 
doise est un souvenir de Maïole, abbfr 
de Clunj, sous la direction duquel la 
reine Berthe plaça le monastère de 
Fayerne en 962. La valeur péjorative de 
son nom viendrait de ce que ce person- 
nage éminent se laissa prendre, en 972, 
dans les goi^es des Alpes par les Sarra- 
sins, qui ne le rel&chèrent qu'après lut 
avoir fait payer une rançon de mille li- 
vres d'argent. Maïole étant mort en 993, 
cette date montre combien certaines de 
nos rimes enfantines peuvent être an- 
ciennes. Quelques actes genevois men- 
tionnant un Maïolus, prêtre et chance- 
lier du royaume de Bourgogne, nous font 
même remonter jusqu'à l'an 912. 

Une variante des buées précédentes 
commence par : «: Henry la quinôle ! « 
ce dernier mot est un terme caressant 
employé vis-à-vis des jeunes enfants : 



— 151 — 

Viens ici ma quinôle, ma petite gmnâîef 
c'est-à-dire : mon petit, moD plus petit, 
par allusion an cinquième (quintas) doigt 
de la main qui est le plus petit. Dans 
notre rime, il est employé par extension 
avec le sens d'enfant gâté. 

Encore un mot sur l'an ou l'autre des 
Ma'iolè, puisque nous 7 sommes. Le ga- 
min dont le fond de pantalon déchiré 
laisse passer le pantet de sa chemise ne 
manque pas d'en être désagréablement 
averti en entendant glapir derrière lui : 

Malôle ! 

Oh! la maïdie ! 

Les beUee âtrennes I 

Patte au cul pour six aemalaea. 

n est bon d'avertir qu'à Genève patte 
est un synonyme de chiffon, mauvais 
linge. 

Bien que notre ancien système moné- 
taire ait cessé d'être en usage depuis 
1838, on dit toujours d'un prodigue, 
qa'il a fait de son florin, anq^ sons, et 
l'on entend encore, de loin en loin,' le' 



— 152 — 

superlatif du mépris des gamins d'au- 
ois' pour celui de leurs camarades 
arait commis une faute honteuse: 
Pas pour deux quarts 1 

hux quarts, c'était la moitié du sol 
lou, coté trois centimes et cinq sisiè- 
; au moment delà suppression de cette 
maie; 'te florin équivalait à douze 



les rimes précédentes en rappellent 
foule d'autres à notre souvenir. En 
li une qui s'adresse au jeune chasseur 
Dssant pour la première fois te fusil 
i carnassière; elle doit être ancienne 
le mot eique pour poire à poudre, et 
pour celui qui la porte sont depuis 
rtemps tombés en désuétude : 

Od t'en vas-tu iic6, 
Aveo ta zique de peau ? 
H m'en vais par là-baat. 
Faire la chasse aux moineaux ! 

,a vue de ta corneille, du corbeau et 
les autres variétés, oiseaux de man- 



— 153 — 

Tais augurci est saluée par lés gamins en 
ces termes : 

Corbeau ! corbeau I 

La matagace. 
Ta mère t'embrasse. 
Les pieds te brûlent. 

Ta langue hurle : 

Coua l Goua ! Goua ! 

Cette rime a quelque analogie avec 
celle d'Etagnières dont les habitants por- 
tent le sobriquet de Corbè ou Corbi : 

Gorbi, corbasse, 
La mort feimbrasse; 

Gor dein ton nid, 
Tô petits san péris. 

La matagace est la pie-grièche. Boni- 
vard emploie courbasse pour femelle du 
corbeau dans le dicton : a Jamais mau- 
vaise courbasse ne ponnit bon œuf. » On 
raconte, dans un certain village, qu'un 
vol de corbeaux s'abattit sur la carcasse 
d'un cheval gisant dans les champs ; n'y 
trouvant que les os, les chantres des fu- 
nérailles s'envolèrent en criant : JVy a 
que Vou ! N'y a que Vou ! d'où le sobri- 



— 154 — 

dou resta axa. habitants 
: part, l'anteur de la chan- 
îe dit qu'en mangeant les 
corbeaux 



bein lei rave u barbo. 

)ix données à l'oiseau au 
je savant Dupont de Ne- 
examiné de très-près, a 
corbeau prononçait les 
}ts suivants : 

CTBo, craon, cre, créa, creo, 
oron, crona, crODe, crono, 
Be, gionass, grODesa, grono- 
■n%9, gross. 

mettons ce nombre de 
tlcul des altemations ou 
ous arrivons à cette con- 
i corbeaux, s'ils savent 
rmes de leur vocabulaire, 
imuniquer mutuellement 
sextillions, quatre cent 
luintillons, quatre cent-' 
, sept cent trente-trois- 



— 155 — 

trillions, deux cent trente-neuf billions^ 
quatre cent treiite-neuf millions, trois 
cent soixante mille pensées. Comment 
s'étonner après cela que les prêtres des 
religions antiques, qui se vantaient de 
connaître le langage des oiseaux, aient 
choisi le corbeau comme le plus prophé- 
tique des augures ! 

La morgue de l'enfant qui se pavane 
sous un habit neuf, blesse d'une manière 
très-vive la susceptibilité orgueilleuse 
de ses camarades ; ces derniers prennent 
leur revanche par une huée, entonnant à 
pleine voix : 

Jean patagan, 

La canne à la man, 

L'épée au côté, 

La bouse sur le nez ! 

Bouse est le plus souvent remplacé 
par un diminutif du substantif être, mot 
académique, mais trop bas pour l'écrire 
en toutes lettres. Cette rime s'adresse 
aux garçons plus grands que leur âge ne 



— 156 — 

e, circonstance expliquant le 
m, altéré pour la rime, et qui 
qa^peUetgon. Magellan décou- 
igonie en 1519, et, vers 1622, 
Lode pièce d'argent frappée à 
;ut le nom A'écvi patagon. Ces 
isseat limiter celle de notre 

a taille, le gamin se rapproche 
pon que du Patron, si la ja- 
trop longue, si les canons du 
it besoin d'un retroossis, écou< 
aine propre au cas : 

Petit bomma 

Rabotu, 

Petit de jambes, 

Bas du cul I 

>m Jetm, que nous arons tu 
nt-demiëre formulette, était 
objet d'uDe déTOtion extrême ; 
intre dans une foule d'exprès- 
I locutions où il n'a pas grand 
re. Ainsi nous donnons au jeu 
fondu, dans lequel, en sautant 



— 157 — 

par dessus leur camarade plié eu 
les gamins crient : 

Ti«QB-toi bien ! 

le nom de Paase-Jean ou Saute 
Kous avons aussi le jeu de Jean, j 
aw tes terres, dans lequel les ei 
usant d'une forte ellipse, s'écrient 

Jean, suis sur tas târres, Lalireile 



dit Bonivard. Notre vieux philoso] 
trompe ; La Fontaine est pins vrai 
qa'il avance que 

Cet Age est sans pitié. 

Les enfants sont essentiell 
égoïstes, ingrats et si peu pitoyab] 
leur naturel, qu'ils ont des iiyure 
ciales pour les pieds bots, les cagn 
les bossus ; ces malheureux sont ei 
i entendre plus d'une fois fred 
quelque kyrielle du genre des suivi 



Où vas-tu donc Benoit, 
Avec la jambe de bois? 
Je m'en vais à Parie, 
Chercher ma jambe de buis. 
Où l'as-tu donc laissée? 
Au coin d'une obeminde ; 
Qu'y as-tu rencontré 1 
Une maison brûlée ; 
Qu'y avait-il dedans ? 
Troie pauvres petits enfants; 
Que leur aa-tu donné ? 
Trois BOUS pour les amuser; 
Que t'ont-iU répondu ? 
Merci, mon petit bossu 1 



J'ai rempli ma bosse I 

Noua troQTerons plus loin ceux qui ont 
les jambes en manches de veste, Toïcile 
pied bot : 



Cette rime nous fait ressouTenir qu'en 
claquant pour jouer à buffle, OD avait le 



— 159 — 

droit d'empoigner une main et de l'em- 
pêcher de se retourner pourvu que l'on 
dit; avec autant de rapidité que le mou- 
Tement : 

Ud, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, 
Je tiens mon pied de bœaf. [neuf, 



Les petites filles aiment à huer pour 
le moins autant que les petits gar- 
çons qu'elles secondent volontiers dans 
cet office. Elles ont même des formulet- 
tes spéciales, par exemple, pour taquiner 
celles de leurs compagnes qui ont plus 
de propension pour les jeux de l'autre 
sexe que pour le leur, et qu'elles punis- 
sent en leur chantant dérisoirement : 

Garçon, garçonnière ; 
Péton, pétonniôre ; 
Qui a vendu ses cotiUons 
Pour acheter des pantalons I 



Au sortir des classes, pour peu que 
les cours présentent un perron, une pente 
quelconque, lés écoliers se divisent en 



deux bandes, i'ane s'empare de la posi- 
tion, l'antre se dispose à l'enlever, à 
faire une vougne à la citadelle, en chan- 
tant on plutôt en criant : 

A l'aBBaut ! 

Saut I saat I saut r 

CoDtre les nouveaux 1 

Les Nouveaux 
Sont des tonneaux 

Pleins de vin 
Pour les Anciens I 

Les Nouveaux ont une rime pour ri- 
poster aux Anciens ou Latins, mais elle 
nous échappe. 

Quiconque a été an collège, connatt 
les joies dn temps d'arrêt officiellement 
imposé aux études et a gatment entonné 
quelque couplet analogue à ceux-ci : 



Plus de muKiplicatioDS, 

De divisions. 

Au diable les leçons. 



Ce sont des cbansons 1 



Vivent les vacances. 
Plus de péniteocsi ; 
Tous les livres au teu 
Et les midtres au milieu 1 



L'écolier est libéré, il prend ees ébats 
au moment des fenaisons, courant sui- 
Tant les sinueuses lignes des andatu, 
sautant et se roulant sur les eucheta par* 
fumée, redisant : 

Vive juin I 

Le pain! le vin! 

Il donne, 

En la saison 

Où la moisson talonne, 

La feu ai son. 

Voici venir l'automne; invité aux veil' 
danges, nous retrouverons le jeune homme 
dans les vignes, chantant parmi les ceps 
aox grappes dorées : 

On dit que les grives 

Piquent les raisins ; 

Moi qui ne suis pas grive. 

Je les pique bien t 

B en pique tant et tant qu'une indiges- 
tioD survient ; le paysan sourit d'un air 



— 162 — 

oariiaois, car il a'&ime guère l'enfant de 
la ville, véritable âéau au milieu de ses 
cultures, et qu'il qualifie ironiquement 
de picota ou de pic<aneitrons. 



^^AiTs les campagnes, les jeunes gens 
ont conservé quelques réjouissances et 
certaines rimes perdues pour les citadins. 
Telles sont les alouillesou alouyes qui 
se font le premier dimanche du Carême. . 
I<a jeunesse se rend au domicile des per- 
sonnes mariées dans l'année, réclamant 
un' don gracieux, en chantant devant la 
maison: 

Es Âlouilles, 

I^ feana est groussa 

Déquan? 

Dé laSan-Dian! 

Dei biau einfao. 
Alooilles I Alouilles t 



— 163 — 

Certaines localités appellent ce jour 
le dimanche des Escarnavex, littérale- 
ment : hors du temps où Von mange de la 
-chair; les jeunes gens y chantent sou- 
Tent des satires contre les mariés sans 
enfants : 

Escarnarex t Escarnavatte ! 
Une telle est mésalle ! 

OU bien : 

Un tel est moulet ! 
Escarnavex ! Escarnavex ! 

Quelquefois la formule revêt une tour- 
nure menaçante : 

Escarlavai I Escarlavata t 

D'ai de Tamadou dian ma fatta, 

Si vo me bailli pa des bou-nions, 

De brulô vutra mè-zon ! 

Le soir, on allume des feux de joie 
sur les hauteurs, d'où le nom de diman* 
«he des Bordes ou des Brandons donné 
à ce jour. 

Alouille semble être un congénère 
^élieuda : éclair, " et se rapporter aux 
torches et aux feux de cette soirée; 
néianmoins, en* patois, on n'attache à ce 



— 164 — 

; d'aatre sens qae celai de gratifica- 
i; ainsi, lorsque, le soir d'une noce, 
époax font aux eofants une don-ne de 
E, de noisettes, de dragées et d'aotres 
ndises, cela s'appelle accoullhi Us 
tilles : jeter le don. Dans les anciens 
3B, et encore en patois, les torcties 
brandons, composées de &iaceaaz 
bois odoriférants tressés avec de la 
lie, portent les noms de fatias, faxy 
Tosces, falhas, failhe ou faille, ortlio* 
pbe employée par BoniTard qui, en 
lant des premières assemblées de Ha- 
Dots en 1518, écrivût : 
: Sonbz couleur de faire guet, l'on 
isembloit à belles torches et fallotz 
!aisoit-on des banqaetz tonr à tour et 
scun le sien et faisoit-on ardre nng 
ndon, comme l'on a de coustome la 
mière dimencbe de caresme, lesquels 
Ddons s'appeloient faiUes, jooxte la 
^e savoysienne. > 

>ans la Overre des AUiigeois, ouvrage 
lontant à 1210, on lit : < Doncs apor- 



— 165 — 

ton las falkcis )» : Alors ils apportent les 
torches. 

Quant au bûcher, chaque groupe s'é- 
yertue à le faire aussi considérable que 
possible; garçons et filles à marier dan- 
sent autour avec l'espérance de voir 
leurs désirs s'accomplir avant la fin de 
l'année. Suivant les lieux, on lui donne 
le nom de ehaffairauy chaffeiro ou teafeiru^ 
mots qui signifient littéralement : tas de 
bois destiné à être brûlé, bûcher ; en bas- 
l)reton, chaffa a encore la signification 
de bois de chauffage. 

Dans plusieurs localités, l'usage vou« 
lait que l'on s'offrit mutuellement des 
pâtisseries durant les veilles des Bran- 
dons. Cette coutume donnait lieu à plus 
d'un abus. En 1445, elle fut supprimée à 
Lausanne par la Grande Cour séculière 
des Etats, qui défendit d'offrir désormais 
des pisa benata (biscaumes, soit pains 
d'épice bénits) à tout venant. 



— 166 — 

La coutume d'allumer des feux le jour 
de la Purification (2 février)^ au moment 
de réquinoxe du printemps (21 mars) et 
le jour de la Saint-Jean d'été (24 juin), 
s'est à peu près complètement effacée ^ 
on a tant écrit sur cet usage que nous 
n'avons qu'un mot à ajouter touchant les 
feux de la Saint-Jean. Suivant Guiart 
Desmoulins qui traduisit la Bible de 
Comestor en 1294, ils sont un souvenir 
du brûlement des os de saint Jean par 
ordre de l'empereur Julien; voici ses 
propres expressions : 

a Et cist arsins de ses os est tenut por 
secont martyre; et cist secont martyre 
représentent partout li chrestien, car il 
recuillent au jour de sa Nativité partout 
les os et les ardent en grant feu..... mais 
peu de gens sevent que cil feu senefie. > 

L'usage des feux allumés sur les monts^ 
soit comme signaux de guerre, soit com- 
me marque de réjouissances publiques, 
est toujours en vigueur dans la Suisse. 









— 167 — 

Celui de faire un feu de joie pour célé- 
brer l'arrivée d'un hôte est tombé en 
désuétude; Bridel le signale encore en 
1837 : « fitant dans une haute vallée 
alpestre, dit-il, les jeunes gens du chalet 
où l'on m'avait donné l'hospitalité et des 
chalets voisins, firent un grand bûcher 
du bois mort d'une forêt prochaine, y 
mirent le feu quand la nuit fut venue et 
dansèrent tout autour. A ma demande, 
pourquoi cela? ils répondirent : c'est 
pour faire honneur, selon la mode du 
pays, à l'étranger qui nous a visités. » 

Généralement parlant, les usages que 
nous venons de rappeler remontent aux 
temps antérieurs à l'occupation romaine, 
aux s^les où le culte du feu était en 
honneur. Celui du Soleil a laissé bien 
des traces : la coutume druidique de 
saluer l'astre du jour sur les hauts lieux^ 
au moment du solstice d'été, a peut-être 
son dernier reflet dans nos courses mali- 
nales sur la montagne^ pour voir lever U 
Soleil 



% 



» 






*» 



— 168 — 

Les gratifications qui se font encore 
dans nos campagnes^ le jour des noces, 
au retour de l'église, portent le nom de 
pierre à Bernard ou à Bemade : au 
moment où les nouveaux époux sortent 
du lieu saint, toute la jeunesse fait une 
chaîne barrant le passage et que le char- 
me d'une poignée de monnaie est seul 
capable de rompre. Dans l'expression 
ci-dessus hema/rd ou lernade parait dé- 
river du celtique lem^ ayant la valeur 
de : amas de vivi*es, rassemblement de 
personnes ; nous avons démontré ailleurs 
que ce mot signifiait aussi : rendez-vous 
de chasse, lieu où l'on se réunit pour 
manger et se reposer après les exercices 
violents qui accompagnent toujours les 
plaisir^ de Nemrod. 

Bridel notas apprend, dans son glos- 
saire, que les Yaudois donnent le nom de 
Bemada à une vieille femme qui jette 
du grain sur l'épouse, comme un présage 
d'abondance, quand elle entre, pour la 
première fois, dans la maison conjugale. 






*'. 



\ . 



— 169 — 

Empruntons à cet autear on petit tableaa 
qui nous reporte en 1190 : 

c[ La noce revient de Pëglise située à 
quelque distance du village. Deux ber- 
gers jouant de la musette (trouya) et un 
dgigare avec son violon ouvraient la mar- 
che. L'épouse portant une couronne d'é- 
pis de froment, de fleurs de verveine, et 
de branches de guy, venait ensuite don- 
nant le bras à son parrain.* Quelques jeu- 
nes gens cachés dans une grange voisine 
en sortent tout à coup, et s'efforcent 
d'enlever l'épouse. Dans ce combat simu- 
lé, les Tschermallai (garçons de la noce) 
repoussent les assaillants et emmènent 
l'épouse : arrivée à la porte de son futur 
domicile, dont la façade est décorée de 
roses et de soucis, et dont le seuil (lain^^' 
der) a été frotté d'huile, elle rencontre 
la Bemada, portant un plat dé grains de 
froment et un trousseau de clefs. La 
vieille jette sur la nouvelle mariée trois- 
poignées de froment, et lui attache le 
trousseau de clefs à la ceinture : alors 






— 170 — 

a preod dans s«S bras, la sou- 
lit sauter par dessus le seuil de 
qu'elle De doit pas toucher, et 
ans la maison. » 
ans par ce mot d'Olivier sur les 
alpestres : « La fête de l'été 
agues, aux cbalets d'Aï, s'ap* 
muftiun ; ce jour-là, les pau- 
bonneur desquels elle est iusti- 
sçolTent, ainsi que les autres 
une. ample hospitalité de crème 



otre jeunesse, on rencontrait 
Les Epouses du mois de mai, 
Uageoises qui, vêtues de blaae 
lées des fleurs aussi gracieuses 
tes du néflier-aubépio, arbuste 
lUB donnons par excellence le 
lois de mai, venaient, eu dait- 
n chantant, offirir des bouqvets 
enears en leur demandaot une 



— 171 — 

€ Aa printemps, écrivait en 1837, Tau- 
taur du Canton de Vaud^ les maïanches 
(maïentzes), petites filles habillées de 
rose et de blanc, s'en viennent encore 
quelquefois de porte en porte, oiseaux 
fleuris, chanter le joli mois de mai^ dont 
elles portent le nom. t> 

En Franche-Comté, contrée où l'on se 
sert de la comparaison proverbiale : 
a Belle comme l'épousée du mois de 
mai » ; les jeunes filles prennent la plus 
jolie enfant de la localité, la parent de 
ses plus beaux habits, la couronnent de 
fleurs, et la portent de maison en maison 
en chantant : 

Etreonez notre épouçée, 

Voici le mois, le joli mois de mai, 

Etrenoez notre épousée 

En bonne étrenne, 

Voici le mois^ le joli mois de mai 

Qu*on vous amène, 

Qu'on vous amène! 

Dans les anciens temps, ces épouses 
de moA étaient souvent de grandes filles 
qui, dans la maison des amours, venaient 



— 172 — 

Telopper lears rondes et faire enten- 
e lears chante sur nos places publi- 
:e8; de li quelques désordres que la 
îille Geoève catholique, beaucoup plus 
rère, en matière de mœurs, qae cer- 
ins écrivains ne voudraient le faire 
Dire, réprima par les ordonnances de 
87 et 1617, édictées contre les men- 
As, mot qui, de même que le maïanche 
. Pays de Vaud, se traduit littéralement 
r : 1 habituées du mois de mai. t 
mme composition philologique du 
nre des précédentes, rappelons ici le 
)t me^en ou mayen, employé en Valais 
ur désigner des p&turages printaniers 
compagnes de chalets où l'on va dès le 
ris dfl Md&'G'est donc sans raison que, 
m son Hiitoire de Genève,- M. -Picot 
rive notre mot menche de l'italien 
meio : étrennes. . 



Tandis que, le premier dimanche dn 
>ia des fleura, les jeunes filles se tra- 



— 173 — 

Testissent en épouses, les garçons prépa«» 
rent le feuillu on follhia. On appelle 
ainsi un mannequin bizarre, construit eu 
branches reliées par des cerceaux et dont 
le sommet, terminé en cône, contient la 
plus grosse campan-ne que l'on a pu se 
procurer ; ce mannequin, entièrement re*- 
Vêtu de feuilles et décoré de rubans, ne 
laisse point apercevoir le jeune homme 
qui s'en affuble, et qu'on a eu soin de 
choisir parmi les plus vigoureux et les 
plus grands de la troupe, en tète de 
laquelle il marche faisant une quête en 
chantant, accompagné de la cloche qui 
tinte, et avec tous ses camarades, quel- 
que pièce de circonstance longuement 
apprise, ou, ce qui est le pltt» ioir4iii^re^ 
se bornant à crier à tue-tête ; ;. » 



' ' FoUhiuf Foilbiu! 

lié de fruita que de foUbes I 



Le nom de mossu ou moussu est em» 
ployé dans plusieurs villages où le man» 
nequin est tout habillé de mousse ; noua 



*^ 






— 174 — 

as entendu le qaétenr réclamer « on 
v an œuf, promettiint en retour de 
wnt renard qui tenterait de dévo- 
18 poules. 

ivent deux troupes, leur foîlhiu en 
se rencontrent; sur le moindre pré- 
. dont la ligne de démarcation pour 
nêtes est le plus ordinaire, une 
lation a lieu : on voit alors les 
tts, semblables à deux taureaux ou, 
is voulez, à deux tours en furent, 
Scipiter l'un sur l'autre cloches sou- 
s : toute la troupe prend part au 
it, la mêlée devient générale; le 
Lit des quêtes, où les fruits, la farine 
œufs tiennent une bonne place, se 
[e en projectiles; rarement la paix 
it, les belligérants se retirent en 
ant victoire des deux côtés et 
uent leur journée par an souper 
Dmelettes, sans mattafam et sans 
rt. 

Olivier, dont nous aimons à citer 



— 175 — 

le savant ouvrage, parle ainsi de la fête 
des haveirans qui n'est pas sans rapport 
avec notre follhiu et qui se terminait 
aussi par un repas dont le produit de la 
quête faisait les frais : 

€ Au printemps, les petits bouviers se 
mettaient en fête : rassemblés autour de 
Tun d'entr'eux, lequel couvert d'un mas- 
que, coiffé d'un haut bonnet de papier et 
de rubans, portait des sonnettes en sau- 
toir, un grand sabre d'une main et une 
boursette de cuir de l'autre, ils arrê- 
taient les passants. Ils récoltaient ainsi 
quelque petit argent, des œufs ; et une 
longue perche, garnie de saucisses, les 
suivait fidèlement dans toutes leurs 
évolutions. t> 

Dans plusieurs villages du Genevois, 
on célèbre, à la Saint-Jean qu'on tondj 
la fête des iouvaironnes. Suivant son 
mérite, chaque bergère reçoit du patron 
une tomme plus ou moins grosse, plus 
pu moins grasse. Celle qui a reçu la 
meilleure couronne sa vache des plus 



1i 



— 176 — 

belles fleurs des duunpg. Celle i qni la 
tomme la pins erouye, c'est-à-dire la 
plus petite et la plos maigre, est tombée 
eo partage, enveloppe la tête de la 
sienne avec des rames d'ellébore fétide» 
plante vénéneuse considérée avec une 
sorte d'effroi par les paysans. 

Certaines des kyrielles qne nous avons 
données n'existent plus qu'à l'état de 
souvenir, car, de même que les hommes 
ont renoncé à la conversation et aux 
joyeux refrains pour le tabac et le vin, 
les enfants ont échangé la plupart des 
jeux et des formules d'autrefois contre 
des passe-temps plus ou moins stnpides, 
assaisonnés de paroles grossières et sou- 
vent d'une obscénité tellement ébontée 
qne la plume se refuserait  transcrire 
certaines rlmettes que nons avons en- 
tendu partir de bouches de huit à dix ans. 

Cette comparaison ne porte que sur 
une cinquantaine d'années, il serait assez 
corieox de la faire remonter plus haut ; 



— 177 — 

de rapprocher, par exemple, Tétat intel- 
lectuel du peuple d'aujourd'hui avec 
celui du peuple d'il y a dix-huit siècles. 
La comparaison n'est pas aussi difficile 
à faire qu'on le croirait à première vue. 
Lisez les graffUes du Palais des Césars 
et les inscriptions charbonnées sur les 
casernes de Pompéï ; comparez-les avec 
les images et les mots crayonnés chez 
nous contre tout ce qui peut servir d'al- 
bum public, et vous acquerrez l'intime 
conviction qu'en remontant au premier 
siècle de notre ère, on peut constater, 
dans la partie infime de la société, l'exis- 
tence d'une fibre intellectuelle détendue 
ou rompue aujourd'hui. 



Les guéfets Wotidissent, berçant mille 
fleurs entre leurs épis d'or : la nielle 
aux i>étàles purpurins, l'élégant bluét, le 
coquelicot dont le nom comme l'éclat 
rappelle la crête du roi de la basse- 
cour. Les moissonneurs arrivent, armés, 

12 



• •♦, 



— 178 — 

non plus de l'antique faucille, mais de la 
daiUe an long tranchant, qui scie et jv 
Telle à la fois, accompagnée de chants 
joyenx dont les paroles sont modernes, 
mais dont les mélodies, appartenant aux 
anciens âges, s'unissent harmonieuse- 
ment au joyeux tirelire de l'alouette pla- 
nant dans tes airs. Nous avons recueil^ 
plusieurs de ces chansons ; un échantillon 
prouvera ce que nous avancions tout i 
l'henre au sujet de l'affaissement de la 
pensée populaire : 

En revenant de Zëneva, (Im) 
To Itan-na, to pscota ; 

lia tirelonlire, 
To tran-na. to pacota; 
Hft tirelonlire. Ion là ! 

D'ai rencontra onna dainma, (bit) 
Que m'a dé, qui fallé alla me acharfa ; 

Ma tirelonlire, 
Que m'a dé qui fallé alla me seharfa ; 
Ha lirelonlira, Ion lA! 

Le m'a bailla onna chalU, (bt») 
Qu'aval la cul, tot'elTandra ; 

Ma tirelonlire, 
Qu'avai le cul tot'eftandra ; 
Ma tirelonlire, Ion lA ■ 



— 179 — 

T aval c'ta Izanora de polaillié, (bif) 
QnA fasset rao qu6 d'an pecota ; 

Ha tiralonlire, 
Que tasBet rao qua d'an pecoU ; 
Ha tirelonlire, Ion Ift ! 

Y aval c'Ia, bougra d« aarran-ta, (bU) 
Qu'an taaaet ran que d'an risols. 

Ha tirelonlire, 
Qofl fasse! ran que d'an risols 
Ha llreloolire, lan là ! 



Notts donDODs ces couplets plutAt que 
d'autres, parce que leur refrain est une 
onomatopée rappelant les jolis vers écrits 
par. Du Bartas au milieu du seizième 
siècle : 

La gentille alouette arec son tire lire, 
Tire lire a lire, et tire tirant, tire 
Vers la roAte du ciel ; puis son toI vers ce lieu 
Vire et désire dire : Adieo, Dieu; adieu, Dieul 

Ne quittons pas les champs et les 
prés sans cueillir un leucanthème dont, 
comme les enfants, les fillettes et les 
grandes filles, nous effeuillerons la co> 
roUe en arrachant successivement tous 
les pétales, interrogeant, à la franche 



marguerite, l'avenir sur la question qnî 

fait battre le cœur à tout âge : 

U'aimes-tu t 
Je t'aime : — Ud peu — Beaucoup — Passa- 
blement — Tendremeni — Passionnément — 
Rien du tout 

Fuis, coDSolé OU navré suivant la fa- 

idique réponse de la Reine des perles, 

il la personne qui nons accompagne 

Itemne, nous lui dirons : 

Dieu vous contente I 
Belle plante. 

A quoi elle répoudra : 

Merci, 
Bel esprit. 

Et nous répliquerons : 



CHAPITRE TROISIEME 

CRIS POPULAIRES 



UTREFOIS, beaucoup de 
marchandises se vendaient 
dans les rues avec accom- 
pagnement d'appels spé- 
ciaux que l'on n'entend plus aujourd'hui; 
c'est àces cris, qui d'ailleurs n'appartien- 
nent pas tous au négoce, tants'en faut, que 
nous voulons consacrer quelques pages. 

Aux réclames des vendeurs, nous join- 
drons la clameur de droit, les cris joyenx, 
les appels employés vis-à-vis des ani- 
maui do:inestiques, terminant par quel- 
ques historiettes puisées à l'intarissable 
source de la bêtise humaine. 



I 



igjcoDiBz le père Rey, un brossier ca- 
^eux à qui la difformité de ses jambes 
ivait fait dooner le sobriquet de Sep- 
ante-sept, les jambes en serpette : 

Des brossée pour les souliers 

Et du cirage pour les cirer t 

Approchez 

Si vous ea voulez! 

Il y en a eacore dans le panier. 

Balais de crin 

Qui balaient bien 

• '- Le matin ! 

Et la lantât 

Comme il Faut I 

Epoussoira à manchee longs ! 

Ici. les gamins continuaient par une 

ime assez grossière, que Rey ue laissait 

tas sans la riposte : 

Tu as bien raison, 
Foulu polisson : 
Va boire ton bouillon I , 

Aux approches du Nouvel-An, le Mes* 
\ager boiteux lui fournissait l'occasion 
l'annoncer : 



Des armanache de papier, 
Où 11 T >> plus de menteries que de réritéi T 

PaBsait-îl devant ud hôtel en annon- 
çant ses brosses et son cirage, il ne 
manquait pas d'ajouter en vne des 
voyageurs : 



car notre virtuose avait une faconde io- 
tmssable et savait saisir à l'improviste 
toutes les petites circonstances pouvant 
lui permettre d'annoncer sa marchandise 
de manière à laisser dans le souvenir sa 
carte d'adresse : 

Je m'appelle papa Reyi 
DemeuraDt à Saint-Gervais, 
Dans la rue des Corps-Saints, 
Depuis le soir jusqu'au matin. 

Les-pièces que nous publions contien- 
nent souvent des mots qui peuvent cho- 
querles oreilles des vicieux enveloppés du 
manteau de la bégueulerie. La conserva- 
tion intégrale de nos petits documents 
impose, comme une loi, la conservation 



- 184 — 

de ces termes qui, d'ailleurs, ue sont pas 
tous aussi coupables que l'ignorance 
voudrait bien les faire. Ainsi, dans ses 
Sécréations philologiques, l'illustre Gé- 
nin, traitant des expressions : Foutre le 
camp et Jean-foutre, a prouvé, d'une 
manière péremptoire, que le mot foutu, 
employé par le vieux brossier, était un 
dérivé de féauté, souvent écrit feuté ou 
fouté, et qu'il s'appliquait originairement 
à celui qui avait trahi la foi jurée, le 
sennent prêté au suzerain. Ce n'était 
point un mot obscène, un participe passé 
du vieux verbe français formé du latin 
futuere, c'était un adjectif énergique, une 
épithète qui mettait le comble à l'ou- 
trage, au-delà de laquelle on ne pouvait 
rien ajouter, témoin ce passage de let- 
tres de grâce, conservé par Du Cange et 
qui nous reporte en 1416 : 

« Barthélémy Gentil dist de Maugiron 
d'Estissac qu'il estoit un faulx, mauvais, 
traistre, faitif et toutu chevalier. » 

Concluons de ce qui précède que non- - 



— 185 — 

seulement l'ëpithète de foutu polisson, 
mus encore celles -de foutu savetier et 
foutu gredin peuvent être, d'aae manière 
parfaitement digne, envoyées & leur 
adresse par les personnes les mieux 
élevées.' 



U nous souvient encore du gros Janot 
dit Piautu, qui annonçait ses petits 
pains dans les rues du Haut de la ville 
«n chantant de la manière laplus joviale: 

Qui «n veut par là-haut, 
Des petits pains tout chauds ? 
Ils sont excellents. 
Les petits pains blancs. 
Voici, voici le marchand t 
Des petits pains blancs ; 
Qui ea veut acheter? 
Des pains briochés ! 

Un de nos amis nous écrivait na- 
guère : (c Les rimes par assonnance sont 
dans le goût populaire. Le catéchisme 
poissard de Vadé en fournit des preuves 
sans réplique ; la Fille de M"* Angot en 



— 186 — 

fait également usage, si j'ai bonne me- 
moire ; et je me souviens d'avoirplus d'une 
fois entendu, à une foire d'Amiens, une 
marchande de pommes de terre frites qui 
faisait ainsi son boniment : 

Venez chez Madame Boutas, 
Qui vend les pommes de terre par tas, eta 

et qui continuait indéfiniment sur ce ton, 
en variant chaque jour ses rimes; volon* 
tiers même et sans préparation aucune, 
elle conversait avec ses acheteurs en 
leur débitant de ces quasi-vers qui 
avaient toujours, à défaut de mesure, la 
rime et la raison, — la raison plus ou 
moins narquoise. j> 

Gomment mieux prendre l'intarissable 
veine qui animait les marchands ambu- 
lants de notre Genève des jours écoulés! 
D'ailleurs, en cherchant un peu, on trou- 
verait, dans tojàt^ , les villes de France, 
des compositions analogues aux nôtres» 
Nous avons rencontré à Tôul une jolie 
maraîchère qui, avec la meilleure gr&ce 
du monde, appelait ainsi lesxhalands: 






A la Balade (lar). 
Aux bons navelB, 
lies petits navets (bit). 
Aux bous petits cboux, 
Hon petit bijou; 
Aux ëcbalottes (bis), 
Aux belles carottes, 
Mam'eelle Ctaarlotte ! 

Durant le carême, on entend, dans la 
même ville, les marchands de morue et 
les marchands de marée : 

Ueru, meru, Uesdamea, 

Fraiche meru, u, u t 

Tur lu tu tu. 

Mesdames I 



A la marâe, 

A la marée! 

Aux bonnes lolotlea, 

Mesdames, vos cottesT 

Aux beaux maquereaux. 

Ho I ho ! 

Suivant l'opiaion pi^pulaire, la lotte 
était si abondante iautr^iris dans les 
eaux de la Lorraine que le pays en reçut 
le nom-de Lotharingie. Aujourd'hui, on 
ne la retrouve que dans la Moselle. Elle 



issez prisée pour avoir 
overbe qui explique le 



renève. Le vieux Mialle 
tricorne du siècle pré- 
naît ses TKwettes (très- 
et ses pains de deux 
tes-Basses et dans le 
Gervais; dernier sou- 
■dentiers nomades du 
tisserie était toujours 
le bonbonne d'eau-de- 
irres. Il avait des pra- 
jours dans les bateaux 
ilébrait-il sans relâche 
avandières : 

loyen' Mialle, 

soir JQ braille: 
heier mon persicot 
s aloyaux? 
teau à tapeltes, 
vieilles coquette ■ 
nt et rëpéteot : 
on mignon, 

bonbon. > 



— 189 — 

Il ne faudrait pas chercher dans le 
persicot et les petits aloyaux da citoyen 
Mialle, an sens que ces mots n'ont pas. 
Le persicot était une liqueur dont l'ai- 
cool avec des noyaux de pêches formaient 
la base ; d'autre part c'était une coutume 
genevoise de donner dérisoirement le 
nom à'aloyau à des comestibles qui 
n'étaient rien moins que des plats de ré- 
sistance, témoin l'usage d'appeler les 
tommes carrées des aloyaux de faiseuse» 
de chaînettes. 



Privées de leur air à la fois jovial et 
goguenard, les rimes ci-dessus perdent 
beaucoup ; nous les regrettons d'autant 
plus qu'elles n'ont eu que de piètres 
successeurs, témoin la monotonie sciante 
d'un appel qui retentit sous nos fenêtres 
à l'instant même ou nous traçons ces 
lignes : 

J'arrange les scies, 
J'aiguise les scies ; 



Le vieux français donne à la scte le 
lom de raisse ou resse, rasse en patois ; 
le là le nom de raisson donné à ces par- 
icules de bois qui tombent sous l'instra- 
acnt et que l'Académie qualifie groasiè- 
ement de hran de iois et de hran de 
cie. Les personnes plus polies que les 
icadémiciens disent sciure. Ceux qui la 
endent dans nos rues l'annoncent en 
riant: 



Peut-être faut-il écrire dames ! En tous 
se ets, Eumbert s'est lourdement trompé 
n disant dans son Glossaire genevois, 
oe ce cri est: 



ar raisson n'a point de diminutif, et des 
nciens, dont le témoignée nous reporte 
la fin du siècle dernier, nous ont una- 



nimement affinné n'avoir jamais eatea- 
du d'antre appel que : 



la première ligne entonnée avec autant 
de lenteur que l'on met de rapidité à 
articuler la seconde. Nous parlons de 
ceux qui chantent bien, car parmi les 
marchands de raisson, il y a des progres- 
sistes qui ne disent plus que : 

Achetez du raisson! 
Du raisson à la gnube il n'y a -qu'an 
pas, le premier sert à nettoyer les plan- 
chers ; nos ménagères se servent :de la 
seconde, sorte de tuf mal agrégé oa dés- 
a^loméré, pcrar nettoyer «t blanchir 
les boiseries de cuisine en sapitu. Cenz 
qui la vendent s'appellent grevhi^'s; ils 
marchent avec un petit tombereau traîné 
par un &ne, en criant : '' 

Eûcblt de la greûbb ! 



— 192 — 

Les drouineurs ambulants sont, & Gè- 
re et dans use grande partie de la 
&nce, désignés sous le nom de ma- 
ins, dérivé ironique àemagnus, employé 
Ds ce cas et dans quelques autres, de- 
is le douzième siècle au moins. Au 
ment oii ils ont cessé de mouler sur 
ice des cuillers d'étain, ils ont aban* 
mé leur ancien cri : 

Rien à rétamer 

Par I& haut T 

On fond 

Les cuillers, les pocbons. 

Voici le magnin ! 

Les polissons n'ont pas oublié la rë- 

ise qu'ils faisaient à cet appel : 

Magnin niou, 
Qui met la pièce à côté du troul 

D'après une vieille chanson du Pays 
Vaud, les magnins y annonçaient leur 
isence en triant : 

N'ai vo ran à retakounnaT 

Eoke Isauderon perci 

A rullobi ? 

En Lorraine, ces industriels appelés 



ratamouhiers soit rétameurs crient : 



Ce dernier mot pourrait bien repré- 
senter l'orthographe primitive de casse- 
role, ustensile qui aurait pris son nom 
du eassiteros, étain des lies Cassitérîdes 
qui passait pour le plus propre &. 
rétamage. 



Nous avions autrefois des carreleurs 
et des savetiers ambulants ; il ont dis* 
paru avec leur cri dont les gamins ont 
gardé la parodie : 

Cordoni^r qu'4P-tu ? 

J'ai la pége au cul. 
Combien la vsnds-tu ? 
Un paM|[^ao d'êcus. 

La pége ett la poix des cordonniers ; 
nous appelons cul-de-pége ces importuns 
visiteurs, supplice de ceux qui travail- 
lent, et à qui l'on est forcé de donner le 
congé qu'ils ne savent prendre. 



— 194 - 

Après avoir accompli la moitid de 
leur besogne, les ramoneurs, parvenus 
au sommet du canal de la cbemiDée, 
prononçaient une petite formule de bé- 
nédiction sur le foyer de la famille, puis 
entonnaient une chansonnette dont nous 
n'avons recouvré que des parodies trop 
grossières et trop obscènes poar pou- 
voir en placer un échantillon sous les 
yeux de nos lecteurs. La ritoumellfl 
seule y est intégralement conservée : 



Cfl refrain a d'ailleurs été saisi par 
DOS vieux chansonniers français qui, 
depuis le temps de la Fronde à celui de 
la Kévolution, ont donné naissance & 
mille ramoneto's, nom technique de ces 
pièces politiques ou erotiques, toujours 
pleines de sarcasmes et invariablement 
terminées par : 

lUmonez-ci, ramonei-li, 

La, la, la, la, 

La cbsmiaée du haut en bM. 



— 195 — 

Sans le vouloir, nous nous sommes 
écarté des comestibles ; continuons Teza- 
men de ce qui se mange. 

Les hiscoins, ces pains à deux poin- 
tes, dont le nom désigne la forme et que 
dore une forte teinture de safran, n'ont 
pas plus disparu de nos foires et de nos 
vogues, que les hricélets et les croûtes do* 
rées (crostas deauratas en 1481) de U 
cuisine de ménage, mais il y a quarante 
ans qu'on ne voit plus de merveilles^ 
pâtisserie semblable à une étoile, à une 
roue plus ou moins compliquée,^ à une 
rose épanouie, d'où son antique appella- 
tion de beignet de roéè. Ce bonbon faisait 
les délices des écoliers le jour- des PrO" 
motions, comme le pain de Nismeii; soir- 
venir du Refuge, faisait celleiï de leurs 
grands-pères le jour de là foiré de 
'^lafftpàlàis. 

Bien avant ces temps, les oublies 
avaient disparu du commerce ambulant, 
où le marchand les annonçait par un cri 
que nous n'avons pu recouvrer, mais qui 



i 



■V i 



1k- 



— 196 — 

devait plus on moins ressembler à celui 
que l'on entend encore retentir à Fri- 
bonrg, dans les longues soirées d» 
l'hiver : 

Aâl Ouï&, Ouya '. 

Nous avons demandé à t'an de ces ou- 
bîiers l'interprétation de son appel ; il l'i- 
gnorait, ne sachant pas même que les min- 
ces gaufres qu'il débitait portassent le' 
nom d.'<mblies. 

Nous retrouverons quelques exemples- 
de Ae» eris aussi inconscients dans la 
bouche des marchands que celui des ba- 
teliers de ïa Saône qui, dans la manoeu- 
vre, différencient les deux rives en 
criant : EAit^r»! oti Rqjraume I désigna- 
tions qui nous reportent à des cir- 
conscriptions géographiques' effacées du 
Bol et de la mémoire populaire depuis- 
àm siècles» 

Monteil a lait de la vente des oublies 
an petit tableau qui nous reporte en 
1367, c'est le marchand qui parle : « Le 



— 197 — 

coilVre-feu a sonné ; il est sept bcares 
du soir, il gèle à pierre fendre ; le vent 
«t la neige blanchissent les maisons. 
Voilà le bon moment pour remplir notre 
coEfin d'oubliés, le chaîner -sur les épau- 
les, et aller crier dans tes mes : 



- Il fallait être dégourdi pour obtenir le 
brevet d'oublieur : « Que nul, dit l'or- 
donnance du neuf septembre 1397, ne 
paisse tenir ouvrouer ni estre ouvrier, 
s'il ne fait en ung jour au moki* ftinq 
cens grandes oublées, trois cens de sup- 
lîcations et deux cens d'estrées. » Uilie 
en tout ! 

Suivant l'anteur .que noos vouons de 
citer, le nom d'oublié vient de ce que 
cette pâtisserie est si légère qu'immé- 
diatement après l'avoir mangée, on l'ou- 
blie. L'inconvénient s'était déjà fait 
sentir au treizième siècle, car, parmi les 
cris de l'époque, on trouve : 

Cbaudee oubléea renfoTcieB I 



— 198 — 

On vend encore des oublies dans 1^ 
plupart des villes de France, on les qua- 
lifie de plaisir des dames. Les marchan- 
des les portent toujours dans le coffifiy 
grande boîte cylindrique en métal sur- 
montée d'une aiguille de hasard àTusage 
de ceux qui en veulent plus que pour 
leur argent, et dont le projet est souvent 
déçu. La marchandise est annoncée par 
une bruyante cliquette et par le cri : 

Au plaisir ! 
Au plaisir, Mesdames I 



On entend encore crier : 

Aux se races ! 

Mais l'appel : ' 

■ 

Aux cbantemerles, 
Aux cbantemerles à bon mardhé ! 

a disparu avec la chose. Les chantemerles 
étaient de petits fromages de brebis qui 
se fabriquaient à Chantemerle en Fauci- 
gny, et qui étaient déjà bien connus au 



quinzième siècle, car, en 1462, ils figu- 
rent dans une historiette que noas lais- 
serons raconter à Bonivard ; il s'agit 
d'Anne de Chypre, épouse de Louis, duc 
de Savoie. 

« Cependant viennent nouvelles à Phi- 
lippe Sans-terre, comme sa mère avoit 
desrobé le trésor de son père pour l'en- 
voyer en son pals : et pour mienlz à la 
couverte le faire, avoit achapté la charge 
de trois ou quatre mulletz de fromaiges 
tendres fort exquiz, que l'on appelle en 
Savoie fromaiges de Chantemerle, avoit 
creusé et osté tout le dedans, et au lieu 
de la mouelle avoit mis des placques 
d'or, des pierres précieuses de grande 
valleur, car d'or monnayé n'y avoit que 
lOOO escns comme se dict, lesquelles 
choses elle fist charger des mulletz que 
l'on ne voioit que les fromaiges, et les 
envoyoit en Cyppres, faignant y envoyer 
nng présent de fromaiges. » 

Enregistrons encore, parmi les cris 



— 200 — 
défunts depuis plus d'un demi-siècle : 

Marolles ! 
Au fromage de Marolles! 

Les tommes carrées dont nous parlions 
tout à l'heure étaient apportées du 
mont des Fossilles et des villages avoi- 
sinants par des femmes, faisant cet in- 
terminable trajet à pied, tricotant des 
bas en coton bleu tout le long du che- 
min. Arrivées à Genève, elles annonçaient 
leur présence par Tappel : 

Tommes, tommes ; 

Aux bonnes tommes 

De Bourgogne 1 

A peine les gamins apercevaient-ils 
une de ces balles plates, une de ces 
têtes coiffées d'un béguin en grossière 
toile blanche, qu'ils criaient à tue-téte, 
sans doute par allusion aux courses jour- 
nellement répétées par ces marchandes : 

Saute, saute ! 
Lève la piaute. 

Saute, saute, 
Bourguignôte t 



— 201 — 

Les glossateurs ne sont guère d'ac- 
cord sur la valeur du mot tomme, incon- 
nu à rAcadémie française. Les uns di- 
sent que c'est un fromage frais, d'autres 
un fromage maigre, un fromage de lait 
de chèvre, etc. La vérité est qu'il y a des 
tommes de tout âge, des maigres et des 
grasses, et que le lait de vache, de chè- 
vre et même de brebis servent à leur 
fabrication. Une tomme est un petit fro- 
mage présentant une certaine élasticité 
lorsqu'on le presse du doigt, ce qui don- 
nerait à penser que ce terme, employé 
des confins septentrionaux de la Suisse 
romande aux extrémités du Languedoc, 
dérive, par analogie, de tomentum qui,, 
dans les langues celtiques, désignait un 
matelas de laine. 

Le cri par lequel les poissonnières 
annoncent leur marchandise, qu'elles 
portent sur la tête, dans une corbeille : 



remonte probablement fort haut Tout le 
inonde, dans la Suisse française, connaît 
le Salmo Fera, la fera, mot qae l'illustre 
De Saussure et quelques antres, à son 
exemple, font masculin. On lui applique 
uissi les noms d'albule, lavaret, paUe^ 
plate, etc. Les pécheurs donnent aux pe- 
tites feras le nom de jai^ ou dMala, 
tradition de btsolle, très-employé an 
seizième siècle pour désigner ce poisson. 
On prend dans le lac, dit Bonivard, « prin- 
cîpallement truittes, ombles et poisson 
que l'on appelle bysolles, les plus déli- 
catz qui se truvent en eaue douce, do 
remenant du monde, s En 1588, Du Vil- 
lard écrit encore «: besole soit ferra. » 

Le nom de vive désigne l'alevin, le 
milcanion, c'est-à-dire cette réunion de 
diverses espèces de poissons encore 
très-petits qualifiés de bîanchaiîle.JjGf&it 
que la pfiche et la vente en sont défen- 
dues depuis longtemps, est une preuve de 



— 203 — 

l'ancienneté du cri répété d'une ma- 
nière complètement inconsciente par 
les poissonnières : 

Labibbôbell férfts I 

ou 

Lavivvôbeli feras ! 

Les gamins n'oublient jamais d'ajou- 
ter ironiquement : 

La pié beiré crévâ I 

en quoi ils ont raison, puisque le poisson 
pris au filet ne termine pas son exis- 
tence d'une autre manière. 

Pour en finir avec le mot vive qui 
s'est effacé de la langue populaire et qui 
n'est pas inscrit dans les dictionnaires, 
citons le paragraphe de la loi sur la 
pèche, du 27 octobre 1817, article qui 
règle toujours ou qui est censé régler la 
matière : 

<K II est défendu de pêcher et de ven- 
dre du fretin connu sous le nom de vive 
ou Milcanton. j> 

Notre terme était en usage dans la 



— 204 — 

capitale de la France en 1300, car, dans 
sea Grieries de Paris, Guillaume de Vil- 
leneuve a aoin de nous informer que : 
HeDuiae vive orrez crier. 

Aujourd'hui encore, les poissonnières 
de Fribourg annoncent tout le poisson 
avec le cri : 

La viTS 1 La vlva t 
ne différenciant que les bratraciens : gre- 
nouilles grandes et petites, par l'appel 
spécial : 

La fratcbe ! à la [ratcbe ! 

cri dont le mot n'est point français, mais 
dériVe de l'allemand Frosch qui, dans 
cette langue, désigne la grenouille. 



Certain^ Sénateurs genevois avaient 
te droit exclusif de vendre leur vin avant 
tout le monde, même avant les citoyens ; 
ils avaient des lieux de débit que l'on - 



— 205 — 

appelait des caves, et l'anuonce de leurs 
Tentes se faisait officiellement par le 
ministère d'huissiers parcourant les rues 
en récitant diverses rimes plus ou moins 
ampoulées, que nous ne voulons pas re- 
produire pour ne causer de chagrin h 
personne, et qai se terminaient invaria- 
blement par la ritournelle : 



refrain se retrouvant d'ailleurs dans tou? 
tes les ventes de vins étrangers faites 
par criées au Port, au Bas de la Cité et 
sur la place de Bel-Air. 

A Paris, dit Monteil, les -crieurs* de 
fin annonçaient dans les rues les diver- 
ses qualités et prix du vin, leur appel 
cessait à midi. Ils marchaient un linge 
blanc sur le bras, un broc dans une main, 
une tasse dans l'autre. Si le tavemier 
leur faisait mauvaise mine, ils deman- 
daient à l'un des buveurs combien il 
avait payé le vin, et, bon gré malgré le 



Is allaient sur sa porte crier 
prix énoncé par le buveur. Le 
efusait-il de laisser entrer les 
1 derniers restaient en dehors 
criant son vin au prix du via 

irs étaient d'ailleurs tenus de 
ince des morts, des enfants 
. chevaux échappés, de l'ar- 
, etc. 

u vin, se plaçait le commerce 
s propres à la consommation 
offerts à la crédulité publique 
iniforme : 



[s s'annoncent encore par un 
lits se présentent comme an 



lux beaux bigarreaux I 



— 207 — 

Aux poires! 
AUX beaux poires! 

Nous retrouverons poire au masculin, 
c'était le genre suivi en vieux, français 
et dans notre langage populaire ; le pa- 
tois en fait de même disant : on prre. 

N'oublions pas les baies du genévrier 
dont la récolte était chose assez impor- 
tante pour avoir fait donner le sobriquet 
de Pelca-deenâivro ou Pica-genèvra, aux 
villageois voisins des tattes où foison- 
nait l'arbuste au piquant feuillage^ qui 

* 

partage avec l'oranger le privilège d'of- 
frir à la fois fleurs et fruits mûrs. Ces 
graines, cuites et recuites dans le moût, 
constituaient une espèce de confiture 
considérée comme à peu près égale en 
vertus au mithridate ou à la thériaque de 
Venise. Les hommes qui la vendaient la 
portaient sur le dos, dans une bollhCf en 
criant : 

Conserve ! 
Conserve de genôvre! 
A la bonne conserve ! 



~ 208 — 

Ces marchaniis avaient gardé la vieille 
orthographe qu'on trouve dès le onzième 
siècle ; quant aux qualités de l'arbris- 
seau, écoutez Rupescissa , dans sa 
Vertu de la quinte essence, ouvrage pu- 
blié en 1549 : « La vertu et propriété du 
genèvre est très grande, et très mer- 
veilleuse ; et de telle efficace, que si tu 
fais du feu de bois de genèvre, et mets 
dedans les cendres du dit genèvre un 
bon charbon d'iceluy, et que tu le cou- 
vres dudit bois ainsi comme un tison 
ardant, tu y trouveras du feu en abon- 
dance après un an : qui est chose bien 
grande et miraculeuse ; la graine, le bois 
et tout ce qui procède d'iceluy genè- 
vre est de très grande vertu. La gomme 
dudit bois est celle que les escrivains 
mettent sus le parchemin quand ils veu- 
lent escrire. a 

En suite de la création des voies fer- 
rées, le marché de Genève a été surabon- 
damment fourni de productions hâtives 
qui s'aaionçaient par le cri : 



— 209 — 

Primeurs ! 
Primeurs du Midi! 

Mais l'absence de saveur et de parfum 
caractérisant les légumes et les fruits 
forcés, jetsi sur les nouveaux produits 
une défaveur assez prononcée pour mo- 
difier les appels des vendeurs qui annon- 
cent maintenant les productions méri- 
dionales sur des thèmes analogues & 
celui-ci : 

Al)ricot8, abricots du Pays ! 

C'est pas chauffé dans les barils, 

C'est du Pays! 

Vingt centimes la livre, sept sous le kilo! 

Ils sont beaux, ils sont gros ! 

Les marchands actuels joutent à qui 
fera le plus de bruit autour de son an- 
nonce : les uns s'aident (l'un cornet à 
bouquin, d'autres d'une clochette, il y 
en a qui crient comme des perdus ou qui 
mettent quatre à cinq notes sur la finale 
de leur appel comme dans cet exemple : 

Pomm terr nouvé é é é les ! 
Trois sous la li i i 1 vre I 

Tout cela, d'ailleurs, est essentielle- 

14 



— 210 — 

ment éphémère, le lendemain onbliuit 
très-facilement ce qui, la veille, était )e 
plus en vogue. 

L'expression figurée : Employer toutes 
lei h&^bes de la Saint-Jean, pour : user 
de tous les moyens dont on peut s'avi- 
ser pour faire réussir une affaire, est 
toiiijotii's usuelle, mais le commerce qui 
la fit naître est oublié depuis la fin du 
siècle dernier ; ce n'est que par un écho 
de la tradition que nous connaissons 
le cri: 

Herbes, herbes de la Samt-JeaD, 
Qui guérissent petits et grands '. 

Ces herbes, où le millepertnis tenait 
sa place, devaient être cueillies le jour 
de la fête du saint Précurseur, entre les 
premières lueurs de l'aurore et le lever 
du soleil ; le Consistoire tenta d'en pros- 
crire l'nsage, car on lit dans ses Begis- 
tres, sous la date du 23 juin 1613: 
€ Âvisié qa'il y a quelque superstition 
en ce que ou attribue aux herbes de la 



— 211 — 

saint Jean qui se cueillent et se Tendent 
en trouppe parmi la ville, et que les 
Ministres en leur prédications en instrui- 
sent le peuple. » 



La Tente des papiers-nouvelles au nu- 
méro, annoncée par un appel du vendeur, 
date, chez nous, de 1858. Elle commença 
dans la salle d'attente de la gare et ne 
tarda guère à se répandre dans les rues. 
Dès l'année suivante, Bovet criait les 
journaux français sur les quais et sur les 
ponts. Il était muni d'un porte-voix que 
la police lui fit poser. Pour mieux allé- 
cher les chalands, les crieurs se mirent 
& ajouter au titre de leur journal une 
appréciation de circonstance. C'était à 
qui trouverait la plus mordante^ L'abus 
devint si criant que l'autoiité dut 
intervenir : pendant la guerre de la 
France avec la Prussoi un arrêté de po- 
licé fut publié interdisant à l'avenir 



a 



— 212 — 

tout autre cri que le nom et le prix de 
la feuille. Cette petite barrière fut bien- 
tôt rompue. Dans la soirée du 22 mars 
1873, Teille du jour oii la nouvelle loi 
constitutionnelle réglant l'organisation 
du culte catholique fut votée, nous avons 
recueilli les appels suivants : 

DemaDdez a troisième édition du Fieuv 

Catholique, organe du Père Jacyntbet 

Les prêtres se marient l 

Plus de conresHion! 



L& Suitae radicale, jourual du si 



On entendait bien d'autres appels, 
mais nul n'était aasAi écouté que : 

Acbetes ce qui sort de sous presse: L# 
girrand.S*rpent, le Sefpent et la Lirnt, à rocca-"; 
éioD du rote de demain, vendu' dix < 



Cette dernière pièce n'était pas un 
jonmal, mais un pasquin contre le pou- 
voir épiâcopal, tiré de la quatre-vingt- 



— 213 — 

dix-huitième fable de La Fontaine. G^est 
aujourd'hui une pièce rare, comme le sont 
toutes les feuilles éphémères : le Conseil 
d'Etat y est personnifié par une lime, 
TEvêque de Genève par un reptile qui 
la ronge ; on lit au haut de bt feuille : 

VOTONS OUI, OUI, OUI. 

€t dans le bas : 

Cette lime lui dit, sans se mettre en colère 
Pauvre ignorant, ehl que prétends-tu faire? 
Tu te prends à plus dur que toi, 
Petit serpent à tête folle. 



Nous avons souvent ouï raconter la 
création des latrines publiques ambu- 
lantesy établissement dont la 4^réd fut 
tout éphémère. Deiu^ l^QQone^rportaieat 
une chaise percée avec un manteau pour 
couvrir les amateurs qui voulaient B^ew 
fiérvir. Leur cri d'appel était : 

Affaires! Affaires I 
•^ .; Chacun sait ce qu'il a t'a faire» 






OHME nous l'avons dit en commeu- 
t, les rues retentissaient autrefois de 
le annonces vocales, absolument tom- 
s en désuétude; l'ouvrage de Guil- 
ne de Villeneuve, qui nous reporte à 
in du treizième siècle, est le plus cu- 
iz que l'on puisse consulter àce sujet; 
: ou deux citations de cet opuscule 
vent être placées ici : 

Oiez con crie au polnl du jor : 
SeigDor, quar vous alei bainsaier. 
Et eetuver sans delaier : 
Li baing Bont cbaut, c'est sans meolir t 

iprès l'appel du baigneur, viennent 
X des poissonniers, des marchands de 
lille, de chair fraîche ou salée, des 
issiers, des vendeurs de fromf^es, 
légumes, de fruits, parmi lesquels on 
remtirque plusieurs qui sont très-peu 
berchés aujourd'hui, tels que le cy- 



'\J 



— 215 — 

norhodon, au péricarpe charnu, que cer- 
tains amateurs patients font toujours 
confire, et la prunelle, la beîosse de nos 
haies, dont on faisait encore, au dix-sep- 
tième siècle, et sous le nom d'ocoota, une 
conserve assez estimée : 

Or i a boutons d'aiglentier, 
Proneles de baie vendroie ! 

Les marchands de vin ne faisaient pas 
défaut : 

Si crie l'en en plusors leus : 
Le bon vin fort à trente deux, 
A seize, à douze, à six, à buit ! 

Le cri des marchands de chandelles 
prouve que la marque de Vétoile, si dis- 
putée par nos fabricants de bougies en 
stéarine, n'est pas chose tiouvelle : 

Gbandoile de coton \ Gbandoile, 
' Qui plus art cler que nule estoile ! 

Les mèches de coton étaient encore i 
l'état de nouveauté luxueuse, car voici 
un autre industriel qui crie : 

Jonc paré por mètre en lampes ! 






— 216 — 

L'appel des acheteurs et revendeurs 
de vieilles bardes : 

Vieux habits I Vieux souliers ! 

est déjà représenté dans l'ouvrage qui 
nous occupe, par : 

Viez housiaux I Solers viez ! 

Les demandes des quêteurs de tous 
les ordres religieux figurent dans cette 
nomenclature ; les religieuses quêtaient 
à haute voix comme les hommes : 

Les Filles-Dieu sevent bien dire : 
Du pain, pour Jhesu nostre Sire I 
Ça ! du pain por Dieu aus Sactiesses I 

Enfin, par dessus tout ce brouhaha 
dont noua ne donnons qu'une faible idée : 

Quant mort i a borne ne famé, 
Crier orrez : Proiez por 8*âme ! 
A la sonete par ces rues. 

Notre poète n'était pas mieux avec 
Plutus que la plupart de èes confrères, 
car il termine sa description par ces pa- 
roles exprimant plus de résignation que 
de gaîté : 






— 217 — 

Si ne sai mes que devenir, 
Ne quel chemin puisse tenir. 
Fortune m'a mis en sa roe, 
Chacun me gabe et fet la moe, 
Si ferai, puis que suis en queche^ 
Du meillor fust que j'aurai flèche. 




m 



è/HEz nous comme en France, le Cri 
public, la Clameur officielle, est une tra- 
dition gauloise. Les Commentaires de 
César nous apprennent que lorsque la 
Gaule entière se leva contre le général 
romain, le signal, parti de Genabum 
(Orléans), répété par des cris à travers 
champs et villages, parvint le soir même 
chez les Arvemes (Auvergnats), à cent 
cinquante milles de distance. 

Le droit d-u Moyen-âge avait régle- 
menté tout ce qui rapporte un cri offi- 
ciel ; rien de plus commun, dans les 



— 218 — 

:ienne8 coûtâmes, que cette pres- 
;)tion : 

[ Tous et toutes doivent aller au cry 
imunément, quand C17 de feu ou de 
urtre oyent, et aider au besoin. » 
je droit de clameur appartenait à tout 
nonde, mais son abus était prévu et 
rimé par la loi : a Ne doit nul lever 
ry sans cause, car se il le fait, il le 
t amender à justice. » 
[ Dans nos provinces méridionales, 
Micbelet, le molbiafora désignait le 
par lequel le plaignant, le juge ou le 
loin du crime, appelait la commune. 
Catalogne, quand ce cri est fait sur 
terres du roi, on sonne les clodies ; 
les terres des barons, on sonne le 
. En Normandie et dans le nord de la 
nce , le cri s'appelait cUvnewr de 
0. B 

/C mot haro, de même que ses congé- 
es : hàha, hakai, haie, que l'on ren- 
tre avec le même sens, ne nous re- 
teat plus à l'époque gauloise, mais 



— 219 — 

bien à celle où les Francs et les Bur- 
gondes envahirent nos contrées. Il n'est 
pas impossible que le terrible hurrah ! 
des Cosaques, que les nations occiden- 
tales ne connurent que trop dans les guer- 
res de 1812 à 1815, n'ait une origine 
commune avec les termes précédents. 

Durant tout le cours des siècles du 
Moyen-âge, la clameur qui exprimait le 
plus énergiquement la jubilation publi- 
que était : 

Noël ! Noël t 

Genève la prononça mille fois à la 
joyeuse entrée de ses Princes-Evêques^ 
des Empereurs, des Comtes, des Ducs et 
des Rois. Le seizième siècle vit son 
extinction. De toutes les formes qui 
lui succédèrent, la meilleure est celle 
d'aujourd'hui : 

Viye Genève! 
Vive U Suisse 1 



1 



— 220 — 

Notre histoire politique fournirait bien 
des cris à qui voudrait tous les enregis- 
trer. Que de fois les rues ont retenti de 

la clameur : 

A l'arme t  l'aide ! A l'arme ! 

et de celle, non moins sinistre : 

Au Rhône! 
Au Rhôae le traître ! 

En 1532, après son entrevue avec le 
Qonseil épiscopal, Farel fut salué par la 
huée : 

Au Rhosne I 
Au Rhosne, qu'on le face mourir ! 

Tue ! Tue ce Luther : 

Tue ! Tue ceste caigne (ce chien) I 

Tapa ! Tapa î 

Fromment nous a conservé la clameur 
qui se joignait au tocsin lors de l'émeute 
suscitée par les Hérétiques, le jour du 

Grand vendredi 1533 : 

■• ■■ f . ■ . • 
. '. ' .••■•"' 

Au feu, au feu I 

Hallassaud, hallassaud ! 

Allarme, allarme I 

Aux Luthériens, aux Luthériens I 

Au Mollar, au Moullar ! 

A ces caignes qui veuUent destruire nostre 

sainte mère Eglise ! 



— 221 — 

Lors de la bataille de Cologny, le 2^ 
janvier 1536, les Savoyards assailliren 
les troupes de Genève en criant : 

Aux cagnes, aux cagaeal 

Aux mescbans Lutbériens qui mangent la chai 

te vendredi ! 

A en croire Bonivard, ce fut en 1511 

qae, pour la première fois, on entend! 

dans nos mes la clamear: 

Vivent les Eîguenotz ! 
Ce cri était alors sans coulenr reli 
giense, ceux qui le prononçaient « von 
lans dire les Eydgnoss, qui signifie ei 
allemant les ligués ou alliez, duquel non 
s'appellent les Suisses en général 
car eyd signifie serment, et genoss, par 
ticipant. Pourquoy ces deulx mot 
joinctz, asçavoir eydgnoss, signifient le 
ligués et asserem'entéz. n 
'■ Dans les années qui suivirent immé 
diatement la Réforme, les vieux Gène 
vois crièrent bien souvent en vain : 

Justice '. Justice ! Justice I 
■- Ybyaut le nombre des Réfugiés gran 



— 224 — 

de répoque, ces scènes nocturaes n'é- 
taient pas aussi rares qu'on pourrait bien 
le croire, témoin cette dénonciation da- 
tée du 8 mai 1618 : 

(k A esté fait rapport que depuis di- 
manche dernier, par quatre nuits subsé- 
quentes, parmi les rues de la ville, des 
insolences ont esté commises par des 
ribleurs qui ont sonné les cloches de M® 
Jehan procureur au Bourg de Four ; et 
vuydé la fontaine, tellement que s'il 
y eut eu quelque feu en ce quartier 
là on ne l'eut pu secourir oultre; ce qui 
est le pis qu'on a usé de paroles, jure- 
ments et blasphèmes contre Dieu et 
contre les hommes, qu'on cria : Au feu! 
et Armes, Armes! qu'on cria des heur- 
lements, hinnissements et autres cris de 
bestes, et jettèrent des pierres contre les 
fenestres de Honn. Pierre Dogney, lui 
présentèrent leurs espées à sa fenestre, 
tirèrent des estocades à la patrouille 
qui fut contrainte de se retirer, que on 
dansa sur le pont du Rosne, et y con- 
traignoient les passants ; qu'il y a dan- 
ger que en tel cas on ne tiendroit compte 
de se rendre à son debvoir en cas de 
vraie alarme ; mesme attachèrent avec 
des cordes Isaac Dufresne marié et le 
menèrent hors de sa maison, etc. » 



— 225 — 

Ces fausses clameurs se rencontrent 
déjà au seizième siècle : a Le premier 
de febvrier 1528, dit Balard, entre jour 
et nuict, ung homme du mont de Pers, 
en Fausegny, faygnant estre yvre estoit 
hors la porte S. Anthoyne pour s'en aller 
et cryoit : 

Fura, furu, terra sens segnau I 
Justice I Miséricorde ! 

et plusieurs aultres cris donnant suspe- 
çon de trayson, en sorte que toute 1& 
cité se mist en armes jusques à ce que 
ledict homme fust prys, mis en prison et* 
examiné par les Sindiques. d Douze jours 
d'incarcération préventive , suivis diL 
bannissement de la ville et des franchi- 
ses, durent faire réfléchir ce persan 
aux suites de son impudence, car son: 
cri signifie : Arrière, arrière, pays sana^ 
tête, sana gouvernement ! 

Le récit de toutes les émeutes, de 
toutes les prises d'armes qui composent 
une assez notable partie de l'histoire de^ 
notre pays, est émaillé de mille huées. 

16 



— 226 — 

de circonstance ; on en trouve de bien 
des couleurs. A cet égard, notre époque 
n'est guère plus paisible que les précé- 
dentes. Les troubles politico-religieux 
d'à présent ont fait naître plus d'une 
parodie du Ça ira, et le quatre juin 
1875, les degrés de Notre-Dame ont re- 
tenti de la vocifération : 

A bas les Jésuites ! 
A Teau I A Teau ! 




La huée campagnarde : 

Torft ! torâ ! guigne Guingôra ! 

se traduit par: a Gare! gare! tu vas 
ressembler à Gringore » et s'adresse 
aux maraudeurs, à ceux qui sont les 
derniers à rompre leurs vignes ou à exé- 
cuter leurs autres travaux agricoles ; 
elle aurait pu être placée à la page 
149 où nous avons parlé de Gringore et 
de MaïoU, Au sujet de ce dernier nom, 
il n'est pas hors de propos de rappeler 
que les pécheurs disent : ce II y a eu 
Ma'iole j^ quand le trait de filet ne rap- 
porte rien. 



— 227 — 

Pour être complet, il nous faudrait 
Tappeler toutes les publications déri- 
soires faites dans la première moitié du 
seizième siècle a au son du tabourin 
d'Allemaigne, y> mentionner ces innom- 
l)rables pasquins que Ton trouvait pla- 
qués partout, sur les murs, sur les pilons 
ou piliers d'affichage des places publi- 
ques, jusque sur la tribune des nouveaux 
prédicants, comme fut le suivant, trouvé 
contre la chaire de Saint-Pierre le 27 
juin 1547, et que nous reproduisons 
d'après Galiffe comme échantillon du 
dialecte local de l'époque, et comme 
témoin de la répulsion des premiers 
Genevois protestants contre leurs pré- 
tendus directeurs spirituels. La pièce 
était à l'adresse du ministre Abel Pou- 
pin, cordelier apostat , pittoresquement 
surnommé Groin-de-porc : 

a Gro panfar, te et to compagnon ga- 
gneria miot de vo queysi. Se vo no 
fatte enfuma, i n'y a personna que vo 
garde qu'on ne vo mette en tas. L'ua 
que pey, vo mauderi l'oura que jamet 



— 228 — 

TO salistes de votra moinnery. Et mezuit 
prou blama qu'in Diablo et tôt su fouté 
prêtres renia no vegnon ici mettre en 
ruyna. Après qu'on a prou endura on se 
reyenge. Garda vo qu'i ne vo en pregne 
conune i fit à Mosieur Verle de Fribor. 
No ne voUin pas tant avey de mètre. 
Nota bin mon dire. » 

Ces affiches satiriques continuèrent 
tant que dura la puissance politique du 
système calviniste. Il faut connaître 
toute la répulsion des Ministres et d'une 
grande partie de la nation genevoise 
contre les représentations théâtrales^ 
pour comprendre la gravité du sarcasme 
et l'immense scandale causé par l'affi- 
che manuscrite suivante, que l'on trouva 
apposée, le premier février 1776, aux 
portes de Saint-Pierre, de Saint-Germain 
et du Consistoire : 

« Par permission de la Vénérable 
Compagnie, le Sieur Papillon et sa com- 
pi^ie donneront le Barbier de Séville. 
On continue à souscrire pour deux louis, 
Maison Thuilier. » 

Les anciens Genevois n'en faisaient 



— 229 — 

pas moins vis-à-vis du poi 
siastiqne de leur temps, tém 
men&ce indirecte de la Réfoi 
en Allemagne depuis tantôt 
qne l'on trouva contre la p 
lais épiscopal, le onze févrie 

c Si iniquitates observave: 
per alljam vyam procedem 
sancte et respice finem. » 



Les notes du Crieur publi 
trompette : 

De la part de nos HagDir 
Et Trës-HonoréB SeigDeu 
Dfl la part de nos HagnU 
Et Très-Honorês Syndicq 

ne sont pas perdaes ; mais, 
vient des huissiers conver 
manteaux noirs et violets, pr 
taines notabilités en cri&n 
eSroi des passants : étranger 
natifs, bourgeois, citoyens et 
qui avaient b&te de se réfug 
allées : 



— 230 — 
Place! Place 1 à Monseigneur de Berne. 

Place ! Place 1 à Monseigneur le Résident. 

Avant la Réforme, les édits étaient 
promulgués par leur publication dans les- 
rues, qu'annonçait la trompette sonnant 
aux quatre points cardinaux. Bonivard 
fait observer que ces promulgations se } 

faisaient : a: De la part de Monsieur 
l'Evesque et Prince de Genefve, de son 
Vidompne et des Sindiques et Preud'hom- 
mes de la ville. f> 

Ces publications officielles étaient 
parfois d'un laconisme et d'une énergie 
de style qui auraient à nos oreilles tou- 
tes les apparences de la brutalité ; en 
voici un exemple datant de 1529, c'est 
une défense d'injurier les ambassadeurs 
de Savoie ou les personnes de leur 
suite : 

« L'on vous feict assavoer de laz part 
de nostre très-redoucté seigneur et prin- 
ce Monseigneur de Genefve et des preu- 
d'homes de la ville, que nulli ne soit sy 
ausé, ny hardy, de fer despleysilz quel- 



— 231 - 

conquez à Messeigneurs les embeasa- 
deurs de Savoye, ny à leurs serviteurs 
estans à présent en ceste présente Cité. 
Et sce, sus la poynne d'estre pendu et 
estranglé sans grâce avoir. » 

Durant plus de cinq siècles, les comtes 
de Genève, pois les ducs de Savoie leurs 
successeurs, furent tenus de venir pren- 
dre au Bourg-de-Four les criminels con- 
damnés à mort, de les conduire à Cham- 
pel, où se trouvaient les patibules, et de 
les faire exécuter. On peut voir, dans 
les Histoires de Genève, comment cette 
coutume prit fin le sept juillet 1528. 
Laissons à Bonivard le soin de nous ra- 
conter la cérémonie et les cris qni s'y 
prononçaient : 

a Quant les Syndiques havoient jugé 
un criminel à peine corporelle, ils di- 
soient au Vidomne : Et à vous Yidomne 
commandons faire mectre ceste nostre sen- 
tence en exécution. Et lors le Vidomne 
le faisoit prendre par ses sergens, et 
le menoii jusques au lieu où havoit esté 
le chastel, qui pource encores est appelle 
la porte du Chastel ; et là faisoit crier 
par trois fois : T a-il icy personne pour 



— 232 — 

Monsieur de Savoye^ Seigneur de Ghastel 
GaiUardt ? Alors à la troisiesme, le 
Ghastellain de GaiUardt accompaigné de 
ses sergens et le borreau, estant à che- 
val s'avançoity et disoit : Ouy^ je y suis 
moy ; et lors le Vidomne luy disoit : 
Messieurs les Syndiques hont condamné 
ce N, à telle paine, si vous commande 
mectre leur sentence en exécution, et le 
luy livroit, et le Ghastellain le livroit 
au borreau. y> 



L'annonce des heures nocturnes par 
le guet, fut instituée chez nous en 1526. 
Cet usage existait depuis des siècles 
dans les contrées germaniques, oii les 
guets faisaient retentir, dans le silence 
de la nuit, de belles hymnes allemandes 
à chaque heure écoulée. Il n'est pas 
effacé partout ; naguère, nous avons en- 
tendu, à Neuchfttel, les veilleurs de nuit 
chanter : 

Guet I bon guet I 
II a frappé douze heures ; 

Guet ! bon guet I 
Donnez dans vos demeures. 

A Lausanne, l'homme de garde se 



-'^^*-'— - •-^'"-'-■-— ^'■*^-^-i rW ■!■<■ **»'-^*- ■ 






— 233 — 

tient, on se tenait an sommet de la 
tour de la cathédrale, criant quatre fois 
sur cliacane des faces du clocher : 

Guette I la guette I 
Il a frappé douze ! 

Ces cris sont ceux de minuit ^; naturel- 
lement, les nombres différencient les heu- 
res séparant la nuit bien prononcée 
des premiers rayons de Taurore. Dans 
la Suisse romande on dit plutôt la guette 
que le guet; c'est un reste de l'ancienne 
orthographe, témoin le Livre des Rais : 
« La Ouaite ki esteit al sumet de la porte 
vit venir Achimas.... la Chmité Yit un al- 
tre venir.... dist la Gruaite : Mei est vis 
que li primiers de ces ki en vient est 
Âchimas le fiz Sadoch. i» Et, dans le 
JRoman du Benart : 

Sor chascuoe tor une gaite 
À mise por escbargaitier. 



Quant ce vint à la matinée 
La gaite corne l'ajournée, 
Qui estait en la tor en haut. 
Tuit 8*esvelient, et cascuns saut 
De son lit moult délivrement 



— 234 — 

Ces passages prouvent qae le guet re- 
monte bien haut. On tient que les Ro- 
mains en introduisirent l'organisation 
dans les Gaules -, celui de Paris est 
mentionné en 575, sous le règne de Clo- 
thâire IL Les capitulaires de Charlemagne 
en parlent également. Le guettage était 
devenu une servitude féodale dont l'usine 
fut régularisé par Louis XI, en 1479. 
Au dix-huitième siècle, le guet, considéré 
comme garde urbaine, fut remplacé par 
d^autres institutions ; l'office de chevalier 
ou conummdant du guet fut dé&nitive- 
ment supprimé en France le 3t mars 
1733. 

Suivant les glossateurs, notre appel 
d'alarme lorsque an incendie éclate : 

A l'eau! A l'eau! 
serait propre à Genève, tandis qu'ailleurs 
on crierait uniformément : 

Au feu 1 Aa feu I 
Ce jugement est ez^éré. Tout en ad- 



— 235 — 

mettant que chez nous on crie ou que l'on 
criait plus volontiers à Veau qu'at* /ew, 
il faut admettre que les deux locutions 
sont plus ou moins mélangées ; il en était 
déjà de même au seizième siècle. Ecou* 
tez Henry Estienne, dans son Traicté de 
la conformité du language François avec 
le Grec, publié en 1565 : 

a Bien n'est plus contraire que le feu 
et l'eau, toutesfois quand une maison 
brusle, l'un crie Au feu !, et l'autre crie 
A Veau !j et ce-pendant toux deux ont 
une mesme intention. if> 

Ce savant, qui connaissait si bien 
Genève, répète son argumentation dans 
ses Deux dialogues^ ouvrage qui vit le 
jour en 1578, et dans lequel il rapproche 
de ces expressions opposées signifiant la 
même chose, la conclusion législative : ' 
Sur peine delà vie et Sur peine de la 
mort Ajoutons qu'aujourd'hui, remettre 
un établissement pour cause de santé ou 
pour cause de maladie, sont, chez nous, 
des expressions absolument synonymes. 



LoTsqae les citadins exécntent quelque 
chose hors des lienres consacrées à leur 
travail ordinaire, ils disent ravoir faite 
à temps perdu ; chez les paysans, c'est 
à temps gagné. Les uns et les autres ont 
raison, il ne s'f^it que de s'entendre. H 
en est de même de la tombée du jour et 
de la tombée de la nuit. « Vous me de- 
mandez trop cher pour ce petit tableau, 
disait an bourgeois, car vous l'avez fait 
à temps perdu. Si vous ne m'en donnez 
que cela, répondit l'artiste, je l'aarai vé- 
ritablement fait à temps perdu, car mes 
heures ne seront pas payées, s 

Ces diverses manières de s'exprimer 
peuvent compter au nombre des singu- 
larités de la langue française qui font 
ç|u'en disant d'un homme : E fait parler 
de lui, c'est un éloge, tandis que : Elle 
fait parler d^elle, est un blâme pour une 
femme. 

Encore un mot. Il paraît que dans la 
rieille Genève le cri : Au feu! Au feu ! 
Stait un signal d'alarme dans les émeutes 



— 237 — 

populaires ; écoutez Jeanne de Jnssie 
racontant une scène qui eut lieu en 
1533, à l'issue d'un sermon prononcé 
par le B. P. dominicain Guy Furbity : 

« Un meschant jeune garçon, la pré- 
dication achevée, se dressa et commença 
à crier, Messieurs, Messieurs, escoutez 
ce que je vous veux dire. Quand le peu- 
ple eut preste silence, il dit à haute voix. 
Messieurs, je donne ma vie, et me met- 
tray au feu pour maintenir que tout ce 
que cet homme a dict n'est que menterie, 
et paroles de l'Antéchrist. Tout aussi 
tost qu'il eut dit cela, le peuple com- 
mença à crier, ^u feu! Au fei/t! et le 
voulurent prendre : mais il print la foitte* 
et ne le peurent attraper. » 



Naguère le sifflet et les sifflement» 
étaiflflt propres aux serpents, aux vo- 
leurs, aux gamins et à la claque. Depuis 
l^pplication de la vapeur à la locomo- 
tion, le sifflet se fait entendre partout : 
chemins de fer et bateaux & vapeur en 
font un usage continue). Il se mêle avec 
le cri OH ^ et avec la manœuvre des 



— 238 — 

pompiers. Le sifflet à beaglement, intro- 
duit en 1874, annonce quatre fois le 
jour, à la ville entière, l'entrée et la 
sortie des ouvriers d'une importante fa- 
brique d'horlogerie. Enfin, l'usage da 
strident signal se généralise si bien que 
les expressions : couper le sifflet à quel- 
■ qu'un pour : l'interrompre, et la eamarde 
lui a coupé le sifflet pour : il est mort, 
semblent être nées d'hier. 



IV 

^BiEN que tes monuments correspon- 
dant aux époques les plus aacienaes de 
l'histoire des Gaules ne soient pas ra- 
res dans nos contrées, nous n'avons ja- 
mais rencontré le cri : 

A iui, l'an neuf! 

annonçant au peuple et que l'année 
commençait, et que les Druides allaient 



— 239 — 

distribuer le gui qu'ils avaient recueil 
avec des serpes d'or sur les chênes si 
crés. Le gui lui-même a perdu i 
réputation de panacée universelle i 
n'est guère considéré que comme ni 
plante parasite plus nuisible qu'util 
Cependant , dans bien des lieux, '. 
présence de Vavillon (nom patois d 
gui) est encore regardée comme l'indii 
d'un trésor enfoui au pied du roi d< 
forêts, et le glossaire genevois présenl 
le mot aguenettes, avec le sens d'argei 
comptant, sonnant, destiné à se réjouii 
ce terme nous rappelle qu'en Normar 
die, aguinètes se dit pour étrennes i 
qu'au dernier jour de l'an, les pauvri 
y demandent l'aumône en criant hogu 
nanno ; nous avons donc quelque raisc 
de croire que, soit la vieille idée du pa^ 
sur le gui du chêne, soit notre antiqi 
terme local, ne sont pas sans rappo 
avec VAghiltmnew des anciens Gauloi 
Les amateurs de la tradition non inte 
rompue pourront y joindre l'insidieui 



— 240.— 

untilène des baades de parasites qai, 
oalgrë la police, asiiiëgent nos portes 
eB deus ou trois premiers jours de jan- 
rier : « La bonne année s'il tous platt.» 
Bien ne prouve mieax l'ignorance oa 
e peu de bonne foi des Protestants du 
leizième siècle, que l'assertion de d'An- 
}igné, af&rmant dans sa Confession de 
^ncy, que les prêtres catholiques ont 
nventé « la Guillan-neuf pour la mettre 
in la place des Saturnales, » puisque 
'antiquité de cette cérémonie est attes- 
;ée par des auteurs comme Pline l'Aa- 
:ien, dont le témoignage nous fait re- 
nonter à l'aurore du Christianisme, si ce 
l'est plus haut 



La coutume de faire des distributions 
le vivres aux pauvres, des donnes (pron. 
lon-nes), soit au retour des noces, comme 
lous l'avons dit dans un article précé* 
lent, soit i l'occasion des baptêmes et 
toefanérailles, & ce dernier jour surtoat^ 



— 241 — 

persiste dans nos communes rurales ; il 
n'y a pas trente ans qu'elle était en vi- 
gueur à Carouge. 

Malgré les défenses réitérées du Con- 
sistoire et du Sénat protestants, cet usage 
persista longtemps dans la ville de Ge- 
nève. On voit par le testament de Jean 
du Nant, passé le sept juin 1410, qu'il 
institue, pour le jour de son enterrement, 
une donne générale où chaque pauvre 
recevra un denier (14 cent, environ), 
donne qui sera proclamée par le crieur 
de la ville; malheureusement, l'acte ne 
nous dit pas en quels termes devait se 
faire la généreuse annonce. Un autre 
testament, qui nous fait descendre ' en 
1562, fixe une somme de vingt florins 
(67 fr. environ) pour la pitance des pau- 
vres qui seront présents à l'inhumation 
du défunt. 



Le fait de convoler à de secondes no- 
ces était, chez les Payons, Toccasion 

16 . 



— 242 — 

à'an- vacarme effroyable ayant pour 
but d'empêcher les mânes du défunt de 
venir troubler les nouveaux conjoints. 
La cause a disparu, mais le charivari 
est resté; on l'accomp^ue d'nu chant 
aussi discordant que le reste du con- 
cert. Les paroles, plus ou moins varia- 
bles suivant les cas et les noms, s'ali- 
gnent suivant ce thème : 



C'est toi, vieille c 

Qui TisDS de te marier, 

SaoB en avertir les femmes, 

Les eafaDts du quartier. 

Nous sommes de bons enfanta, 

Vivant sans souci : 

Nous voulons la bouteille. 

Ou bien 

Cbarivari I 

Pour qui ? 
Pour la mère Denja 1 

Certains mariages mal assortis font 
naître des rimettes qui durent des mois, 
parfois des années, comme la suivante 
qui, malgré ses quarante ans de date, 
est encore toute fraîche dans la mémoire 
4'une foule de personnes : 



— 243 — 

Quand papa Gargat mourra. 
J'aurai sa vieille culotte, 
J'aurai sa veste et aa casquette, 
Oui j'aurai sa cbauaaure complète. 
Quand papa Gargat mourra. 
J'aurai sa culotte de drap. 
J'aurai sa veste et sa casquette. 
Oui j'aurai sa chaussure compldle. 



Lorsque les toasts succèdent au festin, 
on réclame un nouvel applaudissement 
pour l'orateur en criant : 

Eucore un avoubeh I 

L'antiquité de cette exclamation ba- 
chique lui mérite une place ici : c'est un 
souvenir des Massaliètes qui, il y a tan- 
tôt vingt-quatre siècles, introduisirent 
dans nos contrées le culte de Bacchus 
dont les fêtes retentissaient du cri mille 
fois répété ; Bvohé Bacche, io evohé I 

À la même étymologie se relient nos 
mots : évouhater ou évouhéter, aller aux 
évoukettes : grappiller après la vendange : 
évouhettetir : grapilleur. Il faut peut-être 
7 joindre Vavoi ou away : en avant!, si 



— 244 — 

connu dans la langue du moyen-âge, et 
le terme mystérieux terminant certaines 
laisses de la Chanson de Boland : 

Angles del ciel i descendent à lui. AOI. 

Nous avons donc à faire avec une cla-^ 
meur remontant à l'époque où le culte 
des dieux immortels régnait sans partage 
à Genève. L'ignorance de son auguste 
origine a fait considérer Vavouheh comme 
une expression grossière et commune. 
La génération actuelle Ta remplacé par 
le ban, le ban redoublé, le ban de chas^ 
seur, et d'autres encore. 

Dans les lieux forts et secrets, oii ré- 
gnent la paix, la concorde et l'amour 
fraternel, la batterie, la double et la triple 
batterie, tiennent lieu et place du ban. 

Gomme signe d'improbation, le sifflet 
remonte au moins à l'antiquité grecque ; 
le grognement est une exportation d'Où- 
tre-Manche qui aurait bien pu rester 
dans son pays d'origine. 



%fBÈB des plots ou troncs, placés aiu 
ïwrtes des temples protestants, un indi- 
Tidu criait à tue-tête, lors de la sortie 
'du prêche : 

Au nom de Dieu t donoez aux pauvres t 
DoQDez aux pauvres du Seigneur I 

Un jour, le tronc du temple de Saint 
Servais fut dévalisé, le crieur, nommt 
Du Seigneur, fut soupçonné et convainci: 
du vol, qu'il s'efforça de justifier en ar 
guant que cet argent lui appartenait, lui 
ayant été donné personnellement ei 
suite de sa demande cent fois réitérée : 

Au nom de Dieu I donnez au pauvre. 
Donnez au pauvre Du Seigneur! 

Far un rafâaement de cruauté qu< 
BOUS ne saurions trop expliquer, mai: 
dont nous avons vu la preuve, on choî 
sissait le . plu» souvent, pour remplïi 
l'offîce decrieurs aux troncs, des malheu 



— 246 — 

reux ayant autrefois occupé une certaine 
position dans le monde, et qui, par in- 
conduite ou autrement, avaient chuté 
dans la misère. 

Vers 1834, l'un d'eux se vengea, 
transformant la formule en blasphème 
par la radiation du premier au. De là 
scandale, puis enfin suppression d'une 
coutume si contraire à la parole de 
Jésus : a Lorsque vous faites l'aumône,, 
que votre main gauche ne sache pas ce 
que fait votre droite, d 



Croirait-on que, pendant plus d'un 
demi-siècle, la ville de Genève fut en 
proie à une véritable épidémie de bâil- 
lement, par suite de rimes dont voici un 
échantillon : 

EUe a bien tant fait le tour du monde, 

La Bête du Givaudan ! 
Elle a bien tant mangé de monde {bis), 
La Bote du Givaudan I 
Qu'elle en a eu bien mal au ventre. 
Pendant plus de six mille ans ; 
Elle a bien tant mangé de monde {bis} 



Qu'elle a fini par en crever 
En faisant le tour du monde, 
La Bëtel 
La Bête du Givaudan I 

Aux premières lueurs de l'aui 
qu'un cabinet était ouvert, o: 
doit chanter à pleine voix, sui 
lent, moDotoDe et pleurard : 



Un atelier voisin ne tardait 
répondre : 

Elle a bien tant fait le tour du m 
Elle a bien tant mangé de monde 
La B6te du Givaudan 1 

Les rimes couraient ainsi 
faites des maisons, faisant le 
quartier de Saint-Gervais, grai 
se développant, s'enrichissant t 
variantes , toujours accompag 
l'inévitable : 



Elles traversaient (nous par 



— 248 — 

rimes), elles traversaient les ponts de 
risle, et couraient les Rues-Basses de 
la même manière. Bien de plus curieux 
que l'effet narcotique de ces lignes ma- 
lencontreuses : UQ individu bâillait, et 
comme « un bon bâilleur en fait bâiller 
deux B, que le bâillement est essentiel- 
lement contagieux par imitation, par le 
seul fait du regard, le courant de la 
hatîlaison se transmettait de voisin en 
in avec la rapidité de l'tîtincelle élee- 
ique, de telle manière que l'on vit pln- 
ieurs fois, les jours de marché, toute la 
population, citadins et paysans, en proie 
à un irrésistible baîUement, écarter leurs 
mandibules, étalant à tous les yeux leurs 
râteliers plus ou moins dégarnis, sous 
l'influence de quelque malicieux, enton- 
nant d'une voix traînante et nasillarde : 



m le crépuscule, niJa nuit sombre, 
ne venaient pas toujours clore la scie 
dont la « Bête du Givaudan » était le 



— 249 — 

sujet. Un farceur très-connu, armé de 
80& violon, allait souvent, les dix heures 
bien sonnées, se camper dans quelque 
recoin de laCourdeSaint-Pierre, raclant 
de la manière la plus lamentable : 



Traduit pour ce fait devant Y Auditeur, 
sorte de juge de paix de l'époque, le dé- 
linquant s'en tira par le raisonnement 
spécieux que ce quartier, habité par des 
gens riches, libres de leurs jours, l'é- 
taient aussi de leurs nuits, si nécessai- 
res au repos des travailleurs ; il conclut 
en modulant d'une voix dolente au 
magistrat : 



Mais, quel était le point de départ de 
la déplorable rime que nous venons de 
rappeler à la mémoire ; qu'était cette 
fameuse « Bête du Givaudan ? » 

Transportons-nous, pour répondre à 
cette question, dans la province môme 



Ivaudan ; empruntons à M. G. De 
a quelques lignes du procès-verbal 
:tats de la province, rassemblés à 
3, le 26 mars 1765 : 

[. De Jerphanion, syndic dn Velay, 
issaire principal, dit qu'il n'est 
membre de l'assemblée qui ne 
ivement touché des malheurs cau- 
,r la bête féroce qui ravage depuis 
)D huit mois le Gévaudan ; que 
cruelle bête, sur l'espèce de la- 

l'on est encore incertain, les uns 
t prise pour une hyène, les autres 
m loup, avec lequel il semble en 
[u'elle a le plus de rapport, d'au- 
afîn pour un monstre, a déjà fait 
dans le pays vingt-six personnes, 

a blessé un plus grand nombre, 
îndamment des désastres arrivés 
vergne et en Bouergue ; — qu'on 
donné bien des soins pour la dé- 
, et qu'on a fait exécuter des chas- 
resque continuelles, à plusieurs 
elles ledit sieur syndic a assisté, 
it certaines ont été très-nombreu- 
:3 habitants de plus de cent pa- 
s du Gévaudan, de l'Auvergne ou 
uergue, ayant été mises en mouve- 
, que les premières chasses ont 



— 251 — 

été faites par des tireurs du pa^s qui 
ont été envoyés par monseigneur l'évê- 
que de Mende et MM. les commissaires 
du diocèse, sous la direction dudit sieur 
syndic ; qu'à l'une de ces chasses l'on a 
fait changer d'établissement à la béte ; 
qu'elle a quHté les cantons de Langogne 
et du Vivarais par où elle avait com- 
mencé ses ravages, et qu'elle s'est por- 
tée du côté de Saint-Chély où elle est 
actuellement, parcourant une trentaine 
des paroisses du voisinage ; qu'ensuite 
M. Duhamel, capitaine dans le régiment 
des volontaires de Glermont, s'est rendu 
à Saint-Chély par ordre de M. le com- 
mandant de la province, avec un déta- 
chement de cinquante-six dragons de ce 
régiment ; qu'il n'a cessé de jour et de 
nuit des courses continuelles ; qu'il a 
rencontré plusieurs fois la béte ; que lui 
ou ses dragons l'ont tirée dans quelques 
occasions ; qu'elle l'a été aussi dans 
d'autres par les habitants du pays, mais 
qu'on ne s'est point aperçu qu'elle ait 
reçu aucune blessure, si ce n'est à une 
des chasses générales exécutées le 7 fé- 
vrier, où elle fut tirée par un paysan, 
et laissa quelques gouttes de sang sur ta 
neige ; qu'en dernier lieu M. Denneval, 
gentilhomme de Normandie, renommé 
pour la chasse du loup, a été envoyé 



_- 252 — 

avec M. son fila dans ce pays, par la conr, 
pour la destruction de la bëte, et que 
l'entière direction des chasses et de 
toutes les autres opérations relatives à 
cet important objet vient de lui être 
confiée ; qu'il a commencé depuis environ 
quinze jours les travaux avec six chiens 
qu'il a amenés avec lui ; qu'il parott que 
ce ne peut être que par des moyens 
multipliés que l'on pourra parvenir à 
détruire ce cruel animal, dont l'instinct 
est singulièrement rusé et l'agilité in* 
concevable, etc. — Sur quoi, l'assemblée, 
pénétrée de douleur, a chargé le dit 
sieur syndic d'écrire à MM. les curés, 
consuls et notables, de vouloir bien 
prêter leur concours à M. Denneval, etc. t 

Le protocole des Etats tenus l'année 
Boivante nous apprend que les efforts de 
M. Denneval furent sans succès et que 
c la bonté de Sa Majesté l'avoit porté à, 
donner ses ordres, pour que M. Antoine 
lieutenant de ses chasses, et son porte- 
arquebnse, se rendit en Gévaudan avec 
plusieurs de ses gardes-chasse, ou cens 
de leurs altesses sérénissimes,les princes 
de son sang; — que M. Antoine, ainsi que 



— 253 — 

les gens de sa suite^ auroient reconnu, 
notamment par les traces trouvées auprès 
des cadavres des personnes nouvelle- 
ment égorgées, que ces désordres étoient 
causés par des loups ; qu'il auroit exé- 
cuté avec le plus grand zèle, avec lesdits 
gardes et des piqueurs conduisant un 
détachement des chiens de la louveterie 
du roi, et à travers des fatigues incroya- 
bles, différentes chasses oîi plusieurs 
loups auraient été tués ; que cependant 
les accidents ne cessoient pas, et que 
journellement quelques personnes étoient 
dévorées ou blessées, etc. » La nouvelle 
marche réussit enfin : dans une battue 
exécutée le 20 septembre 1765, la a Bête 
infernale » fut tuée dans un bois de Tab- 
baye des Ghazés, en Auvergne. On put 
alors reconnaître avec certitude que 
c'était un loup d'une taille et d'une force 
peu communes, qui devait une partie de 
ses victoires à l'indicible terreur des 
populations de la région où, depuis plus 
d'un an, elle tmmt établi son séjour. 



— 254 — 

Voici, d'après le manuscrit d'un babî- 
tant du pays, qui écrivait avant la cap- 
ture du fameux loup, la figure de « la 
Bête féroce qui ravage le Languedoc. » 



jaragraphe long et ennuyeux 
i. qui auront eu le courte et la 
de le lire ! Si nous avons réussi 
e bâiller, nous aurons rendu un 
nmage à la Bête : 



lit ici le lieu de dire un mot de 
m genevoise qui, du seizième 



— 255 — 

siècle à aos jours, a laissé tant de 
ments multicolores, mais la tâcl 
effraie,DOus fatigue d'avaQce,noas i 
sous l'influence de la complainte 
Bête da Givaudan dont le sout 
ce n'est l'audition immédiate, a te 
et plus qae toute autre chose, la 
de développer cet état de somi 
irrésistible, de langueur générait 
le cœur au travail, rendant ïnS' 
pour tout ; cet état que les Genef 
Bi bien bien qualifié de molle, l 
nant le superlatif de molle-mt 
créant le mot mâehe-moUe pour d 
un individu sans énergie, dont 1 
chalance et l'inertie ne connaiss 
cun stimulant. Au lieu de chansoi 
un échantillon des longues rimt 
la molle est le sujet ; le ton énei 
lequel on les chantonne n'en est 
moindre mérite : 

De temps en temps, 

La molle, 

La molle ; 
De temps en temps. 



— 256 — 

La moite me gagne ; 
De lemps en temps, 
La moite me preoil ; 
De temps eo temps, 
La molle me tient. 



Ah I quelle molle ! 



En Hiver, comme en été, 

La molle me désosse ; 

En hiver, comme en été, 

La molle, 

La molle, 

Ne m'a jamais quitté. 



VI 

^jk défit de la rime, quittons la molle, 
abaDdoonons le loup des GéveDDes, oc- 
cupons-nous d'autres bâtes. 

Lorsque tes conducteurs d'une paire 
de bœufs attelés veulent les faire avan- 
cer, ils se servent d'une formule qui vaut 



la peine d'être citée ; elle se ( 
des trois mots : 

Zoûli I Moutei ! Fromeinl 

Traduisons librement, tout en 
la lettre : 

En avant !0 toi dont la robe et 
tée comme si de scintillants éclats 
rejailli sur ton pelage ! allons 
Et toi, aux teintes ardentes ci 
froment blondissant sous les r«j 
flammés du soleil ! Avance» ! A 

Dans le canton de Vaud, non 
recueilli la variante : 

DJallI»! (marqueté) I Meriau (mii 
HllorI (Heuri) I 

Rien, mieux que le mot Meri 
ployé dans cette formule , ne 
désigner le poil de certains indi' 
la race bovine dont le pelage, a 
tré, aux reflets métalliques, n' 
sans analogie avec la sombre i 
des miroirs en bronze dont se 3< 



— 258 — 

8 Anciens. Souvent, la formule change 
leuri par Botzà, mot qui signifie moiré, 
plusieurs teintes. 

A en croire un savant genevois qui 
xivait en 1836, les noms Zuly et Fro- 
ent auraient été donnés aux bœufs fai* 
nt la paire, en dérision de Zwingli et 
romment, novateurs bien connus du 
Izième siècle. C'est un rapprochement 
rtuit et sans portée, les noms qui en 
nt le sujet étant de beaucoup anté- 
eurs à la Prétendue-Réforme. D'autres 
iidits ont pensé que Zoûli, Dzouli 
1 Djaillee, signifiaient joli ou Julie. 
mli est un mot patois correspondant 
marche! avance.'; les campagnards 
imploient quelquefois à l'adresse de 
lOmme, comme expression de mépris 
pulsif beaucoup plus forte que le fran- 
is : Fi ! arrière de moi ! 
La plupart des noms imposés par les 
uiTiers aux génisses et aax vaches de 
urs troupeaux, pourraient figurer dans 
s plus gracieuses églogues : Baronne, 



— 259 — 

Belle, Belotte, Blanche-reine, Bli 
Bocquet (bouquet, c'est-à-dii 
chée, ou, comme l'on dit en 
fiocatée de diverses couleur: 
lantË, Brunette, Colombine, 
Dzailletta, Etoile, Fleurie, Fn 
Grevette (presque entièrement 
Griotte, Margot, Marquise, I 
(muguet), Meuron, Mignonne, 
(noire), Moutaiie, Pavillon (fit 
blanc et de noir), Rose, Roseli 
Bette, etc., etc. 

On donnait autrefois le nom 
lecca aux vaches dont les corne 
« rebouchiées i, c'est-à-dire re 
en dedans, mais, en 1570, le Gc 
défendit l'application de ce t 
la femelle du taureau, par i 
pour le souvenir de ta femme d 



Ecoutez encore, si ce «'est le 
des bétes, du moins les paroles 
quelles notre population rusiiq 



mnoique avec celles que rhomme tient 
sous sa domination; nous venons d'expo- 
ser les éléments de la conversation avec 
la race bovine ; quand on parle au che- 
val, c'est autre chose. Veut-on l'exciter, 
le faire marcher en avant, on lui dit: 
Siû ! ou Huw / pour prendre la gauche : 
Dià km ! pour tourner à droite : hauôf 
O hiô ! pour faire quelques pas à recu- 
lons : Arri ! et pour s'arrêter : Ouô ! 
ou Buée ! Ces commandements varient 
d'ailleurs suivant les contrées, quelque- 
fois ils cessent entièrement : un cocher 
bien élevé ne se compromet pas en parlant 
à ses chevaux ; pour lui, une aristocra- 
tique impulsion des guides supplée à la 
parole. Lorsque les Académiciens parlent 
la langue des charretiers, ce qui leur 
arrive quelquefois, ils disent pour avan- 
cer : floïe / ou Hue ! ; pour aller à 
droite : Euhau t ou Burhau t et pour 
tirer à gauche : Dia ! ; essentiellement 
progressifs, ils ne parlent nldes'arrêterf 
ni d'aller en arrière. 



— 261 — 

Le cri d'excitation dont nous venoi 
<le parler est fort ancien : Guérin qu 
au treizième siècle, écrivit le dict : Z 
Frovoire qui mengea les mores, c'est-i 
dire : Du prêtre qui mangea les mûre 
se sert de Hez ! 

Diex, fait-Il, qui ordiroit: Hezl 
Il le pensa, et dist ensunibla ; 
Et la j uioent de poor tranble ; 
Un saut a fait tôt à bandon. 
Et 11 prestrea ctiiet el buisaon. 
Et la jument s'en vait fuianl. 

Voici deux variantes qui datent i 
quatorzième siècle ; nous les prenoi 
dans les fables D'un Muletier et d'ut 
Mule, écrite en 1333, et D'ung Takc 
^is'assistsurung Mulet, pièce compogi 
en 1350 : 

Un iDuletier sa mule avoit 
O quoy son char mener deroit, 
La. Mule bastive n'estoit point. 
La mouche qui volentiers point, 
Ll dit Hay 1 paresseuse beste. ^ 



Quant Tint à la vesprer. 
Si se prist à penser 
Le tahon et à dire : 
Ahy I Aire Mules. 



— 262 — 

! t appartient d'aillears à la vieitle 
i des Teneurs ; dans son Boman 
lilîaume d'Angleterre, Cbrestien de 
s, qui le composa vers 1180, met 
-s dans la bouche d'an chasseur 
nce le cerf : 
Hu I hul Bliaut, cis cers s'enfuit. 

rant les celtophiles, dia signifie 
1 et, dans la langue enfantine, 
t a la même signification. 
13 les plaines de la Provence oil 
s battit les Gimbres il y a tantôt 
nille ans, les cris de guerre des 
isseure de la province romaine 
lissé leur trace. On sait que les 
)n8 s'élançaient dans la mêlée en 
t leurs blondes chevelures, criant : 
% ! Amhra ! Or, dans ces mêmes 
ies, il a'est point rare d'entendre 
]rsans exciter leurs bêtes de somme 
larcbe avec le mot : 
Ambra 1 Ambra I 



— 263 — 

Dans la basse-cour, od ent 
appels les plus divers : le porc, \ 
inquiet et grogneur, répond, 1 
est encore jeune, à : Ti! ti! ti 
qu'il est parvenu à un âge raîso 
IVo / Ha ! tia ! le fait accourir i 

Criez aux canards : Bouri ! 
Yous verrez leurs jambes cambi 
servir admirablement; la poule 
de loin, avec sa nombreuse fami 
que la pourvoyeuse apparaît en 
Txhita ! tikita ! ou ^toutes ! pi 
mots que l'on peut indifféremmi 
duire par toutes ou par petites. < 
hourit, c'est l'ancien nom du ca 
femelle s'appelait bourite et se 
lourots. 

Les chèvres, les moutons, les i 
et les chevreaux suivent à 1 
Brrr, Brrr ! Ta-â, ta-â ! A celu 
tai ! , ils savent fort bien qu< 
quelque chose à leur donner : Lei 
laitières s'empressent d'offrir à 1 
le riche produit de leur traite 



— 264 — 

i qu'on leur dit : Tai ! tai ! ohi ! 
s pâtres des Alpes se servent 
•me:LliaubâI lUauiâ .' connue 
inonde entier par le Ram des 
e la Gruyère. Dans les régions oii 
s nombreuses donnent le lait qui 
;es petits fromages si justement 
is par les pins fins gourmets, on 
;mble, pour les traire, en modu- 
ne manière douce plutôt qu'en 
Obébid! ohéhiâ! 
t que noua pouvons en juger, 

diffèrent beaucoup suivant les 
ans son Glossaire, Bridel dit 
ipelle les poules avec : Filon ! 

les agneaux et les chevreaux 
'edet! hedet! ou Begwet ! begaet! 
is avec : Biha ! biha ! Le même 
lonne pour l'appel du pourceau 
s formes suivantes : Oehe ho ! 

! — Kadzon ! kadeon ! — 
t hadeon ! 

ïien du berger fait niarcher le 
1 sur quelques signes et quel- 



— 265 — 

ques coups de sifflet du pâtre. Si un 
ennemi se présente, notre gardien vigi- 
lant et fidèle s'élance sur lui à l'excita- 
tion : Xi'Xi l xi-xi ! et, si nous sommes 
mécontents de son service, il s'éloigne 
la queue basse à la seule interjection : 
Houzé ! 



Au loupi Au loupi 

est une clameur que l'on n'entend plus 
guère ; elle est ainsi formulée dans les 
vieux romans où l'on trouve aussi celles 
qui éclataient à la découverte de l'ours 
et du renard : 

Ha I ha ! le Leu ! 
Ahie (à l'aide) ! ahie ! 

G*e8t li leu8 1 harou ! c*e8t li leus 1 

* 

Véez le leu! véez le leu ! 
Or sus ! or sus ! 



, Or Cf^Ior ça! à TOrs ! 
Âyde ! ayde t 



Or sàl orlàt 
Or coarrés après le Tulpll I 
Or losl, par ici s'en va-il 1 



Au Moyen-&ge, le peuple était beau- 
coup plus pétulant qu'aujourd'hui ; l'ex- 
pansion de la pensée à haute voix sons 
forme d'iuteijectioDs, d'exclamations, de 
jurons, d'imprécations , éoiaillait la vie 
de nos ancêtres de telle manière qae la 
littérature contemporaine en reçut une 
couleur toute particulière. On ne peut 
guère tourner nn feuillet de vieux ro- 
mans sans y trouver une de ces phrases 
pittoresques : 

Por les eains Dieu que voi-ge là I 
* 

Dahez (TtB) ait cil qui U croira T 

Le Haufé ro'arde ! — Ual jor tos soit ajor- 
naz! — Maie Oambe farde 1 — Si te puisée 
tnrnoîer fièvre 1 — La maie honle t'aviengnel — 
Dflx te conronde I — Que li cors Deu te maldie! 



— 267 — 
Haï I traistre desloUI I 

Tral I Tr^ t Traï ! 



Diex mate or m'âme à gariBon I 

Lasse dolent I con eui mort! 

Abba pater miserere 1 
s'écrie Bonîvard en termiDant son Am 
tigénée. 

Voici un cri de détresse de mai 
dont le navire va sombrer en suite d'i 
Toie d'eau pratiquée par un ploog 
ennemi ; 

Traî, traï, or cha, or cha I 
No nave effondre, aïe Dieus ! 
Saint Nicholas et aaint Andrieua, 
Sainte Katerine et saint Msu's, 
Soitës od nousl 

On voyait autrefois, dans les mes 
Genève, des enfants qui vivaient 



— 268 — 

montrant une marmotte plus ou moins 
dressée à quelques poses et à quelques 
culbutes. Od les prenait pour de petits 
Savoyards, mais ils venaient de paya 
plus rapprochés de l'Italie ou de la 
FroTence, témoins les rimes qu'ils chan- 
taient en s'accompagnant de la vielle, et 
que nous avons été heureux de retrou- 
ver dans la Reime savoisienne, la mé- 
moire ne nous les rappelant que d'une 
manière incomplète : 

Diouga, Zanetta 1 

Ne tA te pfl dlouga I Lariretle. 

NaDi ma mare 

Ne voué p& me maria, LarirettB. 

Eb t dlouga Cattarinetta \ 

Il baillerey od bomme 

Qae ti baillera dou k&. Larirette. 

Ne voué pae me maria 

Eh I diouga Cattarinetta 1 

Té tindré boutique. 

Te viDdré de taba, Larir«(t«. 

Nani ma mare 

' Ne voué pft me mariA, Lariretle. 

Ëbl diouga Caltarinetta I 



vn. 

'% BACEB quelques caractères sur une 
pierre, l'enfouir, la faire découvrir et 
interpréter par tel ou tel savant de 
bonne foi est une mystification qui n'est 
pas neuve, bien qu'elle se reproduise 
tous les jours. Il y a trois siècles et plus 
que cette inscription court le inonde : 



CESTI 

CILEC 

HEMINDE 

SANES 



La suivante se lit sous un dauphin, 
soit dégorgeoir d'eaux pluviales : 



. LEMA . UVA . 
. ISTEMP . SMEFA . 
. ITC . RACHER . 



— 270 — 

Sans grande dépense d'esprit, le nom* 
re de ces facéties pourrait être indéfi- 
iment augmenté. 



Un mot sur certaines sigles : à partir 
u moment où Dante AHghieri rencontra, 
ans le purgatoire, l'ange qui traça sur 
m front, avec la pointe de son glaive, 
18 sept P, symbole des sept péchés ca- 
îtaux, cette lettre figura comme indi- 
iteur d'une foule de phrases mystérieu- 
îs dont l'interprétation se trouve dans 
lus les recueils d'ona. Ces derniers 
'ont cependant pas enregistré celle des 
eof P que les Du Villard, de Genève, 
Lscrivaient sur leurs armoiries, sur lea 
Lrouettes de leurs maisons, et que l'on 
aduit par : Pauvre Plaideur, Prend» 
*atience, Porte Pistoles Pesantes Pour 
*laider, version satirique et peut-être 
nssi injuste que celle des huit P adres- 
is, en 1733, à l'abbé Pellegrin sur ooe 
'agédie, la meilleure de ses productions: 



Pêlopée, Pièce Pitoyable, Pi 
Pauvre Poëte Provençal. 

On sait que les sigles 
Senattts Popuîits Que Borne 
traduites par Si Peu Çtu 
lettres I H S, contraction di 
IHESUS, ont reçu mille inl 
que nous n'avons pas à r< 
voulons en ajouter une : les 
Genève sont formées d'une 
d'une clef et d'un soleil, au c 
Be trouve le trigramme ci- 
plaisants qui appellent to 
moitié du poulet, la clef 
et la chandelle, traduisent 1 
très par : tPai Horriblement 

Terminons par un trait 
pas être inédit, n'en consen 
sa valeur. Lors de la prei 
seutation d'Oreste, en 174! 
marque du parterre portait 
vers connu : « Omne Tulit I 
MiscaitVtile Dulci. » 



I 



. T . p. 

Q- 
M .V. D . 

e l'on interpréta par : Oreste, Tragê- 
'- Pitoyable, Que Monsieur Voltaire 
mne. 



Il est bien peu de nos villages où l'on 
parle du scAhat on de la schette, 
lemblée nocturne des sorciers. Noue 
ppelons volontiers gogue, aphérèse 
synagogue, mot qui se prend aussi 
ee le sens de conventicule d'héré- 
ues, de schismatiques, de maudits, 
ipithëte de gogùis, souvent employée 
;n injustement, s'applique à des indi- 
lus qui ontsouscrit au pacte infernal ou 
atlesaacêtresfurentforcés,au seizième 
:cle, de professer le Protestantisme, 
prévention, fomentée et envenimée 
r des calculs plus ou moins habiles, 



s'en sert aussi pour noircir les mysté- 
rieux constructeurs 

dont tous les édiBces 
Sont, ou des prisons pour leti Vices, 
Ou des lemples pour lee Vectus. 

Ici, la gogue se tient à minuit; U, 
dans les premières heures suivant la 
chute du jour. Le pied des collines, 
le voisinage des sources solitaires, les 
ruines mal famées, l'ombre d'un arbre 
dont le tronc a reçu des siècles une for- 
me plus ou moins fantastique, sont les 
lieux préférés par la sombre assemblée. 
On montre sur le gazon les traces visi- 
bles des rondes infernales. Ne pas avoir 
été à la synagogue de Flainpalais est une 
excuse que l'on rencontre souvent dana 
DOS anciens procès de sorcellerie. Nous 
avons connu, il y a vingt-cinq ans ft 
peine, un vieux fossoyeur de la localité 
qui vendait, pour des usages occultes, 
delà graisse de cadavres et des clous 
de cercueil ; les planches lui servaient à 
faire cuire sa marmite. 



— 274 — 

Quelquefois la présence de la gogue 
se relie à de vagues souvenirs, restes 
de traditions historiques complètement 
effacées. On la trouve par exemple à 
Segny, dont les plaines, si propres à de 
grands mouvements stratégiques, nous 
paraissent avoir été témoins, l'an 107 
avant Jésus-Christ, de la bataille oh Di- 
vicon, à la tête des Cimbres et ièa 
Helvétiens, vainquit Marcus Silanus et 
fit passer l'armée romaine sous le joug. 

Les masures de EoUhbo, château dont 
nous avons fait l'histoire ailleurs, pas- 
sent toujours pour recevoir la scbette. 
La Dame blanche y a été vue par beau- 
coup de personnes vivantes. Tantôt elle 
aoit le passant attardé, tantôt elle paraît 
sur les courtines démantelées ou sur les 
tours à demi démolies. Naguère un la- 
boureur la vit en plein jour ; elle l'ap- 
pelait par son nom, ajoutant : Viens ici 
que je te peigne, que je te peigne avec 
mon peigne d'ivoire ! Un autre paysan, 
traversant à graud'-peine le maréci^e 



— 275 — 

■entourant la vieille bas' 
un gros chat noir qu'il 
bâton, le chat le reg 
«D pliant les oreilles, li 
redoutable provocation : 
On ferait un volume de { 
toriettes qui prouvent j 
^u'on ne le penserait au 

Gomme pour parodier Vi 
Esprit, le prince des T 
pour accorder le don des 
^ui se sont livrés à lui. I 
sion de Sancy, d'Aubigni 
toire d'un possédé qui se 
temps à Cartigny et « qi 
en seize langues : aux en 
ministres de Genève n'o 
de l'exorciser. » 

Ainsi qne les Ancien 
Attribuent une influence 
malédictions, aux exécrs 
les expressions Défastes. 
ticulatioD d'un seul mot 



— 276 — 

mule est, suivant eux, an manquement 
qni détruit complètement la vertu des 
antres paroles. Cette iiijoDCtion se re- 
trouve dans les rituels de plusieurs reli- 
gions antiques. 

Imprimés ou manuscrits, les livres de 
mi^e abondent dans nos contrées. 
Bien de plus étrange, parfois de plus 
Bot que les incantations qui y sont for- 
mulées. Trop souvent ces pièces, où les 
noms divins et les choses saintes sont 
mêlés à des paroles dont la portée ne 
peut pas être facilement précisée, ont 
un caractère sacrilège. Nous n'en cite- 
rons que deux exemples conuae échan- 
tiltons du genre. 

Voici comment, dans le Miracle de- 
Théophile, éprit au treizième siècle par 
Butebeof, Saladin conjure le diable : 

Bagahi laça bachahé, 
Lamac, cahi, aobab&hé, 

Earrelyos. 
Lomac, lamec bacbalyos, 
Cabahagi Babalyoa, ' 

Barjolas, 



1 



Lagozatba cabfolas, 
Samabac et famyolas, 
Harrabja. 

Sous le titre : Quelques feuil 
portefeuille d'ut» Mège, un jourr» 
dois a publié un certain nombre 
cettes singulières. En voici une, 
née à < arrêter le sang ponr les ; 
pour les bôtea. » 

Dire le nom de baptême et de 1 
et si c'est une bête dire le nom 
■elle appartient avant le nom de li 
si elle n'en a pas y en mettre un 
dire la couleur de cette bête, et 
une femme la couleur des cheveu 

Au nom de Dieu 
Du Père, du Fils et du Saint-Esp 

Jésus rouge qui dégoûte 

Ne dégoule 

Pas plus 

Que las veines do Jésus 

Christ en la croix 

Arréte-toi, arrête- toi, 

Arréte-toi et que lea veines closent 

Qui saigne et dégorge 

Arféte-loi t 

JluDomdeDieH,iluPâre, du FiUetduS 

Amen en Jésus. 

Le dire trois fois pour tout 1 



— 278 — 

que vous voulez arrêter, on ne dit Notre 
père que la première fois en commençante 

Nos anciens Registres contiennent une^ 
foule de formulettes occultes dont voici 
quelques exemples. 

Pour lever un sort : 

Au nom de Dieu le père, le fils et le saint 
Esprit. Dieu a mis à un ici ce mal ; il lui ostera 
s'il lui plaist ! 

Pour déposséder : 

De par Dieu et par Jésus-Christ son fils et 
du saint Esprit : Sors t 

Pour se faire délivrer des liens : 

A, E, I, 0, u ! 

Pour retrouver les objets volés, on 
fait moudre une pièce de monnaie en 
disant : 

Que la personne qui a pris cela soit moulue 
de même s'il ne le rend ! 

Ou bien on fait frire sur le feu, dans, 
la casse (poêle), de Therbe appelée^ 
provence avec de l'alun disant : 

Que le Diable sèche ainsi ceux qui ont volé 
ces objets jusqu'à ce qu'ils les aient rendus l 



— 279 — 

On trouve sous la date du 
tembre 1635, une formule po 
cesser un coup de vent « un f 
tourbillon qui enlevoit les jav' 
bled en l'air » : tous les moiss 
doivent poser leurs faucilles et 
à terre en criant : 

Bo, Bo, Ponti, Ponti I 

Se servir de la langue lati: 
prier le Dieu des Chrétiens, t 
fait considéré par les ministre 
nîstes comme un délit aussi c 
que l'invocation des démons, té 
cas de Jehan Dalphin, traduit d 
Consistoire le trois décembre 15^ 
rendre raison de sa foi : « Int 
de dire l'orayson (Pater) ne la s 
eu françoys, et la dit en latii 
YAve Maria, le Credo, le Bénéc 
dit aussi les Grâces en latin et 
fideîium défunctorum requisse 
pace, qu'est chose horrible et 
ble » s'écrie le secrétaire de 1 
assemblée. 



\ 



— 282 — 

En voici une qui est antérieure à 
toutes les précédentes sans être plus 
spirituelle : 
Arrache, arracbe tambour, arrache ta peau t 

Nous arrivons à la fin de ce chapitre 
sans avoir pu placer l'exclamation des 
jeunes gens qui, ayant trouvé une bonne 
baigne, y font le plongeon : 



Le premier mot est une onomatopée 
rappelant quelque peu le Taïaut ! des 
chasseurs, lorsqu'ils aperçoivent le cerf, 
le daim ou le chevreuil. 

C'est une espièglerie familière aux ga- 
mins sortant les premiers de l'eau, de 
lier les bouts de manches des chemisea 
de ceux qui y sont encore, et de leur . 
crier, lorsqu'ils veulent la passer et ne 
peuvent y parvenir : 



— 283 — 

Le salut joue un assez grand rô 
dans l'histoire des temps passés : ( 
pourrait faire une longue chronique à i 
sujet, rien qu'à partir de la toque i 
Gessler. Nous tirons encore le chapei 
au cadavre que l'on porte en terre, ma 
le salut dans les champs est tombé < 
désuétude sur un rayon assez éteni 
autour des villes. Au moyen-âge, s( 
abstention était considérée comme ui 
marque d'hostilité. Les hérétiques i 
reconnaissaient en ne se découvra: 
point à la rencontre d'une croix ; lesso 
ciers passaient derrière et encore t 
tournant le dos. Le salut général faisa 
alors partie des règles de civilité, t 
moins ces vers de Guillaume de Lorr 
qui nous reportent à 1255 : 

Quant tu iras par les rues, 

Gar que tu Boies costumiers 

De salner les gens premiers ; 

Et s'aucuns avant te salue. 

Si n'aies pas la langue mue (muetle), 

Ains te garni du salu rendre 

Sans demorer et sans atendre. 



Robert de Blois écrivait dans le même 
temps : 

Chascun que toub encontrerez 
Saluez débonérement, 
Cela ne vous couste pas granment, 
El moult en est tenu plus chiers 
Cil qui salue Tolentiers. 

L'usage veut que le Bonjour se donne 
à l'abord et VAdiat à la séparation. A 
Genève, ce dernier passe pour très-fa- 
milier ; deux amis qui se rencontrent se 
disent Adieu ! avant tout Ce salut pré- 
maturé est inévitablement suivi d'un : 
Comment ça va 9 ou Comment qtie ça va? 
avec les réponses : Conane ci, comme 
ça ! oMÇa roule, ça roule ! ou bien : Ça 
virotte, ça virotte .' 

Comment vous portee-vous ? est aue 
demande aussi singulière que la réponse: 
Vous voifee, sur deux jambes, comme la 
moitié d'un chien ! Le sot est rembarré 
par la réplique : Il en ftutt donc deux 
comme vous pour faire un ehîoi complet. 
' Comment êtes-voua ? est bien la plus 
impertinente formule dont on puisse se 



— 285 — 

servir vis-à-vis d'une dame, car, .ava 
tout, une femme estime être bien, pa 
faitement hien. 

Un mot de Bonivard nous apprei 
que : Bon prou vous fasse ! était le sal 
que l'on faisait au quinzième siècle < 
abordant une personne ; il se traduit p: 
Grand bien vous arrive ! On le retrou' 
un siècle après dans ces singulières a 
tiens de grâces dont usait, en 1579, v 
certain protestant calabrais que le Co 
sistoire condamna au supplice du foue 

Père éternel nous te rendons gr&ces : 
Nostre chieo porte des braies, 
Nostre cbat un chapparon ; 
Bon prou vous fatae, bons compagnons I 

Les formules suivantes de salut remo 
tant aux douzième et treizième siècle 
valent bien les nôtres. 

Bien veuiez-Tos I — Qieic benéie vos et bi 
lor aiez ! 

T)iex Tos sButI — Diex beo4i« «os et vofit 
Gompaingnie ! 



— 286 — 

Dex vos benéie et la vostre compaignie! — 
Dex vos saut, amis, bien soiez-vos arivéz ! 



Dex soit o vos çaianz (céans) ! — Bien soies 
▼enuz. benéoit jor aiez I 



Diex vos maint (maintienne) qui là amoat 
«1 seint ciel maint (demeure) t 



Grant benéiçon vos doint le fils sainte Marie» 
et à toute vostre compaingnie t 

Gius vous gart qui fist et ciel et firmament ! 
Salus sans nombre et bonne amour sans fin 1 



Dex vos doint bone nuit I 

La vieille salutation : Loué soit JésuS" 
Christ ! avec la réponse : Au siècle des 
siècles ! s'est fort effacée. En Gascogne, 
Adusias! (A Dieu soit) est le salut de sé- 
paration; les Yaudois emploient Adsivol 
(A Dieu soyez) dans le même cas et, 
lorsque le soleil redescend, ils n'oublient 



— 287 — 

point de souhaiter Bon vépro! à ceux 
qu'ils rencontrent. 

La sotte impertinence : Je ne vous 
sahtepas, est loin d'être nouvelle, on la 
trouve dans le Baman du Benart, com- 
mencé vers 1230 ; le chat s'adresse à 
l'animal rusé : 

Sire, fet-il, bien veniez-vousl 
Renart respont par féloDie, 
Tybert, je ne vos salu mie. 

Le renard est en présence de l'âne, 
de Bernard l'archiprêtre ; 

Si li dist, sire, bien veignier ! 
Et B«rnart qui ta avancier, 
Li dit, je ne vos salu pmt. 

Deus moutons rencontrent le loup et 
lui font la révérence : 

Bien viengniez-vos, biau aire Loub. 
Je ne vos lalu n%ie aaieaa, 
Jà beete db saluerai 
Puis que ja mengier la vodrai. 
* 
Garde tes boujoars, que le diable te les 
meite au ventre 1 

est nne imprécation genevoise qui re- 



monte à plusieurs siècles en arrière, et 
dont la trace n'est pas perdue. 

Quant aux saluts écrits dont chacnn 
- croit devoir orner la fin de ses lettres , 
ce ne sont le plus souvent que des phra- 
ses ridicules, mensongères et hypocrites; 
le Salut et Fraternité! républicain ne 
vaut pas davantage que le Tout à vous f 
et même que le Toute à vous/, écrit sur 
papier parfumé et sablé d'or. Adieu test 
la eeule forme admissible ; les Romaioa 
les plus dignes n'ont jamais terminé 
leurs missives que par Vale I 



CHAPITRE QUATRIÈME 

SOBRIQUETS 



'ETHNOGRAPHIEetl'his- 
toire littéraire du moyen' 
âge aons révèlent, pour 
l'usage du sobriquet, une 
véritable passion. Rien n'échappait à son 
action : hommes et bêtes, peuples et in- 
dividus ; pays, villes, rues, monuments ; 
plantes et fleurs , la peste même, eurent 
chacun leur tour. Dans nos contrées, il 
en était comme ailleurs ; peut-être mê- 
me, la propension pour les snmoms dé- 
risoires y était-elle plus prononcée, car, 
aujourd'hui encore, elle se manifesté de 
mille manières. 



— 290 — 




•5=r» 



|E PLUS grand philosophe que notre 
ville ait produit, celui qui s'approcha le 
plus de la connaissance des sublimes 
arcanes de la vérité absolue, Charles 
Bonnet, ne fut connu de ses contempo- 
rains du pays que sous le nom composé 
de Bonnet Vinsede. Les vieux Genevois 
du parti national donnaient à l'homme de 
Noyon le sobriquet de Caïn ; et, ce qui 
manque certainement d'urbanité, ils im- 
posaient volontiers à leurs chiens le 
'ktHU de Calvin; Théodore de Bèze, aussi 
célèbre dans la poésie ' erotique par ses 
JuveniUaj quQ dans la poésie sacrée par 
ses Psaumes^ fut, au seizième siècle, 
surnommé le Phénix de nos jours et le 
Pcipe des Huguenots. 

Qui, chez nous, ne connaît le Gh'ond^ 
jpère, l'homme célèbre qui a, su démail* 



lotter Genève et la transformer ea une 
Tille de premier ordre I 



Considérés à leur véritable point de 
vue, les noms de famille ne sont que des 
eobriquets. Longtemps les Chrétiens 
n'usèrent que des vocables reçus sur les 
fonts de baptême, se bornant, dans cer- 
tains cas, à indiquer une âliation : 
■Jean, fils de Pierre. Aujourd'hui encore, 
l'Eglise n'admet que le nom reçu avec 
le sacrement qui enlève la tache dtt 
péché originel. A tous les degrés de la 
liiérarchie, les ecclésiastiques ne signent, 
ou ne doivent signer les actes ressortanC 
directement à len^état, que da noni de 
leur saint patron. Les Souverains en 
osent de même pour tontes les pièces 
qu'ils revêtent de leur signature. 

An moment de lenr exaltation sur Is 
trône de saint Pierre, les Papes renon- 
cent à leur nom patronTmique pour en 
prendre un dans le martyrc^e, indi- 



— 292 — 

quant par là qu'ils échangent leurs 
affections privées pour d'autres plus no- 
bles. Depuis fort longtemps, cette cou- 
tume est généralement employée par les 
membres du clergé régulier. 

L'origine des noms de famille mo- 
dernes se confond avec celle de la féo- 
dalité. Ils ne furent toutefois d'un us^e 
bien général qu'à partir du onzième 
siècle. Durant une période assez longue, 
ils restèrent plus ou moins flottants. 
Dans ses Notices généalogiques, Galiffe 
cite des familles qui avaient deux noms, 
Toire même trois : De Leyssu, alias Fri- 
vessin, alias Jacod. 

I - Lors de l'adoption - des noms de fa- 
mille, les nobles prirent celui de leur 
principal domaine, de celui qui portait le 
cMteaU'fert qu'ils avaient hérité de 
leurs aïeux. Telle est l'origine des noms 
des anciens seigneurs du pays : Aîinges, 
Arlod, Avullif, Salaison, Blonay, Ohau- 
mont, Confignon, Corbières, etc. 



Quant aux roturiers, ils puisèrent les 
dénomiDations de leurs familles dans les 
sources les plus diverses. Le nom de 
baptême du père : André, Jacques, Guil- 
laume, Martin, fut très-souvent pris 
comme nom de famille par le âls. La 
profession donna: OAopwîs (charpentier), 
Charton (voiturier), Excofier (cordon- 
nier), Faiire ou Favre (ouvrier en fer), 
Pelissier (pelletier), Serraiîlon (serru- 
rier), etc. Quelques hommes immobilisè- 
rent les titres d'office de leurs pères 
ou les leurs, de là : Sailly, Ghâieîain, 
Maire, Prévost, Vidomne. Les qualités, 
et surtout les défauts, plus on moins 
imposés à titre de sobriquets, fournirent 
une bonne part à- la nouvelle nomencla-,- 
tnre, citons : Ma^ntent, Brutal, Brise- 
tuile; Petit et' Oremd,. Le Noir et L9 
Blanc, Maigrer^ G'rosj Gntà. et-'Le 
Sôti, Galois (joyeux) et Çuinerit (qui 
non ridet), Ç^elcun et Personne. La de- 
meure, dans certains cas l'affranchiase- 
ment agricole, formèrent : Du Pré^ Du 



— 294 — 

Valj Bu Nant, De VEssert, De VOrme^ 
Du MaSy Du Puis, etc. 

Cette dernière catégorie nous donne^ 
l'origine de ces noms coupés dont la pre- 
mière partie excita la verve caustique 
de Galiffe qui écrivait, il y a tantôt cin- 
quante ans : a Cette malheureuse petite^ 
particule qui tourmente si violemment 
de très-petits esprits, ne signifie absolu-* 
ment rien, de quelque manière qu'oa 
récrive. On peut être aussi noble que le 
Boi, sans en avoir jamais fait usage, et 
aussi roturier que le bourreau, en Tayant 
de plein droit, aussi petite que possi- 
ble. y> Nous n'irons pas aussi loin que- 
notre illustre concitoyen. Il y a des cas 
où le de, appuyé d'actes authentiques,, 
fst un vrai titre 4e noblesse, mais il en 
est beaucoup ; d'autres «oÎL il est l'indice 
d'une origine serve ou d'une descen- 
dance de parents absolument inconnus^ 
même dé l'Etat civil. 



— 295 — 

Ce fat vers le dixième siècl 
troduisit la coutume de donni 
noms aux grands personna^ 
gués VAhhê, Hugues le Blar, 
Je Noir, Robert le Fort. Les i 
bons on mauvais, n'ont pas m 
flonveraina français : depuis lef 
néants jusqu'à VHonmte de Se 
trouve de toutes les couleur 
vent séparer Charles Vltnbéc 
poléon le &rand. 

Des qualificatifs accompag 
trefois les noms de toutes les 1 
race, témoin la nomenclaturi 
qui se rapporte à la noblesse 
du Pays de Vaud : 

Hawtesse de cœur de Ging 
deur d'Alinge-Coadrée, An, 
Blonay, Noblesse d'Estavayer, 
de Villarzel, Parenté de Joà 
de Chandieu, Bonté -de Peemi 
de Mestral-Aruffens, Naïveté à 
Payeme, Mo'spitaîité d'Aubon 
gue de Cei;jeat, Greaiité de I 
Vanité de Senarclens, Mesnaç, 
Chicane de Dugard. 



iffèi 

l'UE 

3sei 
mei 
it I 

mobiic 4U1 otuh icvcui. 

liertain poète du quin- 
-eprochait déjà à nos 
ra civitas situata inter 



r 



\ 



— 297 — 

montes, arenosa, parva, gentes semper 
petentes alîqua nova. » 

Quoi qu'il en soit, et c'est là où nous 
voulons en venir, tous nos partis ont 
porté des noms ou des sobriquets : 

Ârticbauts, Artîchous, Articlous ou 
Articulants ; Calvinistes , Chapeliers, 
Constitutionn aires, Cornualistes , Egre- 
nés, Eidguenots, Englués, .Fabristes, 
Galiatinistes, Grîllards, Grimauds, Guil- 
lermins, Libertins, Mameluks ou Mon- 
seigneuristes, Michélistes, Montagnards, 
Négatifs, Neutres, Peneysans,Perriniste3, 
Philippins, Représentants, Tamponneurs, 
Tanneurs, etc. 

Les grands mouvements sociaux du 
moyen-âge donnèrent naissance à une 
foule de sobriquets de partis dont la 
place est marquée dans l'Histoire et que 
nous ne pouvons pas même énumérer 
dans uo cadre tout local. 

Dès le commencement du treizième 
siècle, la Flandre offre les Isengrina 
(lonps), composés de la noblesse ;' les 
Blauvœtins (éperviers), ce sbnf'les 
paysans, et les Flamands proprement 



— 298 — 

bB représentant la bo 
lies. 

La révolte des Fastomt 
ance en 1251, et se 
20 ; elle prit son nom A 
steurs insurgés contre 1 
clergé. 

Le sobriquet de Bonhon 
es Bonhomme, pour dési 
ricole, remonte probat 
ut, maiS' il ne fut génf 
)yé qu'à partir du sou 
fsans, eu 1358. Les hai 
ient : « Jacques Bonhoi 
tiente » ; mais, accablé< 
litements, la bête rua ( 
litre, la Jacquerie fut < 
jression fut terrible : on lenta ae 
^er la sédition dans le sang de dix. 
Ile villageois égorgés; 1789 se chargea 
la revanche, faisant disparaître à ja- 
is le double sobriquet qui faisait al~ 
lion et à l'ignorance, et à la rusticité 
vêtement des campagnards. 



— 299 — 

Le sobriquet politique de Vila 

portait autrefois avec lui qu'une 

sujétion féodale. Il est très-jolin 

fini par l'auteur du Renart contr 

Vitaine est appela à plain 
Non pas pour ce qu'il soit plai 
De Tilenie, ne de mal non ; 
Mais de ville (villa) est vilains 
Nuls n'est vilains, qui voir an 
S'U n'eBt fol au fait et au dit. 

Nos Cercles des Affranchis, A 
ces, des Anonymes, des Brailla 
Coup d'œil et de VEncouhle, des 
et de la Ficelle; de la Glu et { 
prévu ; des Maîtres, des Mêft 
Mignons, des Mulets, des Sai 
etc., offrent des vocables qui n 
quent pas de pittoresque. Il n'y i 
pas moins dans ceux de nos 
Clubs, comme on le voit par cetti 
nomenclature i 

Amis de Jean- Jacques , Bert 
Jean-Jacques ; Charnus, Cloche, 
toire ; Drapeau constant, Drapet 
tache. Imprévu sans tache; Egam 



— 301 — 

rissent chez nous depuis 1735, <}ue 
désignations plus ou moins curieu 
ont séparé l'atelier du Parfait Conter, 
ment de celui du Temple Unique! ( 
titres, dont voici quelques échantillo 
offrent un amour des superlatifs et i 
recherche de mysticisme qui leur di 
nent un cachet tout particylier : 

Amis de la Prudence, Cœurs sincè 
réunis, Cœurs unis du Mont-Blanc, Coi 
tance sans jalousie, Désirs accomp! 
Etoile flamboyante, Ferme résoluti 
Parfait contentement. Parfaite félici 
Parfaite unité des cœurs libres, Rose ( 
sept monts, Silencieuse, Triple frat 
Dite, Triple unité, Triple union des qi 
tre nations, Vertu tolérante, Vraie éj 
lité des mœurs, etc. 



Le sobriquet de brecaillons date c 
premières années du dix-huitième siëc 
il s'appliquait aux soldats citoyens 
l'ancienne république de Genève, et i 
lui de basanes aux mercenaires forms 
la garnison supprimée en 1846. 



— 302 - 

ipin et le Orogt 
oiou et le Troi 
:8 sobriquets : 1 
rd, Zoueov,, sOE 
a France. 
ge du nom de g 
b1 de l'homme qi 
es, remoate for 
documents bui 
3Q-âge en fout 



ue aucune proff 

qnet. Ceux de 1 

), Brûh'Sawes 

vt), sont ancien! 

; celui de Grat 

ît peut-être plus vieux encore. 

:i quelques autres : Màehwrê 

sr), Zin-zin (ferblantier), Terf- 

( chaudronnier), Gratte-laiton 

), Fécloiier (horloger), Pot-à' 

nuisier), Figue-prunes (f&iW&a), 



— 303 — 

Tire-Ugnti (cordonnier), Oniàble 
neor). Ces dénominations sont ; 
moins facétieuses ; il en est d'auti 
la grossièreté interdit l'impressii 



La différence de caractère i 
entre l'habitant de la plaine et le 
gnard, fait naître entre eux an 
antagonisme. Des sobriquets, qi 
prononcent guère sans être accon 
d'une nuance dénigrante plus oi 
accentuée, sont nés de cette circoi 
Suivant les lieux, l'homme de la 
gne qualifie ceux du bas-pays i 
nards, de Pagans ou Pégans, . 
Bêquins et Vêlons. Ceux-ci l'ai 
2^oeand, Damouen ou Damot 
(qui est d'amont, d'amou en 
L'habitant des vallées est un Com 
Cowbin. 

L'esprit d'égofsme et â'antf^ 
dans les dénominations jpst d' 



— 304 — 

universel et aussi ancien que le monde. 
Ecoutez M. E. Reclus dans sa Géogra- 
ohie universelle : « Naturellement, cha- 
lue peuple doit être tenté de croire que 
ians une description de la terre la pre- 
mière place appartient à son pays. La 
rivière qui arrose ses champs est le 
Père des Eaux, la montagne qui abrite 
son campement est le Nombril de la 
Terre. Les noms que les peuples enfants 
lonnent aux nations voisines sont des 
xnues de mépris, tant ils considèrent 
es étrangers comme étant leurs infé- 
•ieurs, ils les appellent : Sourds, Muets, 
Bredouilleurs, Malpropres, Idiots, Mons- 
■res et Démons. Ainsi les Chinois ne se 
iontentent pas de voir dans leur beau 
jays la Fleur du Milieu, ils lui recon- 
laîssent aussi une telle supériorité, que, 
lar une méprise bien naturelle, on a 
)a les désigner sous le nom de Fils du 
liel. Quant aux nations éparses autour 
lu Céleste Empire, elles sont au nombre 
le quatre, les Chiens, les Porcs, les 



_ 305 — 

Démons et les Sauvages. Encore ne mé- 
ritent-elles pas qu'on leur donne na 
nom ; il est plus simple de les désigner 
par les points cardinaux : ce sont les 
Immondes de l'est, du nord, de l'orient 
et du midi. » 

Pour les Grecs et les Romains, tout 
peuple étranger était un troupeau de 
Barbares. Les Juifs donnaient le nom 
de Gentils à. tout ce qui n'était pas de 
la semence d'Abraham. Les Chrétiens 
appliquèrent ce terme à tous les Idolâ- 
tres qu'ils qualifièrent aussi de Païens, 
sobriquet équivalant à notre mot paysan 
et qui fut appliqué au peuple des cam- 
pf^es, resté fidèle au culte des dieux 
de l'Empire, alors que le Christianisme 
dominait déjà dans les villes. Il n'y a 
pas bien longtemps que les nations 
chrétiennes ont cessé de qualifier les 
Musulmans d'Infidèles, et ces derniers 
nous traitent toujours de Chiens. 



— 306 — 

Ud savant, bien conou par ses travaux 
philologiques, a publié, dans le Conteur 
vaudois de 1869, une série curieuse 
de sobriquets génériques employée de 
village à village sur la rive droite 4a 
Léman. Nous sommes beareux de pou- 
voir lui emprunter quelques citations. 

Les Qoms d'animaux dominent parmi 
ces singuliers vocables, on y trouve : 
Je l'Or (ours), le Lan Ooups), le Send 
(renards), lèBott (bœufs), îè e'Ano (ânes), 
UTein (chiens), les Tza (chats), etc. 

A Ogens, deux sobriquets sont en 
usage : lï Bocan et îè Tsehtvrè. «. Un 
jour, à la foire du village, dit l'auteur 
qui nous guide, il n'y aurait eu qu'un 
houe. D'oïl le premier surnom. Le dzein 
diant, por quant au second sobriquiet, 
qu'on particulier de sta coumouna vol- 
li&vé fére copâ on botzet, et qu'adan, 
son bouébo, que crayâi bounameint que 
lo magnin en volliâvè assebin &i tschlvrè, 
s'ein alla cn& su la porta de l'église, 
iô le dzein l'ètàa au prtdzo : Veni vitot 



— 307 — 

lo magnin que vau tzâtra voutrè tschi- 
vrè I }) Si Henry Estienne avait connu 
cette petite aventure , il n'aurait pas 
manqué d'en orner les immortelles 
pages du Moyen de Parvenir. 

Le sobriquet i^Etrainlia-mâcUo se 
rapporte à une historiette que l'on re- 
trouve dans plusieurs endroits : De 
l'herbe ayant crû sur le clocher de l'é- 
glise, ce qui n'est pas rare là où les 
tours se terminent par des pyramides 
en pierre, on voulut l'utiliser en la fai- 
sant manger par le mâclio ou taureau 
de la commune. On lui passa une corde 
au cou et l'animal, hissé jusqu'à la touffe, 
fut naturellement étranglé. 

Nous avons vu des quadrupèdes, voici 
des oiseaux : le Bego et Zè Gantzou 
(jèirs), le Oûie (oies), U Corbè (corbeaux), 
Je z^ Agace (pies), le Miïentze (mésa,nges)j 
le Tzerdinolet (chardonnerets), le Ba/nsi- 
jgnolet (rossignols), U LuUeran ou Tza- 
vowm (chats-huants), U ChuetteoM Chu- 
vettè (chouettes), etc. 



— 308 — 

Les batraciens, les poissons, les insec- 
tes, même les plus petits, rentrent dans 
la nomenclature: leBenaille (grenouilles), 
ïè Bolia (perches), Zè Pertzette (petites 
perches), fè Medze (ablettes), le Gouque- 
lions (escargots), le Lemalons (limaces)^ 
Zè Vermecé (vermisseaux), le GrelUet 
(grillons), U ^Aragne (araignées), le 
Tàleinè (guêpes-frelons), le Talinne (guê- 
pes), Zè Tavan (taons), le Gancouârè 
(hannetons), le Motze (mouches), le Mous^ 
selions (moucherons), le Momsillons 
(cousins), lou Gérons (cirons), etc. 

On retrouve la mention d'animaux 
dans un grand nombre de sobriquets 
composés. Au sujet de Vire-bocan, la 
légende raconte qu'un bouc, saisi en 
flagrant délit de maraude parmi les 
ceps, fut enfermé dans la cage toumante,^ 
dans la gabiolej comme on disait autre- 
fois, et nAré jusqu'à rendre le corps da 
délit ; comme cet animal ne saurait vo- 
mir, il creva de l'opération et le surnom 
naquit en souvenir de Taventure. 



— 309 — 

Le motif du sobriquet Setze-fa/ia ou 
Chetge-fye (sèche-brebis), est toujours 
xine ou plusieurs brebis rentrantmouillées 
et que l'on fait sécher dans un four 
trop chaud. Les pauvres bétes , dans 
Tangoisse et la souffrance, tirent la lan- 
gue et les bonnes gens de s'écrier : ce Se 
le sont portant conteintè ! voitî yâi com- 
meint le risont » 

Ceux qui aiment les sobriquets au 
gros sel pourront se satisfaire avec : Ou- 
dealâ (gelés), Gu-dè-pèd^e (poix), Ckh 
rodsou (rouges), Cu-souplliâ (souples); 
Caca-tot-drâif Gaca-drâtee (dépôt de lait 
caillé qui rôtit au fond des vases dans 
lesquels on cuit le beurre), Gaca-nein* 
teuille (lentilles), Gaca-pai (pois), Gaca- 
jpâivro (poivre), Caca-tchou (choux)) 
Gaca-vito; Baffa-pepins, Pèta-lâitiaj etc. 

Les appréciations sont peu ménagées 
dans quelques-uns dé ces surhoms : U 
Brise-verrou (brise-verres), U Brisè-bO" 
taille, le Bapelhon (voleurs de raisin), 
le Bregands ; les attentats à la propriété 



— 310 — 

erritomie sont indiqués par les sar- 
loms IHre-Vadee {tire \&h&ié) et Rondee- 
«mne (destructeurs de limites). Ceux 
le Baudee-fierda et de Défaratà-tierdo 
)ouiTaient bien se rapporter & ces vio- 
ateurs de sépultures contre lesquels 
]!harlemagne légiférait déjà, car tterda 
)U tierdo a le sens de tertre, tumulus. 
jCs rimes analogues à la suivante ne 
ont pas rares : 

TsauTeint, Tsauveint, 
Bouëna terrE^ crouïe diein. 
Du lo borna ein amont, 
Sont tu larré dâ c^'on; 
Du lo borné ein avau, 
Sont tu larrâ de tzâvau. 

Citons encore îè Tia-lo (tue-le), iè Tia- 
'aiUi et ïè Jia-Borgagnon, en faisant 
ibserver que, dans beaucoup de cas, lea 
obriquets dont nous nous occupons 
l'ont d'autre origine qu'un méchant be- 
oin de rimer avec le nom du village, 
it qu'il serait souverainement injuste 
l'y rechercher une allusion quelconque. 
M dicton qui se rapporte à Vallorbes, 



— 311 — 

lien célèbre depoia loi^temps par ses 
ateliers métallurgiques, est la preuve de 
ce que nous avançons, la seule épithète 
exacte et parfaitement justifiée est relé- 
guée au second plan pour le plaisir de 
faire des assonnances : 

Vallorbiers, 

Seins sorciers, 

Haille-fer, tire-gailliefs. 

Sur la Rive gauche, l'idée qui nous a 
paru dominer dans les sobriquets de vil- 
lages est celle de la folie, attestée par le 
fait d'avoir bu de l'eau de tel ou tel 
puits ou fontaine. Il y a peut-être là une 
trace de mythologie celtique. Les autres 
surnoms étant le plus souvent formés 
d'allusions aussi injustes que malveil- 
lantes, exprimées en termes fort gros- 
siers, il nous semble préférable de les 
laisser s'éteindre plutôt que d'en per- 
pétuer le souvenir. Nous avons beaucoup 
de rimes analogues à celles que l'on 
trouve dans les villages vaudois, témoin 
les suivantes : 



1 



— 312 — 

A Charoaranda, 

La grau baodai 

Chu Cagnaux, 

San to faux ; 

Au Gran Bol liât, 

Lé mejon lo prr (poire) cbet 

Avoué lo dat 1 

Vé lo Vernal, 

Se tiroD lo pai; 

A Sallanauva, 

Racauquent lo poumm' à la vaula (valée) ; 

A MezegDi, 

Lé mejon avoué lo clli (cuilliera). 



A Gentou, 

Roupioupiou; 

A Varchoé, 

Nid de corbé; 

A Vazeno 

Y mezan dé renô. 

Jusqu'il ba dé z'égro, 

Ceteu de Colange 



En Toici qui se rapportent à l'un de 
03 Tîltages de Saint-Maurice : 



Ceteu de i^en-Mauret 
Mezan de poret 
Jusqu'à l'amboret. 



S&Q-Maurati, 
QueD pan mezaati? 
Du pao de molasse, 

De la crotta d'agasse, 
Du tron de chevau 

T est tôt ce qui lou fau. 

La géoéralité de l'usage des 
quets collectifs est prouvée par 
suivante qui, par son orthograp 
montre aussi leur ancienneté. 

Amoureux de Turin. 

Aureilluz de Bourbonnois. 

Bavardz de Confort. 

Bauffreurs de Mascon. 

Bouzes de Chaalons. 

Braguardz d'ângiera. 

Brigueurs de Pavie. 

Buveors de Beaune. 

Gagots du Béarn. 

Canardz de Savoye (Vaut 
Piémont, canard équivaut 
de l'article précédent). 

Cavaliers de Champagne. 

Chiens d'Orléans. 

Copieux de La Flèche. 

Crottez de Paris. 

Danceurs d'Orléans. 

Fiers de Neuchastel. 

Flatteurs de Poictiers. 



Foyreox de Bay eux. 
Grandz gousiers d'Avallon. 
Guespins d'Orléans. 
Hauguinenrs d'Ârtoia. 
Joueurs de paulme de Poictîers. 
MaDgeors de Poictîers. 
Meillors archiers d'Anjou. 
Moqueux de Dijon. 
Musarts d'Autun. 
Nobles de Vienne. 
Prenx de Verçy. 
Riches de Chalons. 
Rouges du Poictou. 
Sergens du Hainaut. 

On disait encore : Bourguignons ctn- 
quains, Boui^ignons salles, Normands 
truands, Lorrains villains, etc. 

A en croire Bonivard, te pape Jules II 
gratifiait ses ouailles de sobriquets 
assez singuliers, appelant les Espagnols 
Vohtcres cœli, les Génois Pisces tnaris, 
les Allemands Pecora cmnpi et les Fran- 
çais Pissavinos. 



^^Ass les siècles passés, les i 
toutes les Tilles et de tontes les 
•ces étaient accomp^nés, si ce : 
sobriquets, tout an moins de sun 
les épithètes louangeuses : Bea 
Fertile, Grand, Gras, Savant, l 
Triomphant, etc., dominent de bf 
les qualificatifs dénigrants. Inuti 
présenter la liste qui se trouve de 
les vieux livres de géographie 
coutume remonte haut : à l'époqn 
sone, la ville d'Arles portait le 
de Home gauloise ; et, au sixièmi 
Verdun reçut celui de Ville cU 
& cause des innombrables têtes 
tapissant l'extérieur de ses n 
construites toat en bois, sui' 
coutume de l'époque. 
L'usage dont nous parlons n' 



— 316 — 

'ailleurs, complètement tombé en dé- 
aétade : il existera tant que l'on aura 
esoin de périphrases synonymiqaes. 
tarant des siècles encore, Genève sera 
onr les uns la Ville de sainte Clotilde 
Hrôthehild), ou la Bàbylone de VApo- 
tUypse, tandis que les aitres y verront 
i Ville de Calvin, la Borne protestante. • 
Toujours, la véritable Rome sera la 
''ille étemelle. 



Certains espaces territoriaux plus ou 
lolns étendus, portent des noms qui 
'ont rien d'ofâciel ; ces espèces de so- 
riquets paraissent être assez anciens, 
lans certains cas, ils semblent indiquer 
es circonscriptions politiques disparues 
Eins laisser aucune trace dans l'histoire. 

Le canton de Genève nous offre la 
luanpagne, mentionnée sous le nom de 
lampania dans un acte de 1201, et la 
'être du Mortier, Terra del Morter en 
261. Un acte, passé entre 1567 et 1571, 



— 317 — 

donne le nom de Manâeme 
an territoire de Yandcei 
villages circonvoisins. 

L'extrémité du Chabls 
Dranse et le Rhône super 
nom de Pays de Gavot su 
cartes géographiques. Il n' 
de savoir ce que signifie 
mot gave se rencontre qu 
DOS mappes cadastrales. S' 
chez nous comme il l'est d 
nées pour désigner un na 
Tait une forme de Nantuat 
rait pent-ôtre remonter bit 
faut pas oublier qu'au neo 
cette contrée était âén< 
d'JSerêwîe. En patois, on d 
de gavot au cidre nouveau 
un sobriquet appliqué aui 
plusieurs localités du pie 
des Basses-Alpes où la v 
peut-être ne faut-il pas cl 
mologie plus loin. 



1 



- 318 — 

Notre tendance naturelle pour appli- 
quer des sobriquets s'est portée jusque 
sur certaines voies, places ou bâtiments 
publics, témoins nos rues Pénible, Im- 
possible, Courbe, de îa Plume, des Châ- 
teaux-branlants, des Sept-Douleurs, la 
place de la Buine ; l'Hôpital est face- 
tieusement qualifié d'Abattoir, Bureau 
des Hypothèques ou Grande-Maison. Le 
nom de boite est appliqué à plus d'un 
édifice : Boite à giffles (Palais Electoral), 
B(nte à musique (Gonserratoire), Boite à 
bêtises (Théâtre), Boite à Savants (Pa- 
lais académique), Boite à secrets oik à 
mystères (Temple-Unique), etc. 

Ces désignations, plus ou moins âpres 
et caustiques, contrastent singulièrement 
avec les dénominations douces, agréables 
et gracieuses employées autrefois pour 
les noms locaux du pa73. Les Délices, 
Florissant, les chemins des Philosophes, 
du Velours et de VUleureuse, nous re- 
portent aux siècles qui ont immédiate- 
ment précédé le nôtre. 11 faat remonter 



— 319 — 

plus haut, arriver à ces temps qu 
se plaît trop souvent à représeatei 
de sombres couleurs, pour trouver 
gine d'Abondance, Aiguebelle, Bea 
Beawegea-d, Sel- Air, Bellecombe, 
gttrde, Bon-Port, EauX' Vives, Flor\ 
Seposoir, Valombré, etc. 



Les enseignes facétieuses et h 
seignes iwriées, sorte de sobrique 
lesquels on désigne certains ca 
d'un ordre inférieur, méritent ui 
Ici, l'expansion de nos réminis< 
est bridée par la salacité beaucan 
énergique d'un grand nombre d 
dénominations. Toute une catégorie 
seignes parlées, dont celles du Pt 
lant et de la Puce couronnée so: 
plus honnêtes, doit forcément étrt 
sée sous silence. 

Depuis le commencement du i 
les enseignes parlées suivantes oi 
en usage à Genève : 



1 



Araignée danseuse, Brosse, Casse-cou, 
Cave des Morts, Cave des Vivants, Cham- 
bre sombre, Chaudière, Chien blanc> 
Cœurs renversés, Coin aveugle, Com- 
munion, Coq rouge, Crotton, Fonrreaa 
d'Epée, Gouille aux Grenouilles, Grand 
Tombeau, Grilloîre, Guillotine, Lampe 
éternelle, Mille-pattes féroce. Omelette, 
Onze Poutres et demi. Pieds humides, 
Pinçon, Pipe, Rossignol, Sac de Charbon, 
Sacristie, Sept Poutres, Soupe brûlée. 
Table boiteuse, Trapon, Traquette, Trou 
sans jour, etc. 

L'enseigne de la Bonne femme, qui 
apparaît de temps à autre, parait être 
une imitation parisienne ; il en est de 
même de celle de barbier : 

ICI, DEMAIN, 
OH BASB ET ON FKISE FOUR BISN. 

Une enseigne bizarre, effacée depuis 
bien des années, était celle d'un sellier 
du quartier de la Magdeleine qui avait 
adopté la spécialité des courses de 
tuyaux en cuir pour les pompes à incen- 
die, ce qu'il annonça de cette manière 
sur les volets de sa boutique : 



BONHET 
FAIT ET BÉPASE 
LES BOYAUX DU GOnVËBNEM 



IV 

^^Es animaux les plus mêlés 
de l'homme ou les plus connus di 
les légendes, les récita des voya 
des pèlerins étaient, dans les te 
ciens, désignés par des sobrlt 
populaires que les poètes les ] 
tingués ont donné place à ces 
dans leurs œuvres immortelles. 
L'inimitable fabuliste , con 
toute la valeur d'un élément 1 
méconnu aujourd'hui, a suivi 
égard, plus d'une vieille traditi< 
sa plume, le chat devient tantf 
rible Bodilardug, 

L'Attila, le Seau des rats, 



— 322 — 

tantôt Maître Mitis, figurant souvent 
sous les noms de Grippe-fromage, de 
Bâton et de Qrippeminavd ; il nous tra- 
ce, eu deux mots, le portrait du grave et 
religieux Baminagrobis, nom que Rabe- 
lais applique aux chanoines fourrés de 
leur hermine : 

C'dtoit un chat, vivant comme un dévot ermite. 
Un chat faisant la cbaltemite. 

Un aaint homme de chai, hien fourré, ^ros et 
Arbitra expert sur tous les cas. [gras. 

Le rat se change en BongemaUle, son 
Toi Ratc^on est le chef du peuple souri- 
quois, de toute la gent Trotte-menu ; la 
pie porte les noms de Caguet-bon-beû 
ou Margot ; ou trouve te moineau sons 
celui de Pierrot, le hibou et la tortue 
sous ceux de IHste-oiseau et d'infante 
Porte-maison. La Fontaine donne au 
singe les noms de GiUe et de Bertrand, 
aussi usités au moyen-^e que celui de 
JaeJc l'est aujourd'hui. N'oublions ni 
!ntîbaut l'agnelet avec son oncle Bobin 
le mouton, ni Je(mnot-L<^in, autrement 



1 



— 323 - 

Jecm Leblanc, ni les héros de la meate 
du fabuliste : Brifaut, Miraut, Bustaut ; 
Laridon, g&té par la bonae chère; César, 
«faef de race, et Mouflar, le jeune dogue. 



Le fait des sobriquets donnés aux ani- 
maux dans les temps ob l'agricultore et 
la chasse étaient les principales occupa- 
tions de l'homme, où l'on s'entretenait 
de loups et de renards comme nous par- 
lerions aujourd'hui de Vieux -Catholiques, 
ou bien de Républicains dans une monar- 
chie, nous a paru assez important pour lui 
consacrer quelques pages que nous pu- 
blierons ailleurs. Qu'il nous suffise ici 
de donner une courte liste dç ces doubles 
Tocables. 

Le Cheval, ce noble compagnon de 
l'homme, porte généralement, dans nos 
Meilles épopées, un Aom propre et per- 
sonnel qui loi donne cette individualité 
1)160 marquée excluant t^ sobriquet de 
race. Nous parlons du cheval de bataille, 



— 324 - 

du destrier des seignears, du palefroi 

des grandes daines, et non des bêtes de 

somme. 

Cavale, Dame Ftmve. 

Roncin ou roassin, Ferrant. 

Hulet, Muiante. 

Mule, Fauvain. 

Maître Aliboron, le Coursier à longuet 
oreilles, l'Ane en un mot, porte généra- 
lement le nom de Bernard ou Messire 
Bernard Varchiprêtre. Il est souvent dési- 
gné sous le nom de 7%imers : 

Li Archeprestres Timers 
Li aanes ki n'estoit avéra 
Ma escars de paialre cardoDS, 
Bauduim i fu et Fromons, 
Fil Timer erent et jumiel. 

Lion, Boy Kohle. 

Lionne, Dame Fière. 

Orghiîleus, Nobles et Léoniaus sont 
les trois lîls du roi, souvent qualifié 
à'En^êréor. 

Le Léopard est nommé Hardi ou J^t- 
ra^l, c'est-à-dire Fier-à-pel, fier de sa 



_ 325 — 

peaa si richement marquetée, 
ou plutôt sa feotme, est Dam 
Once, Dame C 

Ours, Brun le 

Ourson, Bruniel. 

On a aussi qualifié l'anii 
Seigneur des Ardennes, de 
Vieux, de Qrand-Fère. A Bei 
^elle Mute et Mâni. Martin < 
ble individuel qui a aussi et 
sii^e et à l'âne, souvent non 
l'Oreilîu. 



Ours blanc. 


Blancars. 


Loup, 


Tscngrin. 


Louve, 


Dame He 


Sanglier, 


Saucent l 


Porc, 


Wanemer 


Olifant (éléphant) 


Fortins. 


Chameau, 


Musa/rz 01 


Dromadaire, 


Isniaus, 


Griffon, ' 


'Malegrap 


Chien, 


Eoonel. 


Mouton (bélier). 


Belin ou 



Au moyen-âge, les mots mo 



n 



— 326 — 

n'indiquaient pas nécessairement des 
castrats ou ehastrons, comme l'on disait 
alors ; le taureau est souvent qualifié de 
« Taurus li bos » et l'on entend le Mou- 
ton dire, en se plaignant du vilain au- 
quel il appartenait : 



Une fable, écrite en 1333, donne au 
tenrastre ou mouton engraissé, le nom 
propre de Saumon. Cornuicms et Biernars 
sont des agneaux auxquels il faut joindre 
leur sœur Giermete. La Brebis est sur- 
nommée Dame Blanche, Hawi, Béline ott 

Biiline li feme au mouton. 

" Bouc, Luxurieus, 

Blancs fu de cors, s'ot le vis roua. 

Chêne, Dame Barbue. 

Chevreau, Bîanchart. 

Taurean, Bruiant. 

Les poètes nous ont conservé lest 



■ — 


327 — 


noms de deux géaisses, ses mattress 


A Mariée 
Et à Bterain tenoit Bruiaoa 
Li tors, car c'estoit lor amans. 


Bœuf, 


Bohués. 


Bugle (baffle), 


Anieus. 


Cerf, 


Brichemerîe Sênéc 


Daim, 


PlaciausoaPlatii 


Bièvre (castor), 


Covllet ou Poncer 


Chat, 


Frire ThiébeH. 



postérité se compose de iîaous,de Mit 
et de Mitous. Minon est un géuéri 
dans lequel il faut reconnaître Mig 
prononcé suivant le mode ancien. 

Le Rat porte le titre de Dom P 
Dame Chauve-Souris sa femme, est 
sœur de la cavale dans la zoologie 
peu étrange dont les principes i 
guident : 



Souris, Chenue ou Ketm 

Goupil (renard), Benwt. 



— 328 — 

Le Moyen-âge, avec qui se rencon- 
trent plusieurs savants de nos jours, 
Tojait dans le Singe une sorte d'affilié à 
la race humaine, un homme dégradé ; 
aussi, ne lui donna-t-îl point de sobri- 
quet générique. Dans plusieurs sourates 
du Ecran, le Prophète déclare qu'il a 
changé eu Singes maints et maints trans- 
gressenrs de la Loi. Certains docteurs 
chrétiens considérèrent le Singe comme 
on £tre anthropologique se condamnant 
au mutisme par esprit de paresse ; d'au- 
tres virent eu cet animal une manifesta- 
tion du Diable ; pour tous, c'était un vi- 
lain personnage qui 



Guenon, Dame Bagueneau. 

Lièvre. G(dopin ou Couard. 

Cotinil (lapin), Lamprel ou Sauteret. 

Marmotte, Unate ou Oente. 

Belette, Dame Mostele. 
Taisson (blaireau) GVim6erf. 

Taissonne, Dame Slupeleade. 



— 329 - 

Tatssoimeaa, Malapi 
Hermine, Slans. 

Martre, Dame J 

Putois, Foinet 

Fuiron (furet), Fetit'pt 
Taupe, Gorte o 

Loir, Soumili 

Loutre, Dame 1 

Ecureail, Bosseî 

Page; la jolie Dieveline 
Quelques poètes l'ont i 
nom analogue au patois 
vit dans la verdure. 
Porc-épic, Féîenes 

HérissOD, Dom 1 

Des quadrupèdes pass< 
observant tout d'abord 
royauté de l'Aigle et le 
majesté de l'Empire, e 
poètes-fabulistes du ma 
donner un sobriquet et n 
paraître dans leurs ceu\ 
comme figure symboliqu( 



— 332 — 

Cbanteclair, dont le père se nommait 
Chanteelin et le fils Chanterimts, avait 
pour frères Cantart et Craùmt. 

Nous n'avons pas trouvé le sobriquet 
générique du Colon ou Colomb qui n'est 
peut-être autre que Pigeon. Quoi qu'il 
en soit, il est bon d'observer que le 
Moyen-Âge faisait nu grand usage des 
pigeons voyageurs. On lit dans Benart U 
Jfouvel: 

Tubi» et DuiiM li coulona. 
Frère germain erent cil doi, 
Estoient roeesagier le Boi, 
Car il «stoient sans flélée, 
C'aet une cose moult amâe. 



Jars, 


Brunel 


Oison, 


Gérard ou Watiers. 


Corbeau, 


Tiercelin. 


Corbasse, 


Dame Scerpenebbe. 



L'Oiseau de saint Marti» parait avoir 
porté, à une certaine époque, le nom que 
nous inscrivons comme sobriquet, car 
«n lit dans Benart contrefait : 



— 333 — 

CornetUe, Brune. 

A^ace (pie), Mehaus. 

Papegai (perroquet), Urediesi 
(ieai, Waukee. 

Espro}ion(étounieaa)Sanson , 
son fils Sansounés est restt 
80US la forme sansonnet, 
synonyme d'étoumeau. 
Moisson (passereau), Droin. 
MoissoDnet, Liénart 

L'insatiabilité et l'effronté 
ser lui fit donner de bonn 
nom de Moineau ou mauvaie 
allusion aux obsessions è 
Mendiants qui abusaient p 
droit de porter la besace 
tontes leurs volontés : 

A la maison or en alone 
Qal est à ces faus moinli 
ÂBaé» i font de lor aviaui 

dit un poète du treizième e 
d'autres noms d'animaux ne 
rigine que des sobriquets, t 
Satf anciennement Bas on 



— 334 — 

aa Mus & cause de son poil court et 
raB ; celai de Chardonneret donné & 
VAeanthis eu suite de Bon goût proDoncé 
pour la graine des chardons, etc. 
Coquenil (?), Bobiert. 
Héron, Dotn Pinçart. 

Grue, Sauteve. 

Rossignol, Lauslic. 

Ce sobriquet, qui a donné îoustique 
au dictionnaire jojeus, provient-il de 
l'allemaiid Lustig, ou du breton Eostik, 
nous l'ignorons; constatons seulement 
que Marie de France l'a employé au 
treizième siècle : 



Le ternie actuel est d'ailleurs bîea 
ancien puisqu'on lit .dans Fartonopeus 
de Blois et dans Benart le Nouvel : 



Quant arbre vienent en verdour 
El mois d'avril, et en baudour 
Sont li oiaial parmi le bos, 
Ke fl'escrie li roussi g HOi. 



— 335 — 

Dès 1350, on trouve la version de la 
fable : Comment le Paon se courrouce 
de ce qu'U ne chante comme faist le 
Rossignol. 

Gresillon (grillon) Frobert. 
Frémi (fourmi), Fremong. 
Limaçon, Tardieu, Tardtx. 

Dans l'armée du roi Noble, l'esca^^ot, 
ce prototype du cbevalier fervestu, du 
guerrier cuirassé par excellence, joue le 
rôle de porte-étendard : 

Li Limaçoos porte l'enseigne. 

Bien les conduit par la camp signe. 

Renart regarde arere soi, 

Et voit qu'il viegne sans déloi, 

Et vit Tardif qui les chadele (conduit), 

Et vit t'enseigne qui venlele; 

Ne sel conseil que Tere doie, ' 

Un saut a fet fors de ta voie. 

Renart entre dans le éamp pendant la 
nuit, et, profitant de leur sommeil, lie, - 
soit par le pied, soit par la queue, 
chaque animal à l'arbre vers lequel il 
reposait : 



1 



— 336 — 

Cil cort les antres dealier, 
Tret l'eapée, si les desnoe, 
A cbaacun trenche oti pié ou coue: 
Del deeloier s'est si haetes 
Que il est durement lasseï 
Ainz que tuit soient desDoea 
Sont li plusor tuit escoez. 
Envers Renart s'adrescent tuit 
Si cum il puéent à grant bruit. 
Et quant Renarl les vit venir. 
Si e'apareille de Coir. 
A ce qu'il entre en sa tesnièrs. 
Tatdif le saisit par derrière. 
Par l'un des piez arriéra le tire, 
Houit se contint bien comme sire. 
Atant i vint li Bois pomgasnt 
El tuil li autre esperonant, 
- Et Dant Tardif qui Renart tient. 
Au Roi le rent qui devant vient. 

n serait bien difficile de manier l'i- 
ronie avec pins d'esprit et de finesse 
que ne le fait le poète dans ces derniera 
vers, allusions dont la clef est perdue, 
, mais qui avaient trait à des faits réels, 

Car toute en est l'estoire voire. 

'^ Le plus curieux des doubles noms qui 
nous occupent est probablement celui 
du goi^l ou gonrpiî, auque> le sobri- 
quet de Renart fut appliqué depuis le 



— 337 — 

douzième siècle au moins, ainsi qu'il ré- 
sulte soit du roman d'Alexandre, soit d'un 
sirvente adressé par Kicbard Cœur-de- 
lion au dauphin d'Auvergne en 1196 : 

E voa jurasies ou moi 
E m'en portastea tiel foi 
Com f sengris à Rainart. 

Ce mot appartient à la langue des 
Goths et signifie conseiller ; Reginhart 
apparaît avec ce sens dans des pièces 
du septième siècle. Gomme sobriquet, il 
a tué tous les dérivés de vulpes ; aujour- , 
d'hui, pour les savants comme pour les 
ignorants, il n'y a plus de volpil ni de 
gorpius, on ne se souvient pas même du 
Fied-hleu ou du Coureur-des-hois ; le 
■Benard, accompagné dé ses finesses 
subtiles, est seul connu par la race con-> 
temporaine-, il en était déjà de même* 
au seizième siècle, témoin notre vieux 
dicton : 



Le nom d'un citoyen de Genève, Ba~ 



— 338 — 

nardus Vulpts, mentionne dans un acte 
de 1323, est assez singulier, représentant 
la même idée que les titres du Beinar- 
àus Vulpes, du Beinhart Fuchs, du 
Beyncke Foss et du JReynard the Fox. 
Dame Mermeline, a qui a contenance 
plus simple qu'une béguine, » est, dans 
les anciens romans, la femelle du goupil. 
Trois de ses fils ont plus ou moins étu- 
dié eu théologie et embrassé la carrière 
ecclésiastique. Benardin, l'alné, devient 
Maître provincial des Dominicains ; 
- Roussel ou S-ousseau est Cordelier et 
confesseur du roi. Souduians, réclamé 
par les Templiers et paj* les Hospita- 
liers, déploie assez d'astuce pour entrer 
dans les deux Ordres i la fois : 



Les deua abia je viestirai, 

Hes viestimens sera partis. 

A diestre je aérai viestis 

it d'Ospitelier, 
e dii Templier. 

A seniestre tA'be la irai, 

A diestre rere le ferai, 

Bien Les gouvernerai tous deu>. 

Adont i ot graat joie entt'eus, 

Viesti l'ont si c'av«a oï. 



Li pEtpes les en raviesti, 
A Renart ont fait siereraent 
K'il Teront mais à son talent. 

On rencontre autant de difâc 
dresser la généalogie des anima 
celle des personnages les mieux ] 
aussi le rang de primogéniture d 
mille du Soupius n'est-il pas sa 
ges. Quoi qu'il en soit, quatre ani 
f&Qts d'Henneline : Percehaie, G 
Poincet et Malebrancke, prél 
exercer l'art de renardie dans 
ils se firent agriculteurs et n 
dans la maison paternelle , le 
château de Malpertuis aussi 
Maîeruês et Maltrei^. L'^utfiur 
■nart le Nouvel noiis,a laissé une c 
description de cette résidence : 

Hauperiuis iert fors et saurs, 
Il estoit enctoB de trois murs 
Et ^e fossés quiriés tous plaioa 
D'aighe rade, c'estoil del maini 
Si i ot portes, coulêices. 
Et tours seures et nassices, 
Et pont lerls et fort castiel 
Ei n'a gard-i de maiigouniel, 
Ne de perciére ne d'assaut, 
Car sous une roce siet haut 



^ 



— 340 — 

Ou castiel a four et molin, 

Blet, pain, farine, car et vin, 

Fontaine, poissons ; afamé 

Ne seroient en lor aé. 

Ou castiel a rice trésor 

Si que pieres, argent et or. 

£1 mur dou chastiel a garites 

SeureS; grandes et petites, 

Espringoles et mangouniaus 

Por giéter là fors grans quariaus. 

Se il ont cuer dMaus bien defFendre, 

N'est hom el mont ki les puist prendre 

Se ce n'estoit par traïson; 

Et si ot une tel maison 

Si soutil (n'en mescroie nus), 

Conques li maisons Dedalus. 

Outre ce château, Renart possédait 
Val-griSy Estouty Val-crués et Tort-cas- 
tiel. Son cousin germain, son plus dé- 
1 voué ami, Grimbert, demeure à Malbuis^ 
son. Noble, le lion, séjourne tantôt à 
Mal/repair, lieu de sa naissance, tantôt 
à Grenomaisnil ou à la Roche-Gaillard. 
Boial'Roion est la résidence de Fiéra- 
pel ; Passe-Orguel celle du Céraste et 
Perdicion celle du Basilic. Le château 
du Dragon se nomme Boche-Ardant. Le 
couvent de Grantmont est la demeure 
ordinaire de Tarchiprêtre Asinus. 



(1* 



Mille noi 
aux animau: 

▼ères ; citOD 
nages marq 
sangliers ; 1 
■rid, tribun c 
boucs ; Gf 
chats ; Carc 
duc des bre 
Sertiîienne, 
coq SproUt, 
Niping aux 
liés du loup 
et Widelar. 
Despiers, la 
ses fils. 

,. Le singe 
Tante la pu 
de son oncli 
trouvent au 
parents : Pn 
Oriptmi et 
nau lui doni 



Vulromp, Mannequin et la petite gaenou 
Harenet. 



joue son rôle dans plusieurs branches^ 
du Benart. 

Les prêtres et les moines sont sou- 
vent, dans nos sobriquets, le sujet d'aU 
lusions peu respectueuses. Tout en pro- 
fessant ta plus profonde soumission eo- 
Ters la sainte mère Eglise, le Moyen- 
âge, bien moins superstitieux qu'on ne- 
TOUdrait le faire accroire, ne prodiguait 
pas l'estime aux porteurs d'habits ecclé- 
liastiques à qui l'on reprochait surtout 
un amour e&réné pour les biens de ce 
inonde. 

Ecoutez Jacquemars Giélée, il écri- 
vait eu 1238 : 

' Le clergé 

Est lout d'avarice taché, 
Et de sa fille convoitise 
Qui en leur coeur son feu attise. 

Benart vient d'être excommunié clo- 



— 343 

ches sonnantes et cie 
plainte est un modèle c 
libre allure : 

Que ferai-je? on m'e 
Manger ne pourrai pi 
Si je n'ai appétit ou i 
Et mou pol bouitlir n 
Tant que le feu ne se 

Voici l'ironique et l 
radouse que l'on croit t 



Sar ce terrain scabre 
rions suivre notre autei 
pensée en deux mots : 



A côté de leurs point 
leurs joyeusetës moqn 
insidieuses malices et i 
sanglant» contre le clei 
professaient des doctrin 
fort élevées, témoin ci 



— 344 — 

lieu que l'on trouve dans la Vie du 
tint hermite Rpgnart ; elle nous sem- 
le rejeter dans l'ombre les meilleures 
'aujourd'hui : 
« Diex est une substance espirituel, 
ui est toute dignité et toute perfection ; 
uî est tout puissant, tout sachant, tout 
)udîz (éternellement) durant, sanz fin et 
inz commencement d'autrui : et si ne 
eut estre esmesuré ne compris d'aa- 
Tii. Il est si bel que nul créature ne 
ourroit estre saoulée de li voier (le voir), 
e sa beauté ne pourroit estre esmesu- 
îe ne yraaginée tant est-elle grant. Et 
i est toute courtoisie et toute bonté. » 

Retournons à nos moutons en disant 
u mot de leurs gardiens, observant d'a- 
ord que le chien Roonel est souvent 
ommé Sooniaus et 



Son nom ne doit point se traduire par 
jgnetix, comme l'a fait un commenta- 



1 



— 345 - 

teur, mais par ron-net 
qui gronde en montrant 
tîale de ce vocable rap] 
Sfaakspeare dans Roméo 
The Ris tbe dog' 

On a conservé les no 
de chiens de chasse da 
nommer trois ou quatre 
quante têtes avec des 
tant à cinq ou six cent) 
serait chose facile ; ce 
grand nombre du moini 
vent plus dans les chenil 

Âfaitiex, Alingniez, i 
gauz, Bruièa, Chanuz, C 
mens, Ëngiaiez, Esclaria 
de , Esmerillon , Espil 
Frias, Frisauz, Gorfax, 
Herbeloz, Hurte-Vilaîn, 
Loviax, Malez, Morant, C 
Pastor , Passe -avant, 
Passe-mer, Passe-outre, 
gDan t , Porchaz , Hech 
Boilliez, Romp-ses-giez, 
Tomebrias, Torne-en-fui 
Tribole, Vacularz, Ve: 
Volant. 



— 346 — 

Citons panni les lices : Baude,Bîoe{e, 
Brachine, Cloete, Falaise, Fauve, Mali- 
gnose, Malparlière, Pinçonéte, S^ilef 
Violette 

Et Gelte-Rose et Primevoira 

La lisse qui fut au provoire (curé). 

Rine et Courtois sont de petits chiens ; 
il est à remarquer que dans les traduc- 
tions allemandes ou damandes de nos 
poètes, ce dernier s'exprime toujours en 
français , langue aussi courtoise que 
ceux qui en font usage. 

Dans la vieille nomenclature zoologi- 
que, une foule d'animaux portent le titre 
de roi. Aucun n'est plus royalement 
traité que le troglodyte ou roitelet, ce 
petit oiseau qui va toujours sautillant et 
que les frimas n'épouvantent guère. Pour 
les paysans, c'est le Compte-fascines 
ou Bnppetolet ; au moyen-âge, il est qua- 
lifié de : roi Berthaud, roilBertrand, roi 
Béry, roi Bidelet, roi Bouly, roi Bretaut,. 
roi de Froidure, etc. 



— 347 - 

Les principaux des 
nous veaons de passer t 
sent être antérieurs à la 
monarchie française, et 
gine septentrionale. Ils 
durant plus de mille ai 
blés anglaises, publiées 
Ogilby donne encore le 
an loup, Thibert au chai 
coq, Keyward au lièvre 
la nomenclature de La i 
première édition date dt 
duction du Benard pubi 
en 1739, donne au bér 
nom de Trigandin, celu 
loup, de Dominant au b 

L'ancienne tecbnolog 
des métiers emprunta à 
du règne anima) une foi 
mioations. A elle seule, 
lerie nous offre les te 
âne ou onagre, basilic, i 
val-de-Friae, chèvre, pi 



— 348 — 

chevrotine, chien, cigogne, corbeau, cou- 
leuvrine, étoumeau, faucon et faucon- 
neau, grue, hérisson, loup et louve; mou' 
ton, pélican, perdriau, scorpion, serpent, 
serpenteau, serpentin ei serpentine; tortue, 
truie, etc. Nous avons entendu un homme 
fort spirituel soutenir en plaisantant 
que, semblables au cheval de Troie, les 
éléphants d' A.Tiniha.1 n'étaient autre chose 
que des machines de guerre que l'on 
démonta pour la traversée du Grand 
Saint-Bernard. 



Nous désignons par des sobriquets 
la plupart des plantes et des fleurs, à 
moins que cène soient les noms scientifi- 
ques, aux sons rudes, barbares et in- 
compréhensibles pour la généralité, qui 
méritent l'épithète de sobriquets. Cela 
ne serait pas impossible. 

Nous ne saurions trancher la question ; 
dans le doute, nous préférerons toujours, 
pour la conversation, donner le nom de 



— 349 — 

Gentillet au rhododendron, ce 
Bois-gentil au daphne megereur 
les jolies âeurs roses sont les pn 
qui, au sortir de la saison des 
colorent leurs pétales ; celui de ' 
à la colchique, présage des longi 
rées de l'hiver ; et ceux d'Her 
sorciers, aux magiciens ou du 
au datwa stramonium, è. cette 
qui se multiplie chaque jour davi 
et dont toutes les parties : rai 
fleur, feuilles et graines, fournis^ 
principe trompeur aux crimiae 
s'en servent pour composer des f 
et des philtres, peut-être aussi 
cieas que ceux de Canidie, de cli 
mémoire. 

En fait de plantes vénénease: 
donnons à l'euphorbe le nom de L 
serpent et celui de Zizanie au 
iemulentum, Vivrais enivrante. ] 
gique crudité du nom ordinaire di 
bore féiide, cette plante à larges : 
palmées, se couronnant de âeurs 



— 850 — 

peut-être les plus grandes de cette cou- 
leur, chez nous du moins, nous interdit 
de le citer. 

La science est impuissante pour don- 
ner un équivalent aux prétendus sobri' 
quets : Perce-neige, Pâquerette, Pensée, 
Bluet, Coquelicot, Belle-de-jour, Belle- 
âe-nait, Beine-dea-Prés, Pain-de-loup, 
Poti»ne-de-neige, Bouton^d'argent, Ver- 
ge-d' Or, Fleur -de- Veuve , Toutebonne, 
Bonhomme; au Souviens-toi de moi, 
ces a fleurettes de ne m'obUee pas, » 
comme on disait au quatorzième siècle ; 
& la Pervenche a la âeur belle et pure 
de ceux qui ont encore le matin dans 
leur cœnr, » et dont on couronnait le 
front des viciées prématurément trépas- 
sées. Nulle dénomination ne saurait être 
substituée à celle du Tremble, car sa 
feuille craintive vacille et tremblotte à 
la simple appréhension de la brise ; ni 
au nom rêveur de l'Anoolle, où les vieux 
poètes trouvèrent une rime si riche pour 
mélancolie. 



— 351 — 

Qu'un de nos lecteurs, i 
crédule et sarcastique, ess 
«Dtre ses épaules un peu d 
entourant les graines d 
sera bientôt convaincu, i 
une le nom de Oratts-oul 
plus vrai que le savant 
i:ynorkodon. 



Lors de la peste de 1 54! 
seurs, misérables qui faisa 
étendre les ravages du flëa 
rent l'énergique sobriquet 
comme pour railler sa marc 
Rien d'ailleurs n'égalait l'i 
guenarderie des chefs de 
association qui avait juré ( 
ville entière d'une coupe 
vieille chronique contient, 
engraisseurs ou boute-pestt 
curieux passage: « Cadd 
pitalier furent mis tous 
charrlot, despouillez jusque 



— 352 — 

et auprès d'un brasier et des tenailles 
dedans que le filz du boireau, à force de 
souffler, rendoit flamboyantes, puis les 
bailloit à son père lequel, à chaque car- 
refour, donnoit à chacun d'eux alternati- 
vemeat une pinçade jusques à emporter 
la pièce. Caddo regardant le filz du bor- 
reau lui disoit : T'aré preu sofflia; et 
puis se tournant vers le père, lui disoit: 
Maistre Francey, du reliqua per l'onor 
de Dy, pour dire qu'il tenaillât l'autre 
'tout devant, et ne vint à lui que quand 
.les tenailles seroient un peu refroidies.» 



Notre petite mer intérieure, le Lé- 
man, porte le sobriquet de Grande gouUle 
depuis un temps aussi ancien que celui 
OÙ le soleil reçut le nom de Dian Bosset 
ou Jean le Boux. Les campagnards, au 
moment où le disque d'or commence à 
disparaître derrière les crêtes du Jura, 
disent : Dian Bosset va se môessi, ou : 
Bosset va se cûsst ; et les citadins expri- 



— 353 — 

ment par : Gober le Dian, l'action de 
B'étendre en plein soleil sur l'herbe des 
prairies. 

En suite des montagnes qui nous en- 
tourent de tous côtés, nous possédons 
une rose des vents des mieux garnies _ 
Plusieurs de ces courants sont désignés 
par de véritables sobriquets : la Dame 
de Lausanne est la bise, Monsieur d» 
Fort de l'Ecluse est le surnom du vent 
du raidi. La VoMdaire, littéralement la 
sorcière, est un sirocco né dans la val- 
lée du Bhône supérieur et qui exerce 
toute sa furie sur Vevey et ses environs. 
Le nom poétique de Frai d'hieu ou 
fraîcheur du jour est donné à un vent 
qui se lève après minuit et qui se dirige 
de Genève sur le plein lac. 



Nous avons l'habitude de finir nos 
chapitres au verso ; c'est pour nous con- 
former à cette règle que nous ajoutons 
cette citation de Balard qui. d'une ma- 



— 354 — 

nière générale, rentre d'ailleurs dans 
notre sujet: 

« I a envyron 36 ans (1494) que ong 
S. homme nommé frère Jehan Bourgojs, 
de l'Observance, lequel dit que viendroit 
le temps que France pleareroyt par son 
oi^eil, Bourgoigne s'en rîroit, et Savoye 
destruite seroit. II y a environ 12 ans 
(1518) que une fille allast troys jours 
par Genève non voullant boyre oy 
manger, qu'aloit dysanC : 

Le maz mugnier, 
Le maz molin. 
Le maz molu, 
Tout est perdu. 

Lesquelles choses semblent signifûer 
les affaires de présent (1530). 



CHAPITRE CINQUIÈME 

LE FER A RISOLES 



VANT que d'expliquer l'ex- 
pressioD qui nous sert de 
titre, expression dont la 
facétie excuse seule l'im- 
propriété, car les risôles ne se font ni 
dans un fer, ni dans un moule quelcon- 
que, disons d'abord que les risôles, re- ■ 
ffâles en patois savoyard, rissoles en lan- 
gage académique, sont, non pas des 
« couennes de cochon grillées », comme 
le pensait Méon interprétant les Crieriea 
de Paris, ni des c boulettes frites de 



— 356 — 

viande hachée t> comme le dit De TAul- 
nay dans ses commentaires sur Rabe- 
laiSy mais une sorte de pâtisserie bour- 
geoise qui a pris son nom du fait que, 
pour la cuire, on la rissole dans une 
poêle à frire. 




T>=r» 



I. 



iB MOT rissole a été employé par les 
littérateurs français depuis le treizième 
siècle et peut-être bien avant cette date. 
L'usage qui s'est conservé jusqu'à nos 
jours de faire cette friandise pour la 
Noël est dû à une tradition suivant la- 
quelle Marie, et cela est assez conforme 
aux coutumes de l'Orient, en aurait 
fait elle-même pour servir de provisions 
de voyage, lorsqu'elle dut se rendre à 
Bethléhem avec Joseph, en suite de l'édit 
impérial ordonnant le dénombrement 



i 



des provinces romaines, et qu'elle y 
mit au monde k Sauveur des hommes. 

L'usage du terme qui nous occupe 
n'était point restreint à nos contrées, si 
tant est qu'il le soit aujourd'hui ; les ci- 
tations suivantes ne laissent aucun doute 
sur son ancienneté. Le Dktionarms de 
Jehan de Garlande, écrit vers 1220, 
porte: 

Arthocreas dicuntur roiiBOlea. 

Les vers suivants du âict De seinte 
Léocade, par Gautier de Coinsi, nous 
font remonter à 1226 : 

Ah Clers qui vienent de l'estuda 

S'un de çax vient qui estudtent, 

Ne te conoiB, qoi es-tu, dient ; 

CraiseiuB qui dort eor les rolsoloi, 

Qui borse a dure et gifTes (joues) moles. 

A plue tost bien por son avoir. 

Que li las n'ait por son savoir 

Qui au cruisel tote nuit veille. 

Par ce est-il fox qui s'esmerveilla 

S'auques deschiéent les esc oies 

l'or querre le mole as roisolot. 

On lit dans les Grimes de Paris, ou* 



— 358 — 

« 

Trage déjà cité, et qui date de 1300 : 

Chaudes oublées renforcies, 
Gaietés chaudes, eschaudez, 
Roinsolles, ça denrée aux dez. 

Dans les Statuts des policiers ^ publiés 
en 1566, le mot risole est employé dans 
la même forme que nous en usons au- 
jourd'hui. 



Passons maintenant au fer ou moule 
à risôles, objet imaginaire que l'on 
envoie chercher aux jeunes gens inex- 
périmentés qui peuvent apprendre à leurs 
dépens, par le poids dont on les charge,^ 
à se défier de l'insidieuse formule dont 
l'usage paraît aussi ancien que le mot 
risôle lui-même, car nous venons de voir^ 
au commencement du treizième siècle,. 
De Coinsi parler des écoliers qui vont 
«querre le mole as roisolesif), et l'auteur 
de la Desputoisan de la Sinagogue et de 
Sainte Eglise met cette même expression 
dans la bouche de l'Eglise pour indiquer 



le système décevant du Jadaïsn 

la manifestation du Verbe incai 

Trop es lole et avuegle quant conti 

Je te métrai voir toutes au dessous ti 
Tn destruis les luyts et contoot et s 
Qui lor commaude quirrelM maulss 

Les maules sua roinaaoles, c'est lé 

Messies est venuz 

M. Jubinal, et après lui le! 
éditeurs de ï'Sistoire littéral 
France, traduisent : quirre let 
tuis roinssoUs par : cuire les nu 
rissoles, voyant dans cette p 
coq-à-1'âae par inversion, car, d 
on cuit les rissoles dans les n 
non les moules dans les rîssol 
croyons complètement inexa{ 
explication, hasée sur une man 
terprétatiOQ du mot qtiirre qu 
non pas cuire, mais chercher, g< 



II 

ijB QUE nous avons dit du moule à ris- 
iles ne doit point être généralisé et 
[ipliqué à toute pièce de pâtisserie, car 
)n nombre d'entre elles se sont toa- 
lurs faites et se font encore au moyen 
î moules. 

C'est le cas pour les merveilles, les 
iblies et les briceîets, breci en patois, 
irte de gaufre plate, qualifiée au moyen- 
;e d'oublié renforcée ou de pain ferres, 
. qui semble tirer son appellation locale 
ï l'allemand breeel offrant un sens ana- 
gue. Ces pièces se fabriquent avec des 
ouïes en fer dont nous avons vu plu- 
eurs exemplaires portant des dates du 
izième siècle. On lit, dans nos Regis- 
es, qu'en 1596, un oublieur fut coD- 
imné à soixante sous d'amende parce 
le ses fers portaient la scandaleuse 
lage du Christ crucifié. Quelques col- 



— 361 — 

lections offrent dea moules de pain à 
chanter qui ont huit à neuf cents ans de 
date. 

Ce qu'en France on désigne sous le 
nom de pain d'anis, nous l'appelons bis- 
caume. C'est un pain au miel qui se fait 
sans moule et sans fers. 11 n'en fut peut- 
être pas toujours ainsi, car nous avons la 
en 1871, dans la Feuille d'avis de Neu- 
ekâtel, la curieuse réclame suivante : 

LE DESSERT FAVORI 

DE CliARLE5-LE.TËMÉRAIRe 

RETROUVÉ 

est le véritable pain d'anU de Qrandsan, dont 

la recette et les moules provieaaeat du camp 

abandonné par ce prince en 1476. 

Des mëdecina compétents reconnaissent à 
ce produit des vertus digestives incontesta- 
blea. 

Le craquelin, qui est le véritable pain 
d'anis du moyen-âge, peut se conserver 
un siècle sans trop s'altérer ; c'est la 
ressource des châteaux éloignés des 
villes où il tient compagnie aux quatre 
mendiants. On le fait dans des moules 
dont neus avons recouvré dix-sept types 



— 362 — 

lés dans des plancbea de bois dar. 
>iëces, assez rares, datent du temps 
luis XIV ; D0U3 les avons données 
usée de Genève où elles se voient 
ird'hui. 



m 

rsTiTB dissertation commençant ce 
tre touche, comme on a pu le pres- 
r, à l'usf^e du poisson d'avril, si 
idu dans toute la France, et au stijet 
el on a écrit bien des pages que 
n'avons pas à répéter. A Geniva, 
t plutdt mois d'avril, chantant aoz 



Hoia d'avril 
Qui fait courir 
Les ftnea gril 
Jusqu'à Paris t 

tons qnelqaes faits rentrant, plus 



ou moins, dans la catégorie de celai 
nous occupe. 

Dans son Dictionnaire du patoi 
Bas-Limousin, Bérooie dit que, le 
mier avril, les cuisiniers envolent li 
marmitons chercher Ion molle de 
gogos, c'est-à-dire le moule à boud 
et que l'on donne à. ces derniers, ei 
renTOjant, un ohjet très-pesant à poi 

A Gex, on charge les jeunes gens i 

expérience d'aller chercher du îe\ 

■ pour faire des saucisses on bien 

meswe des épenallets (échinée de pa 

Chez les vignerons du canton de Yi 
dorant les travaux de la vendange, 
envoie l'ouvrier le plus niais cherc 
dans une hotte, la machine on l'aff 
pour nettoyer les cuves, partout on chi 
le pauvre diable de pesantes piei 
Ini recommandant encore de porter t 
précaution, et en marchant bien le 
ment, le fardeau dérisoire. 



— 364 — 

Tout autant qae dans les camp^nes, 
peut-être plus encore, ces mystifications 
sont de mode à Paris. 

Les épiciers sont habitués à voir les 
bonnes venir chercher une livre de aeî 
dessalé, un quarteron d'œufs âe coq, pour 
deux sous de poudre de patagon, de 
Vhuiîe à effacer les taches. 

Comme le moindre pli altère le ve- 
lours qu'on est obligé d'enrouler au lieu 
de le plier, on ne manque pas, dans les 
maisons de nouveautés, d'envoyer le 
commis le plus inexpérimenté chercher 
la presse à velours. 

Il n'y a pas jusqu'aux administrations 
militaires où l'on n'envoie quelque jeune 
élève-fourrier chercher, de bureau en 
bureau, la planchette à faire les guille- 
mets, tout comme, à la caserne, on lance 
le véritable conscrit à la recherche de 
la pierre à enfoncer le mou, du para- 
pluie de Vescouade, etc. 



— 365 — 

A Genève, on chaîne 1e 
menuisiers ou charpentiers ' 
cher une varlope à renfler 
mèche pour percer des trot 
lime pour affûter le rabot à c 
nmllon à placage, Véquerre c 
li'étampe pour les corniches 
très, la griffe pour dégauchit 
le marteau à trois pannes, 1 
paquet et la filière en plomb 
der la chaux, appartiennes! 
riers qui envoient leur sou 
vendre le mâchefer chez les 
d'eau de Selte, ou le laver pi 
de îa limonade. 

Dans les ateliers typogra 
envoie un apprenti bien no' 
der la pierre à aiguiser le 
les gants en fer pour forte 
leaux, des espaces italiques. 

La fabrique d'horlogerie < 
terie est riche en ce genre. 
des formules insidieuses y > 
infini. Rappelons la lime à ■ 



' ; — le chalumean à trois ou à six 
— le maillet de coton et la boule 
rre; — le mandrin en verre; — le 
à attacher; — la tomme de boue, 
I fait accompagner A'huile de coude, 
pour n'être pas de Yhuile de cotrets, 
est guère plus agréable. Chez les 
ïurs, le nouveau-venu s'évertue à 
■ir des bouchons ou bien à piler du 
>on jusqu'à ce qu'il devienne blanc. 

rsqu'un jeune homme peu dégruffé 
se déguiser, on lui dit d'aller 
unter chez un tel sa peau d'aigle 
. peau de truite, ou telle autre chose 
peu trouvable; on lui dit qu'on l'a 
e à un tel, qui dit l'avoir prêtée & 
utre, et ce n'est qu'après de nom- 
jes courses que le trop naïf cher- 
ry harassé par ses courses inutiles, 
lence à comprendre qu'il i'st le sot 
farce, 

0]) rarement peut-être, les mystifi- 



— 367 — 

catears sont mystifiés ; nous l'avon 
pendant vu dans une veille de Noë] 
sée à. la campagne ; les spirituels di 
envoyèrent assez loin une jeune 
simple et douce chercher le levain 
faire les risôles: elle revint, 'non 
chaînée de pierres, mais bien d'un 
gnifique pendeau de poires chs 
qui déconcerta singulièrement let 
B'apprétant à rire. ' 

Voici un poisson d'avril giganti 
dont fut victime, il y a près de i 
cinq ans, une ville entière, admin 
teurs et administrés. Laissons la p 
à M. Cr. Stenne qui a intercalé l'ave 
dans un article de journal intitula 
premier avril. 

« Je ne vous nommerai pas la ' 
qu'il vous suffise de savoir qu'elli 
renommée pour l'excellence de ses 
de foie gras, la qualité de sa biè 
hauteur de sa cathédrale et le patrio 
de ses habitants. 

A Le fait m'a été raconté par u 
acteurs, M. Zumsteîn. 



— 368 — 

« Le premier avril 185..., le bruit se 
répandit tout d'un coup dans la ville que 
rÉmpereur arriverait incognito dans la 
journée. 

« En un instant, tout le monde fut en 
fête ; les écoles et institutions donnèrent 
congé, la troupe et les pompiers se mi- 
rent sous les armes. 

c( A rheure indiquée, le préfet, le gé- 
néral de division, toutes les autorités, en 
un mot, se rendaient en corps au débar- 
cadère du chemin de fer à la grande stu- 
péfaction du chef de gare. 

a — L'Empereur, dit-il, mais je n'ai 
pas le moindre avis, c'est impossible ! 

« On se regarde, on se consulte. 

a — Télégraphiez à Paris. 

c( Ainsi fut fait. 

(( Tout à coup, le général se frappe le 
front. 

(( — Tonnerre ! s'écrie-t-il, c'est le 
premier avril aujourd'hui. Nous sommes 
volés ! 

« Ce fut une traînée de lumière. 

c< On alla aux informations. Voici ce 
•^ qui était arrivé : 

c( Comme la ville est située à l'ex- 
trême frontière, il y avait à la gare un 
agent chargé de surveiller l'arrivée des 
trains et de, signaler certains voyageurs. 

« Ce fonctionnaire faisait du zèle et 



avait indisposé un autre employé ; le 
matin, ce dernier, pour se moquer du 
premier, dit mystérieusement à ua col- 
lègue, mais de façon à être entendu de 
l'agent : 

« — L'Empereur arrive aujourd'hui 
incognito; je viens de voir la dépêche 
chez le chef de gare. 

a Le trop zélé employé communiqua 
aussitôt la nouvelle à la place ; une se- 
conde indiscrétion l'avait portée à la 
préfecture, et bientôt dans tous les lieux 
publics. 

ce Le préfet fit venir l'agent, et se 
préparait à lui faire une verte mercu- 
riale, suivie, sans doute, d'une destitu- 
tion ; mais le général se mit à rire. 

« — Mon cher préfet, dit-il, nous 
avons mangé le poisson, ce n'est pas à 
ce pauvre diable de payer la sauce. En- 
voyez à Paris une seconde dépêche qui 
annulera la première. 

n Cet avis fut adopté, et tout finit par 
des rires, compie il convient le premier 
jour d'avril. » 



IV 

^^CBAUT le cours de l'impression, 
DOns avons retrouvé quelques pièces ; les 
trois emprâs suivants sont employés sur 
la rive gauche de l'Hermeuce. 

PI, pon d'or d'une balance 
Carillon est tout en France ; 
Tajagnor, lacbignor, 
Les Allemands en dehors I 

« 

Paums-la une, 

On continue jusqu'à ; 

Paume-la neuf ; 
Cache-moi bien 
Dans un toupin, 
Jusqu'à demain I 

Allons au bois cueillir des fraises. 



S'il n'7 en a point 
Tu t'en passeras, 



Les pièces suivantes provieD 
la vallée des Bonies : 



La pomme c 
Qui llle la laine, 
Du prin coton, 
Taldi, taldan (taldon) ; 
Copa le besson I 

L'ixé, comme mezé de boue aO la 
Par'ian, para dou, para trë, para quai 
pbin, para ai, para aa. para boui, i 
para dî ; la pâdri ! 



Margoton ; 

Prends ton pain, 

Va à Turin r 



Voici deux formulettes lausan 
Lorsque j'élais petite seule» 

On m'envoyait cueillir du crese 
Verduron, rerdurette, 
Cueillir du c 
Verduron ! 



Je descends dans mon jardii 

Pour cueillir du romarin. 

De gentils coquelicots 

Tout nouveaux t 



Variante de Temprô rapporté i la 

pt^e 16 : 

Un petit cbien perché, 

Au bout d'un clocber ; 

Tirons-lui la queue. 

On lui verra les ;aux. 

Trente- et-une. 

C'est la lune ; 

Trente -deux, 

C'est le feu ; 

Trente -trois, 

C'est la joie (noix); 

Trente-quatre, 

C'est la rate ; 

Trente-cinq, 

C'est le serin ; 

Trenie-Bix, 

C'est la souris ; 

Trente-sept, 

CflBi l'écheTetto; 

Trente-huit, 

Cest la marmite ; 

Trente- neuf, 

C'est l'œuf; 

Quarante, 

C'est ma tante. 

L'emprô de la page 54 se retrouve k 
Auxomie, mais en termes assez diffé- 
rents : 



— 373 — 

Il fit trois sauts, 

Tomba sur le dos ; 

Et dit en courroux : 

Pour qui ? Pour vous ! 

La Calbautine 

Te casse Téchine ; 

Trognon de chou 

Te casse le cou I 



Les deux variantes de l'emprô gène* 
Tois qui suivent ont été recueillies, la 
première à Vesenaz, l'autre à Herchant. 

Zampro, zirin, carin, carau, Duprix^ Simon, 
Lataille, Brifaiile, tante, feuille, foille, moille, 



Emprô, girin, carin, marin, dupi, simon, la- 
taille, budaille, dufi, coki, bordeau, de la 
pierre, de la mort, dihô ! 



Dans ses commentaires sur Rabelais, 
le savant De l'Aulnay dit qu'en certains 
lieux, le cache-cache se nomme Bourry 
harryzouy et qu'en Béarn on l'appelle 
Tor,por^ morillon. Il donne la formule 
employée dans cette contrée et dont 
Henry IV dut se servir plus d'une fois 
dans sa jeunesse : 



■ i 



Por, por, morilloD, eaoutâ crabe, Gaoutè 
boun, que lou dacrë que a'eo ane. 

se sert à Toul, pour le jeu de la 
, qui D'est pas sans analogie avec 
;he-cache, d'une sorte d'emprô qu'il 
OD de rapprocher de la formule sa- 
:de citée à la page 46 : 



jeu offre d'ailleurs d'autres pa- 
, les suivantes par exemple: 

ro, ta, ti; ir, lo, ta, ta; Madame ira ou 
pas. Er, ro, ta, ti; er, ro, ta, ta; Lolo 
i ou ne courra pas. Ir, ro, ta, ti ; ir, ro, ta, 
Q ira ou bien Lnlo ; si n'ira pi, ni n'ira 
[adame ira et l'attrapera I 

lici la formule lorraine du jeu de la 



lune, la lune, qui donne, qui donne; 
chevalier faut-il lever la plume, marche 



, jeune fille remplissant le rôle de 



'■>?'' ■JTV*-' • '«Sri***»!: •"' 



— 375 — 

lune répond aux questions de ses com- 
pagnes : 

Qu'y a-t-il dans la lune ? Un œuf. — Qu'y 
a-t-il dans l'œuf ? Du blanc. — Dans le blanc ? 
Du jaune. — Dans le jaune? Une aiguille. — 
Dans Taiguille ? Le diable. 

Les rimes défendues par le pouvoir 
ecclésiastique au dix-septième siècle 
ont laissé ce souvenir : 

DominuSf 
J*ai des puces ; 

VohisGum, 

Je les assomme; 

Et cum spiritu tuo. 

A grands coups de marteau 1 

L'antagonisme entre les gamins des 

deux cultes a fait naître, dans notre 

payS; plus d'une formule analogue à 
celle-ci : 

Catholique, Catholique ! 
Monté sur un bourrique ; 
Protestant, protestant I 
Monté sur un cheval blaqc, 
Va jusque au Mont-Blanc ; 
Le bourrique lève le cul, 
Le Catholique reste pendu I 



•< I 



*. 



lans se moquent de la jeune 

chaîne de colifichets en lui 
it: 

Darri sO Chancet, 

La polailla y dansa. 

Le poil et î San ta. 

La Zetta ee fa bella. 

Tapa, tapa bû l'écuella, 

Vira, vira lu triolieu, 

Zozon Bara L'épeu I 

iew est une sorte de battoir, 
dont on se sert pour masser 
n matolles et en faire sortir 
lu babeurre qu'il peut encore 



[ lignes, formant le commen- 
la formule tronquée de ta 
offrent la même pensée que 
; la rimette employée à Mesi- 
irs dans le but de faire saver 



— 377 — 

Su le pont y a tré corda, 
Yonna cria, Tautra borla (hurle > ; 
Jean-Simon ne peut pas veni, 
Sa fenna va mouri ; 
Un gran de sau pour la guéri. 
Un gran d*épi pour veni, 
Ni! Ni! Ni! 



L'idée triviale domine dans ces pièces 
dont nous avons recouvré plus de vingt 
rédactions ; il y en a de beaucoup plus 
fortes ou, si Ton veut, de beaucoup plus 
faibles que la suivante : 

Save ! Save ! Savignon ! 

Sur le eu de la mère Dodon ; 

La mère Dodon est morte, 

Quand la mère Dodon fut morte, 

On n*a plus pu 

La faire saver sur le eu ! 



A son camarade qui doute de ce qu'il 
Tient de lui raconter, le gamin dit : 

Croix de bois, croix de fer; 
Si je mens, que je tombe en enfer ! 

Il n'y a aucune transition à établir 
entre cette formulette et le jeu de Croix 



— 378 — 

et Pile qu'elle vient cependant de nous 
rappeler involontairement. Ce jeu est 
fort simple : on lance en l'air une pièce 
de monnaie en disant croix ou pile. Le 
joueur a gagné si la pièce montre l'a- 
vers pour le premier mot et le rêvera 
pour pile. Ces termes nous font remon- 
ter à l'époque carolingienne oil les mon- 
naies portaient la croix d'un côté et un 
temple à piliers de l'autre. Ils sont une 
preuve de la persistance, de l'incons* 
cience et partant de l'exactitude que 
peuvent offrir certaines formules enfan- 
tines, car la croix ne se marque plus 
sur les monnaies d'où le temple est 
banni depuis bien des siècles. La syno- 
nymie Tête et File semble prouver que la 
croix était, à l'origine, considérée comme 
le véritable droit ou avers de la pièce. 



Les anciens Genevois du seizième 
siècle se moqnaîent dçs Réfugiés fran* 
çais de mille manières. Considérant 



— 379 — 

l'extrême frugalité de ces pauvres abu- 
sés, ils leur reprochaient de déjeuner du 
bouillon dans lequel avait cuit un œuf 
à la coque, et concluaient leurs contes- 
tations avec eux en leur disant dérisoi- 
rement : 

Allez dans votre pays cnanger un quart 1 

Ce dernier fait est consigné dans les 
Registres au Consistoire sous la date du 
22 novembre 1554. Nous avons précé- 
demment commenté la buée enfantine : 
Pas pour deus quarte 1 

Nous n'7 reviendrons pas, faisant seu- 
lement observer que, durant l'occupa- 
tion de 1798 à 1814, les Français, cho- 
qués de nos vieilles dénominations mo- 
nétaires, de la prononciation désagréa- 
ble de la finale ard, et de l'économie 
quelque peu parcimonieuse des Genevois 
du temps, débitaient à leur adresse des 
rimes ironiques dont la suivante s'en- 
tend encore quelquefois ; 



Tu «3 bU quarts 
Et moi dix-quarts ; 
Allons à Grange- Canard 
Manger une omelette au 1 
Qu'en dis-tu Nicolara? 



i avons eu lieu de faire remarquer 
rime populaire revêt facilement 
ileurs fantastiques. Elle se base 
sur des faits complètement erro- 
ïur les Genevois du siècle der- 
:, malgré la preuve palpable du 
re, c'était un article de foi de 
que le bourdon de l'église de 
'ierre, l'ancienne cathédrale, por- 
iscrïption : 

[ cents quintaux je pèse : 
ne me veut croire me descende, 
irand poids de Genève me pèse, 
'emonte et me repende. 



que aucun jeu d'enfant ne s'exé- 
ins prononcer quelques paroles 
es, quelque formulette plus ou 
ongue. 



— 381 — 

Les jeux de mâpiSj marbrons ou go^ 
hilUs (billes suivant rÂcadémie)| doi* 
vent être aussi anciens que ceux de' 
boules et de quilles, dont Torigine se 
perd dans les plus obscures ténèbres 
du passé. Les premiers hommes con- 
nurent les baucheSj et dès que le sau- 
vage de nos contrées eut une massue, il 
pratiqua le billard primitif, les cailloux 
du diluvium lui servant de balles ou de 
billes. 

Les écoliers Jouent aux mâpis de 
mille manières. Les petits Romains sa- 
vaient déjà faire rouler des noix sur un 
plan incliné avec assez d'adresse pour 
leur faire toucher le but ; c'est notre 
toque, appelée tapette ailleurs. La Fos- 
sette est mentionnée dans plusieurs 
écrits du moyen-âge ; il en est de même 
de la Forteresse, oii les marbrons, em- 
pilés comme des boulets dans un arse- 
nal, doivent être dispersés d'un coup 
par le joueur lançant son mâpis par une 
chique aussi adroite que vigoureuse. Ce 



— 382 — 

mot cMque est donné au pouce replié et 
comme bandé sur l'index. Chacun a la 
sienne, la chique rogneuse est la pire de 
toutes. 

DaDs le Carré, l'heureux joueur qui 
parvient à piquer le mâpis de son ad- 
versaire fait razzia sur tous ceux de la 
bordure. Une pièce de monnaie âchée 
verticalement dans le sol, une bille d'a- 
gathe, de cornaline ou de verre de Ve- 
nise, sert de but et d'enjeu dans le plus 
simple de ces délassements- 
La Boulette, la Oc^itale, le Serpent, 
etc., sont d'autres variétés du jeu qui 
nous occupe et sur lequel nous ne sau- 
rions nous arrêter plus longtemps. 

Les exclamations : Entasse I et Point 
d'entassé ! sont familières aux joueurs 
de mâpia. Prendre une entasse, c'est, 
sans se rapprocher du but, se placer en 
biais, de manière à éviter un obstacle. 
Quelques-uns disent tasse par aphérèse, 
«t d'autres entorse ; ceS derniers pour- 
raient bien ne pas avoir tort 



— 383 — 

On nomme BansfUille un exercice d'é- 
•colier qui consiste à placer, à aguiller, 
suivant la; langue locale, une pierre, une 
boule, une tuile, sur un piquet ou sur 
une butte quelconque, et à tâcher de les 
déguillerj de les abattre à coup de pier- 
res. Si Tobjet à renverser est unique, le 
jeu se nomme Banguille moineau ; s'il 
y en a plusieurs, c'est le Banguille cha- 
pelle. Le premier joueur crie, en lançant 
sa pierre : Banguille tête à moineau (ou 
chapelle) pour un tel ! Celui qui est 
nommé continue, on suit jusqu'au der- 
nier dont le mot est : Banguille tête à 
moineau (ou chapelle) pour la servante ! 

Le nom de Clicli-mouchet ou Clicli' 
mouchette, semble être une corruption 
de cligne-musette. Celui qui préside le 
jeu s'assied à une place éminente, en- 
voyant ses camarades se camper aux 
lieux qu'il indique, ayant soin de porter 
aussi loin que possible celui contre qui 
il a quelque rancune. Il s'écrie : Clicli- 



— 384 — 

mouchet! Tous répondent: Pour qui? 
Le président nomme sa victime qui ne 
peut arriver près de lui qu'en ayant re- 
çu, de tous, force tapes du plat de la 
main ; mais le battu occupe le fauteuil 
de droit, n'oubliant pas d'user de repré-» 
sailles contre celui qui l'a fait rosser. 

Les deux jeux de Marelle ou Mérelle 
sont fort en usage à Genève, bien que 
ces noms y soient inconnus. 

Nous appelons Feu celui qui s'exécute 
sur une sorte d'échiquier coupé de li- 
gnes qu'on tire des angles et des côtés 
par le centre. Chaque joueur a trois 
jetons qu'il s'agit de faire arriver sur 
une seule ligne. On tient que ce jeu est 
une image des manœuvres dans un com- 
bat naval. Il est ancien, car l'auteur du 
Boman du Benart le mentionne à plu- 
sieurs reprises ; sous le nom de Bais 
d^escarboucle, son tablier figure, depuis 
1212 au moins, dans les armes de Na- 
varre. D'ailleurs, ce jeu est connu de- 



— 385 — 

puis une si haute antiquité dans la Bis- 
caye qu'on a cru devoir lui reconnaître 
une origine phénicienne. 

Le jeu précédent est propre à tous les 
âges ; l'autre, connu sous le nom de 
Clef, n'est pratiqué que par les enfants. 
Us tracent sur le terrain un rectangle 
divisé en sept chambres ou cases qu'ils 
font successivement parcourir à un palet 
mené à cloche-pied. Le joueur a perdu 
si son palet s'arrête sur une ligne du 
tracé, à moins qu'il ne s'écrie à temps : 
Crachat Mirette ! mais ses camarades le 
devancent ordinairement au moyen de la 
restriction : Pas crachat Mirette ! Faire 
les Aveugles, c'est parcourir toutes les 
cases à yeux fermés. Dans la Clef fran- 
çaise, le rectangle n'est divisé qu'en six 
compartiments, mais il en offre douze 
dans la variante qualifiée de Jeu des 
Culottes. Le Quarreau du moyen-âge 
était un simple carré coupé en quatre 
cases par deux diagonales. 



2S 



— 386 — 

La Cachette ou Cctche-cache papillon^ 
est un jea dans lequel un enfant cherche 
un objet caché à dessein, ses camarades 
loi disant : 

Cherche, cherche, papillon, 
Tu es bien loin de ta maison ! 

Si le chercheur s'approche du but, on 
l'en avertit par: Tu brûles! s'il s'en 
éloigne, par : Tu gèles ! On lui offre la 
Clef des champs moyennant un gage, si 
l'espérance l'abandonne. Des mots sem- 
blables sont employés dans le Colin- 
Maillard, jeu qui parait remonter aux 
dernières années du dixième siècle. 

Dans le jeu de la Tine, du Neuf -creux, 
ou de Pipotent [Tipotent par métathèse), 
c'est-à-dire de Pied-puissant, l'enfant 
s'apprêtant à faire entrer sa balle dans 
la tine ou creux central, crie à celui 
qui, armé d'une batte, doit la renvoyer : 

Garde ta tine et ton creux! 

AU jeu de Petit hanhomme vit^ 




'^ 



. 



— 387 — 

on se fait passer un brandon allumé de 
main en main, celui qui le laisse étein- 
dre doit un gage. En donnant la torche 
à son voisin, on ne doit jamais oublier 
la formule : 

Martin vit. 
Vit-il toujours ? 
Toujours il vit ! 



Puisque nous faisons des addenda, 
nous voulons ajouter un mot sur le cri : 

Vive Savoye! 
Vive la Crois blanche! 

qui retentissait dans toutes les rues cha- 
que fois que la cour séjournait à Genè- 
ve, ce qui arriva fréquemment, au quin- 
zième siècle surtout. £n 1524, la* pois- 
sonnière de la maison ducale, se trou- 
vant à Ghambéry, dit au duc que lès 
syndics de Genève avaient voulu la pu- 
nir parce qu'elle avait prononcé le vivat 
ci-dessus. C'était une vanterie calom- 
v^i^âe pour laquelle cette femme fut, à 






— 388 — 

iOQ retour, emprisonnée et vertement 
lancée. Nous le répétons, la présence du 
ionverain emportait avec elle la légali- 
iatioD de cette clameur, avec le droit de 
'aire flotter le pavillon de Savoie sur la 
lemeure du prince. 



Miracle ! Miracle ! 

!st une exclamation que l'oa rencontre 
réquemment dans les vieilles pages de 
lotre histoire. Nous ne voulçns pas rap- 
)eler la plupart des circonstances dans 
esqaelles on l'entendit, parce qu'en fai- 
lant le tableau des superstitions du 
emps passé nous aurions trop l'air de 
aire la critique des excentricités bigotes 
lu adtre. 



ÉPILOGUE 



OUS ne voulions , en com- 
mençant, écrire que huit à 
dix pages sur l'ancien Em- 
prô de Genève. Sans trop 
nous en douter, nous avons fait un livre. 
Un livre qui mérite bien un errata.Il nous 
faut donc, en finissant, faire notre meâ 
eulpâ. 

Il Tontes les fautes, dit-on, sont per- 
sonnelles ; t> nous avouons ne pas bien 
comprendre cette maxime, mais, comme 
nous savons d'ailleurs que : « Deux fau- 
tes valent quinze » et que : a Celui qui 
fait la faute la boit, » nous sommes forcé 
de rejeter nos erreurs générales et parti- 



res sur les vrais coupables, quels 
I soient. 



ïstimant que pour entrer dans ud 
, ii faut d'abord en traverser le ves- 
e, on nous reproche l'absence de 
ice, noQS laisserons cette lacune à 
targe du Public, qui professe un 
îrain mépris pour cette pièce pré- 
laire, tournant avec dédain et d'un 
paquet toutes les pages portant en 
sa malencontreuse indication, 
loique si peu prisée, une préface 
ne composition littéraire aussi dif- 
qu'une autre ; nous avons été 
mé de contourner l'obstacle en n'en 
nt point. D'ailleurs, qu'aurions-nous 
' — Que nous sentions la nécessité 
poser le plan suivi dans notre tra- 
: Mais, il sauterait aux yeux de tout 
onde que nous n'en avons tracé au- 
et que, loin d'être méthodique, nous 
:hon8 le plus souvent à bâtons rom- 



— 391 — 

pus. — Que nous avions cédé à de pres- 
santes sollicitations pour nous laisser 
imprimer : Personne ne nous aurait cru* 
— Que nous adressions mille excuses 
aux lecteurs pour le fond puéril du vo- 
lume, pour son aridité, pour la faiblesse 
du style : Servilité inutile, peines per- 
dues ; si notre but est manqué, la con- 
damnation est imminente car : 

Un auteur à genoux^ dans une humble préface, 
Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce- 



&'ij ce que toute personne logique et 
sensée ne manquera pas de faire, on nous 
reproche de n'avoir pas terminé par un 
bon réquisitoire, par un résumé philoso- 
phique apportant une pierre bien taillée 
à l'édifice de la science, notre excuse 
est prête ; nous n'avons pu, malgré bies 
des recherches , réunir plus de cinq 
cents pièces originales, il nous en aurait 
fallu cinq à six mille, recueillies sur 



— 392 — 

ute l'étendue des Gaules, pour tirer 
le conclusion satisfaisante. 
Bien peu de nos lecteurs pourront se 
;urer les difficultés que l'on éprouve à 
cueillir des formulettes enfantines. On 

rencontre certainement (des difficul- 
i) dans la récolte de n'importe quels 
csments. Tous les archivistes ne sont 
a gracieux, ni tous les bibliothécaires 
mplaisants ; plus d'un chartrier ecclé- 
istique,ceux des Acatholiques surtout, 
nt des espèces de forteresses que l'on 
iborde pas aisément. Demandez un 
iprâ i. un enfant, à un savant ou à un 
Qorant, c'est autre chose encore. L'en- 
at ne le sait plus ; la gravité du sa- 
nt est aussi profondément indignée que 
défiance de l'ignorant est excitée. Four 

dernier, la demande est un piège ou 
en une mystification croissant en mè- 
re de l'insistance ; pour l'autre, c'est 
le question dont la puérilité constitue 
1 véritable outrage fait à la dignité 
ictorale. Sauf de rares exceptions, les 



— 393 — 

illettrés ont été nos pourvoyeurs les 
plus intelligents. Mais il faut les appri- 
voiser. Un dîner, un verre de vin qui, 
placé à propos, a. tire autant qu'une 
paire de bœufs », suivant un adage des 
campagnards, comptent au nombre des 
moyens qu'il ne faut pas dédaigner pour 
arriver au but. 



S^i des éplucheurs ombrageux ont trouvé 
par-ci, par-là, quelque fumeron rappelant 
le chandelier à trois branches, c'est la 
faute à Salomon ou à son délégué Hiram* 
Abif, ou bien encore slux profanes, étran- 
gers au nom ineffable et ignorants du 
mot qui scintille entre les étoiles : 

Cela n'est plus, ni ne sera plus, 

Et cela est encore. 

Marunatha ! 



Si nous avons laissé courir quelque 
pensée tant soit peu absolutiste ou into- 



— 394 — 

lérante, c'est la faute à Calvin et compa- 
gnie, nos premiers guides dans la voie 
pliilosophique. 



Si une nuance hétérodoxe a trouvé le 
moyen de se glisser de notre plume, ce 
refrain bien connu nous tirera d'affaire : 

C'est la faute à Rousseau, 
C'est la faute à Voltaire, 
Que voulez-vous que j*y fasse I {hia) 



iSi des fautes typographiques déparent 
nos lignes : coquilles ou pâtés, singuliers 
pour pluriels, interversions et calem- 
bours, mettes^ tout sur les épaules de 
notre imprimeur, il a bon dos ; c'est 
lui qui nous a suscité les anicroches 
suivantes : 





|»AGB 


LI6NB 


USEZ : 


.*- 


8 
il 


21 
14 


ponctuerons : 
ou 




18 


il 


revient 







— 395 — 


19 


22 


poêle 


59 


1 


manques-à-toucher 


99 


27 


Saurons 


113 


15 


boyt 


113 


16 


lui, pour deu 


115 


8 


Tzaulzevîllhe 


159 


14 


pour ceux du, au lieu de : 
pour le 


212 


8 


Demandez la 


3(W 


4 


employés 



C'est également notre éditeur qui, par 
sa fiévreuse impatience de faire voir le 
jour à VJEmprô et par la rapidité de l'im- 
pression, nous a empêehé de mettre & 
leur place les formulettes groupées à la 
fin du chapitre précédent oti nous n'a- 
vons pas même pu placer celle-ci : 

Justine de Virieux, 

Prête-moi tes souliers bleus, 

Pour aller en paradis; 

On dit que c*est si beau, 

Qu'on y voit des petits oiseaux 

Qui piquent le pain bénit. 

Pi I pi ! pi I 



Si nous avons écrit quelque passage, 
quelque mot, traité quelque sujet de na- 



1 



— 396 — 

tare à alarmer les tètes dans lesquelles 
la pruderie a remplacé la vraie pudeur, 
la faute en est à Tignorance caractéris- 
tique de notre époque qui, malgré les 
épithètes de siècle de progrèSy de siècle 
de lumière, qu'elle s'attribue trop gra- 
tuitement, n'est, après tout, qu'une pé- 
riode de recul, aussi arriérée au point 
de vue philosophique qu'elle est distin- 
guée à celui du scepticisme et de la su- 
perstition. Pas une de nos paroles n'est 
intentionnellement obscène, nous avons 
poussé la prudence jusqu'à refuser place 
aux formules purement erotiques. Ja- 
mais nous n'admettrons, dût-il s'agir du 
mot aussi bas que sublime de Cambronne, 
t qu'il y a dans la langue française des 
expressions condamnées à n'être jamais 
écrites par un homme qui se respecte. » 
Henry Estienne l'a dit : a les paroles 
ne sont point sales, il n'y a que l'intel- 
ligence qui les perçoit, i» « Si le liseur 
n'est une beste, ajoute Bonivard, il pourra 
bien cognoistre que d'un parler fardé ne 



— 397 ~ 

faut attendre que barat et déception. » 
En aucune manière, nous ne saurions ad- 
mettre de compromis entre la vérité et 
le mensonge, entre la vertu et l'hypocri- 
sie, de quelque masque que cette der- 
nière se couvre. Avant de se prononcer 
définitivement, avant que de crier sur 
les toits : a Vœ homini illi per quem 
scandalum venit », nos susceptibles cri- 
tiques feront bien d'ouvrir un traité De 
Scandalo, et de lire le chapitre consacré 
au Scandalum pharisaïcum. 

D'ailleurs, par le temps qui court, on 
peut soutenir, encore mieux qu'autrefois, 
que: 

Li siècles est si mavès. 
Si mesdisant et si pngnés, 
Qu'il tesmoigne ce qu'il ne voit 
Et blasme ce que loer doit. 



3omme toute, pour clore notre errata, 
pour justifier notre témérité littéraire, 
pour obtenir grâce de nos lectrices et 



de BOB lecteurs, nous leur dirons avec 

Beoserade : 

Pour moi, parmi des faates innombrables, 

Je n'en connais que deux considérables, 

Et dont je fais ma déclaration. 

C'est l'entreprise et l'exécution; 

A mon avis, fautes irréparables 

Dans ce volume. 



ODTBAaBS DU lÉIE AUTEUR 

Description monumentale de l'église de 
Saint-Pierre^ ancienne cathédrale de Ge- 
nève, in-8«, fig., 1845. 

Description monumentale de l'église de 
Notre-Dame^ ancienne cathédrale de Lau- 
sanne, in-8®, 1846. 

Description de quelques monuments gel- 
tiques situés dans les environs de Genève, 
in-8«, flg., 1847. 

Recherches sur quelques fragments d'ar- 
chitecture romaine découverts à Genève, 
in-So, fig., 1847. 

Etrennes de l'Helvétie romande, in-12, fig», 
1848. 

Notes historiques sur l'église de Saint- 
Pierre, ancienne cathédrale de Genève, 
in-8^ fig., 1848. 

Observations sur les types des nouvelles 
MONNAIES DE Genève, in-8<>, fig., 1848. 

Restauration des stalles de l'ancienne 

CATHÉDRALE DE GENÈVE, ï'DrS'^, fig., 1849. 

Notice descriptive sur les m(»«naies dé- 






COUVERTES DANS LE TRÉSOR DE FeYGÈRES, 

m-8«, fig., 1849. 

Lettre a M. L. Vulliemin sur un ancien 
CIMETIÈRE DÉCOUVERT A Berolles , dans le 
canton de Vaud, in-8<», fig., 1849. 

Notice historique sur le cimetière i^ Ge- 
nève, ?• édition in-8«, fig., 1849. 

ÂRMORIAL genevois, Ëssai historique sur les 
armoiries^ les sceaux, les milices et les' 
sociétés militaires, les uniformes et les 
bannières , les médailles et les monnaies 
de Genève, depuis l'époque la plus an- 
cienne jusqu'à nos jours, in-8®, avec 47 
planches, 1849. 

Notice sur les fouilles pratiquées dans 
l'église de Saint-Pierre, in-8o, fig., 1851, 

HiSTOmE DE L'ÂRCHrrEGTURE SACRÉE DU QUA- 
TRIÈME AU DIXIÈME SIÈCLE, daus Ics aucieus 
évéchés de Genève, Lausanne et Sion, 
in-8^, avec 37 planches et un atlas, fol. 
de 82 planches, 1853. 

Amortissement du clocher de la plage du 
MoLARD, in-8°, fig., 1857. . 

Le bras de fer de Jean D'YvomE, in-8<>9 
fig., 1857. 

Comptes de dépenses de la construction 



DO CLOCHER DE SaINT-NiCOLAS , à Fll- 

bourg en Suisse, de 1470 "à 1490, m-S», 
1858. 

Etudes sur Lausanne, publiées dans le Con- 
Uur vaudois, 1865-66. 

La poudre a canon , recherches sur son ori- 
gine et sur les anciennes pièces à feu, 
publié dans V Avenir de Genève, 1866. 

Les Musulmans dans la Suisse romande, 
publié dans le Conteur vavdois, 1867. 

Là Bête du Gévaudan. — Le Fer a Risoles, 
publiés dans la Revue savoisienne, 1872. 

Le Moyen de parvenir. Etude historique et 
LITTÉRAIRE, in-8», 2® édit., 1872. 

Le Christianisme a Genève, depuis saint 
Pierre jusqu'à présent, in-8°, 2« édit., fig., 
1872. 

Études sur Genève, depuis Tantiquité jus- 
qu'à nos jours, 2 vol. in-8^ 2« édit., fig., 
1872-74. 

Notice sur la famille et le château de la 
Corbière, in-S®, 1874. 

Les Plats d'étain gravés, prix et distacts 
des anciens tirs, publié dans la Bévue sor 
voisienne, 1874. 

26 



L'ËMPRO GENEVOIS : ÉTUDES ETHNOGRAPHIQUES 

sur les cacheSy rondes, rimes et kyrielles 
enfaïUines; cris populaires , sobriquets; le 
fer à risôles, in-8», 2« éd., fig., 1875. 

Sons presse : 

Histoire des Enseignes d'Hôtelleries, d'Au- 
berges ET de Cabarets, in-S^, 2® édit., 

fig. 

Le même ouvrage tiré à petit nombre, en 
grand format, avec dessins représentant la 
reine du lupanaire de Genève en 1413, plu- 
sieurs mitres de proxénètes et le tableau 
sculpté du Fol, très-remarquable spécimen 
d'enseignes de maison de prostitution au 
moyen-âge. 

La Cloche, Études sur son histoire et ses 
rapports avec la Société aux différents âges. 

Les Proverbes genevois : Etudes sur les 
locutions et les idiotismes figurés, en usage 
dans le territoire de la Ville et République 
de Genève. 

Bonivard, sa vie , son œuvre , sa pensée in- 
time ; avec quelques détails peu connus 
sur sa captivité à Cbillon. 

HiSTomE DE Garouge, depuis l'antiquité jus- 



qu'à répoque de Tannexion de cette ville 
au Canton de Genève. 

Hanuel de chronologie antérieure a l'ère 
chrétienne. 

Etudes sur la philologie géographique des 
Gaules, à propos des mots inge et ingen ; 
suivies d'une note sur la variété des termes 
qui ont servi à désigner Teau, et sur l'im- 
portance de ces variations considérées 
comme dénominateurs territoriaux. 

Manuel d'Architecture rurale, spéciale- 
ment appliquée au bassin du Léman. 

TRArrÉ DES Moulures, considérées au point 
de vue architectural, esthétique et archi- 
tectonographique. 

HiSTomE DE LA Franc-Maçonnerie a Genève, 
depuis la fondation de sa première Loge 
jusqu'à celle du Temple-Unique. 

Ancolies et Soucis. Poésie des fleurs et des 
champs dans les siècles écouléis. 

Glossaire genevois, avec supplément séparé 
contenant les Erotica verba. 

Deux mots sur la Phonographie, son an- 
cienneté, ses inconvénients^ ses ridicules 
et son inconséquence. 

De l'importance des Vocables des Saints» 



M 



it de vue de l'bisloire et de la géo- 

JB« TOPOGRAPHIQUE DE GENÈVE et de 

ilieue, comprenant l'histoire som- 
les mes, chemins, places, édifices 
depuis les temps anciens jusqu'à 

îENÈTB EN MCCCCLxxv, avec l'enceinle 
!, l'indication de tous les faubourgs, 
laces, édifices, etc., détruits de 1534 
, et leurs rappons avec l'état actuel. 

Genève en mcccclxxv, avec l'en- 
fortifiée, l'indication des faubourgs et 
toire des Franchises. 

is portraits, ses emblëmes, médailles 

s à sa mémoire; détails sur les 

î habitées par cet hérésiarque cé- 

sur son inhumation, son épitapbe 

reliques. 

E ET SOUVENIRS, tableaux et por- 

antemporains. 



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